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The Dungeon of Black Company

Riche Neet 

devenu esclave 

salarié à la 

recherche de la 

belle vie disparue

The Dungeon of Black Company est un Shônen de Youhei Yasumura, publié au Japon depuis 2016 où il comporte 7 tomes toujours en cours. Chez nous, le 7ème volume arrive sous les éditions Komikku fin Mars 2022.

 

Il possède également une adaptation anime datant de l’été 2021 et disponible chez Wakanim.

Kinji Ninomiya est un NEET, une personne qui vit hors du système. Mais ce n’est pas n’importe quel NEET puisqu’il parvient à vivre aisément, dans le luxe, grâce à ses rentes, se délectant du malheur des autres et surtout de les voir se tuer à la tâche. Cependant, le sort décide de le punir. Il est soudainement transporté dans un autre monde, peuplé de créatures humanoïdes et de monstres. Il s’endette rapidement et se retrouve entre les mains d’une entreprise traitant ses employés comme des esclaves. Lui qui vivait alors dans le luxe doit maintenant travailler comme mineur dans un labyrinthe magique, le tout avec des horaires de travail interminables, une pression constante de ses supérieurs, et une qualité de vie et de salaire des plus discutables. Pas du genre à rester gentiment dans le moule minable qu’on lui attribue, Kinji est bien décidé à retrouver son confort d’antan, employant tous les stratagèmes possibles pour prendre du galon en faisant le moins d’efforts physiques possible.

 

Nous sommes en présence d’un énième isekai me direz-vous, mais d’un bon isekai vous répliquerai-je. En effet, si habituellement dans les Isekai on a souvent affaire à une jeune personne qui ne s’intègre pas dans la société Japonaise ou s’y ennuie, victime de Truck-kun et qui se retrouve soudainement dans un autre monde avec de grands pouvoirs et/ou de grandes responsabilités, ici ce n’est pas vraiment le cas. On a effectivement affaire à un jeune homme mais déjà bien adulte puisqu’il a 24 ans, et qui a déjà accompli son objectif de vie : Être une personne hors de la société vivant aisément sans lever le petit doigt et se moquant de la plèbe qui se tue à la tâche. Il est bien loin du personnage à la vie misérable et je suis persuadée qu’il aurait préféré ne jamais se retrouver dans cet autre monde.

Ce qui rend ce Isekai si intéressant comparé aux autres, c’est qu’on a un personnage au caractère exécrable, frôlant le villain voire l’embrassant par moment, qui subit un coup du sort, se voyant arraché à son bonheur et à sa belle vie et jeté en pâture dans une compagnie qui ne veut pas le bien être de ses salariés. De personne supérieure il devient donc figurant lamentable et doit faire ce qu’il détestait et moquait auparavant : Travailler comme un acharné dans des conditions horribles avec un salaire presque inexistant.

Ainsi, tout comme dans Konosuba ou Sentouin Hakenshimasu, Kinji doit travailler dur pour espérer obtenir un semblant de salaire et améliorer ses conditions de vie, et tout comme dans ces deux œuvres, il va faire la rencontre de personnages plus ou moins utiles mais qui vont plus souvent lui mettre des bâtons dans les roues que l’aider, du moins au début je pense, mais qui vont également permettre de lui donner la réplique et de faire apparaître des moments plus amusants et détendus.

Dans l’ensemble on a un tome que je trouve très bien rythmé. On a un petit temps d’introduction où on découvre rapidement notre personnage principal et où on comprend très facilement son caractère et la situation dans laquelle il vivait. Puis on est jeté dans le grand bain, on le voit souffrir et commencer ses petits plans pour vivre une vie meilleure. En tout cas, il a beaucoup de chance dans son malheur puisqu’il parvient régulièrement à se relever d’un mauvais coup grâce à une situation qui le désavantage à la base mais qu’il parvient à tourner à son avantage ensuite. On a donc un récit qui se rythme sur les avancements de notre héros, ponctués d’échecs et d’endettements, mais il ne régresse jamais tant que ça puisqu’il regarde toujours vers l’avenir. On ressent bien l’ambition du personnage et on sait d’emblée que les souffrances actuelles permettront de nouvelles possibilités avantageuses par la suite.

En plus d’avoir un personnage qui utilise plein de stratagèmes et ainsi beaucoup de réflexions, on a également déjà le droit à des moments d’action, même s’ils sont pour l’instant souvent réglés par l’utilisation de l’intelligence que Kinji plus que par la force. Cette intelligence est régulièrement mise à l’épreuve et nous offre de nombreux moments d’explications, mais celles-ci sont également très bien réparties et apparaissent quand on en a réellement besoin, de manière claire et concise. On peut alors dire que l’histoire vise à créer des combats plus intellectuels que physiques avec des stratégies, peu de moyens matériels et l’utilisation du bas peuple en guise d’arme, un peu comme dans Kingdom of Knowledge qui appliquait les techniques de grandes batailles. Bon dans The Dungeon of Black Company c’est souvent plus de la manipulation sur une population faible d’esprit et on a l’impression que ce sera à celui qui manipule le mieux le bas peuple pour s’en sortir et vivre la vie de rêve.

Si on oublie les techniques assez discutables de notre cher personnage principal, j’ai beaucoup aimé le fait que tout ne marche pas aussi bien qu’il l’espérait et que tout n’entre pas facilement dans l’ordre comme ça l’était dans son ancienne vie. On voit durant ce premier tome que dans un autre monde ce n’est pas le même type d’efforts qui doit être fourni, et que notre héros va probablement bien plus galérer ici que dans le monde d’où il vient.

Rassurez-vous cependant, comme j’ai dit, l’histoire est plutôt bien rythmée et notre héros a beau en baver, il avance plus qu’il ne recule, se dirigeant rapidement vers une vie meilleure bien que pour le moment il s’endette plus qu’autre chose. J’ai personnellement bien envie de voir comment tout ceci va évoluer et comment chaque connaissance, chaque partie de plan va s’imbriquer pour lui permettre de s’élever.

En tout cas, pour le premier tome l’ambiance est assez sombre, cruelle, très dark fantasy et très black company. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est une Black Company, c’est une société qui méprise ses employés, les harcelant moralement pour qu’ils donnent de bon résultats, les payant peu et multipliant leurs heures de travail tout en leur retirant le plus de droits pour les soumettre. Vous en avez un bon exemple dans ce manga ou alors dans Bucket List of the Dead. On ressent en tout cas bien la pression que subissent les employés et la cruauté des supérieurs, mais aussi celle de Ninomiya qui apporte un certain comique car on rappelle qu’il se retrouve au bas de l’échelle et que tous ses plans ne se déroulent pas forcément comme il le voudrait.

 

Attirer des faiblards serait la pire des choses. Les faibles se plaignent tout le temps alors que ce ne sont que des bons à rien. Ils se délectent des travaux routiniers peu productifs et aiment mépriser les autres en se servant de leur incompétence comme bouclier pour qu’on ne leur reproche rien. En bref, d’abominables déchets qui éparpillent leur insuffisance en espérant contaminer le monde avec.

– Kinji Ninomiya

 

The Dungeon of Black Company ne brille pas seulement par son scénario original mêlant minage, exploration et black company, mais également par des personnages aux caractères bien marqués. Si on ne connaît pas encore le nom de chacun d’entre eux, je peux déjà parler de certains.

On a bien évidemment en premier notre personnage principal, Kinji Ninomiya. Il est initialement un Neet de 24 ans vivant aisément des rentes qu’il a mis en place, plutôt intelligent et qui sait comment investir pour mener la belle vie. Mais c’est surtout un personnage à l’éthique discutable, qui n’hésite pas à manipuler et à marcher sur les autres pour parvenir à ses fins, et à blesser les gens qu’il trouve plus bas que lui afin d’obtenir son petit paradis. C’est un personnage qui peut paraître détestable, mais qui permet également de nombreux moments comiques, et de mettre en place un héros au mental fort, prêt à tout pour se relever et s’élever. C’est un véritable connard qui ne se cache pas de l’être mais également une personne qui pourrait bien se retrouver changé au fil des tomes et à mesure qu’il rencontre d’autres personnages.

Wanibé quant à lui est un homme lézard assez effacé, qui a du mal à s’intégrer dans cette Black Company, mais qui est surtout vraiment simple à manipuler pour Kinji puisqu’il a peu de fréquentations et qu’il a tendance à le suivre sans trop hésiter grâce à l’appât du gain. C’est un personnage que je trouve assez oubliable et quasiment au même niveau que les autres salariés non nommés de cette société.

Enfin, il y a Rim, monstre désigné comme laideron mais qui est capable de prendre des airs de jeune fille. Elle est l’investissement raté de Kinji, celle qui va lui coûter le plus cher et qui va lui donner du fil à retordre à cause de son estomac sur patte qui la rend agressive. Elle permet de mettre des bâtons dans les roues à notre personnage principal et de rendre le récit plus palpitant, en plus de présenter un personnage plus ou moins féminin et surtout fort en combat. Elle reste cependant également manipulée par Kinji, tout comme Wanibé et manque clairement d’intelligence. J’espère cependant qu’un lien finira par se créer entre elle et Kinji et qu’elle sera en mesure de le changer un peu. En tout cas, son amour et son besoin de nourriture donnent parfois des airs de Gloutons et Dragons au manga, ce qui n’est pas pour nous déplaire et offre un peu plus d’humour.

En plus d’avoir des personnages aux caractères variés, leurs chara designs sont tous différents et très reconnaissables, du moins surtout pour les personnages principaux. Le trait de l’auteur est franc et précis, offrant du détail jusque dans les vêtements des personnages et leurs expressions. Les décors sont quant à eux plutôt simples mais présents. On n’en demande pas plus puisque l’histoire se déroule en grande partie dans des grottes ou des maisons. La disposition des planches est elle aussi assez simple avec un pattern de cases qui se répète souvent mais qui permet une lecture rapide et claire même dans l’action.

La couverture du tome 1 accroche l’œil et est bien fournie en dessin et ne nécessite donc pas de relief particulier ni d’habillage inhabituel pour pouvoir captiver le lecteur. Le papier quant à lui est assez épais avec un bon grain ce qui évite de voir au travers.

 

En conclusion, Komikku nous présente un bon isekai bien rythmé, mêlant minage, exploration et Black Company. La présence du personnage principal joue beaucoup sur l’intérêt du titre puisque celui-ci est inhabituel, abusant beaucoup de son côté exécrable et manipulateur pour parvenir à ses fins et ne se laissant jamais marcher dessus. L’histoire est d’autant plus captivante que Kinji n’obtient pas toujours l’effet escompté pour ses plans et doit redoubler d’efforts, terminant souvent les chapitres de manière dramatique et comique. Bien qu’il doive surmonter beaucoup de difficultés, l’histoire avance plus qu’elle ne recule et est ponctuée de moments d’actions qui captive le lecteur, en plus de stratagèmes cruels mais ô combien intéressants à suivre. On a également déjà plusieurs personnages qui retiennent notre attention et ne font que sublimer un peu plus le scénario, en plus d’avoir un dessin et un chara design précis et détaillé. The Dungeon of Black Company est une excellente découverte qui nous fait passer un bon moment bien que parfois cruel, le tout ponctué de comédie, et il me tarde de voir notre héros progresser et de savoir si son caractère va changer par la suite ou s’il restera aussi exécrable et profondément mauvais.

L.

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