Critiques,  G-H-I,  Ki-oon,  Maisons d'Edition,  Manga

Isabella Bird

S’adapter à un 

monde inconnu

Isabella Bird est un Seinen de Sassa Taiga, publié au Japon depuis 2013 et toujours en cours avec 9 tomes. En France, il est édité par Ki-Oon dans leur collection Kizuna depuis 2017 et le neuvième volume arrive en Août 2022.

 

Nous sommes à la fin du XIXe Siècle et le Japon a été forcé d’ouvrir ses portes au monde extérieur depuis peu. Des occidentaux se rendent sur ces terres encore jamais visitées, occidentalisant de force l’endroit. Ce n’est pas tout à fait le cas de Isabella Bird, écrivaine et exploratrice, qui décide d’utiliser des routes jamais exploitées afin de partir à la rencontre du peuple Aïnou sur l’île d’Ezo, aujourd’hui appelé Hokkaïdo. Son but: découvrir les us et coutumes des japonais en essayant de vivre au plus proche d’eux tout en s’adaptant à une vie difficile, et rencontrer ce peuple qui a gardé les plus anciennes traditions de leurs ancêtres.

 

Pour commencer, si vous aimez les œuvres historiques du style Reine d’Égypte ou Les Fleurs de la Mer Egée, ce titre devrait certainement vous plaire.  En effet, Isabella Bird nous raconte le voyage de Isabella au Japon, une exploratrice qui a réellement existé, et qui écrivait des récits de voyage. Au moment du manga, elle était déjà connue pour de nombreuses explorations dans le monde, et avait décidé de se lancer dans une aventure périlleuse sur des routes quasiment jamais empruntées même par les Japonais. 

En tout cas, de ce que j’ai pu lire avec le premier volume et les quelques extraits trouvés sur les lettres de voyage qu’elle a laissées, l’auteur semble ici rester plutôt fidèle, adaptant parfaitement son histoire au format manga. Ce côté historique, on le ressent par l’époque dans laquelle se déroule l’histoire, mais également par la manière dont sont présentées toutes les traditions japonaises de l’époque, et en même temps, le tout est expliqué à Isabella, si bien qu’on découvre avec elle et on oublie un peu cet aspect histoire qui englobe tout le manga.

On finit par réellement se laisser tenter par le pan aventure et exploration, et pour un premier tome, nous sommes déjà bien servi! On arrive au Japon avec Isabella, on découvre ce pays dans l’ancien temps, et on commence à y voir les problèmes qui l’entourent comme le besoin d’avoir un passeport afin de voyager librement dans le pays quand on est étranger, ou la difficulté de trouver un interprète qui sache réellement parler notre langue. Si au début nous étions surtout dans la préparation du voyage, ce-dernier commence vite et prend des airs d’aventure face aux moustiques et autres insectes qui menacent de vous dévorer entier pendant la nuit. Ce qui est sûr, au vu de toutes les difficultés que rencontre Isabella, c’est qu’on est bien loin de vacances, on vit une exploration où la maladie pourrait très bien nous emporter dans ce pays inconnu.

Dans ce premier tome, on apprend énormément, toujours en même temps que Isabella qui fait preuve d’une extrême curiosité. On découvre un vaste pan de culture, allant des célébrations traditionnelles aux poteries de différents endroits, jusqu’aux manières d’être. C’est un manga vraiment riche en connaissances qui vous apprendra énormément si vous êtes intéressés par le Japon de l’ancien temps. En plus, Isabella est plutôt amusante à suivre par sa maladresse qui la met parfois dans des situations embarrassantes, et qui nous offre des chocs culturels drôles à voir. Ce choc culturel se ressent également dans sa relation avec son interprète, qui ne va faire qu’évoluer au fil du tome, mais j’en parlerais en même temps que ma partie sur les personnages.

On a cependant un point qui va nous faire serrer les dents. Il s’agit du comportement des pairs d’Isabella, souvent des gens nobles qui la jugent car elle ne fait rien comme eux, préférant vivre comme les japonais pour mieux s’imprégner de leur culture. Dans ce premier volume on a pas mal de scènes qui vont vous faire serrer les poings, les anglais étant plutôt impolis envers les japonais, allant jusqu’à les traiter de singes, comme s’il s’agissait d’indigènes qu’ils souhaitaient esclavager. C’est malheureusement un point réel, mais assez dérangeant à voir.

Néanmoins, Isabella réussit à nous montrer également un voyage extrêmement humain. On redécouvre la gentillesse et la curiosité des gens qui voient une occidentale pour la première fois. (même si certains essaient toujours d’arnaquer, mais ils sont minimes. On retrouve cette humanité dans les échanges de cultures, les dialogues apaisants, l’amitié qui se tisse, mais également dans les doutes d’une Isabella par moment effrayée par le choc des cultures, qui a peur de devoir abandonner mais qui se redresse toujours grâce aux rencontres qu’elle a déjà effectuée et qui la poussent vers le haut.

Isabella Bird est vraiment une œuvre historique riche, divertissante, qui prend du temps à lire mais qui apporte énormément de connaissances et qui est très bien construite, si bien que j’ai hâte de découvrir la suite, et notamment de m’approcher d’un pan plus sauvage du voyage!

 

Je projette de longer la côte Ouest par des chemins encore sauvages pour partir à la rencontre des aïnous!

– Isabella

 

Mais ce manga ne serait rien sans des personnages attachants et intéressants comme Isabella et Tsurukichi Ito.

Isabella Lucy Bird est notre personnage principal, et également une personnalité qui a réellement existée, connue pour avoir voyagé dans différents endroits et y avoir écrit des textes sur les différents lieux découverts. Dans le manga elle nous est présentée comme une jeune femme (même si en réalité je crois qu’elle avait déjà la quarantaine durant ce voyage) dynamique, curieuse, qui veut en apprendre plus sur la culture du Japon, parfois maladroite mais aussi également extrêmement gentille et généreuse. Elle n’hésite pas à tendre la main et à se salir pour les autres, et fait régulièrement preuve de bonté et d’inquiétude pour les japonais. Elle a vraiment la main sur le cœur et c’est un personnage super attachant que j’ai, pour ma part, énormément apprécié. Elle est profondément humaine, bien différente des autres gens de sa classe, montrant que les voyages l’ont forgée à agir d’une manière bien plus polie envers des gens qui vous accueillent sur leurs terres. C’est vraiment agréable de suivre son histoire, et je ne peux que trépigner d’impatience pour la suite de son voyage.

Tsurukichi Ito est un jeune homme japonais, qui propose ses services d’interprète à Isabella sans même avoir de lettre de recommandation. Il est un peu mystérieux, mais se montre digne de confiance derrière ses airs renfrognés et réservés. C’est également un homme qui met son employeuse au même niveau que lui, attaché à ses traditions et certainement pas prêt à se laisser insulter par des étrangers. Je l’aime beaucoup, et j’apprécie voir sa relation avec Isabella progresser peu à peu. Effectivement, s’il se montre au départ un peu distant, on le voit se rapprocher d’elle petit à petit au fil du tome et agir de plus en plus comme un ami plutôt qu’un simple interprète. Je me demande cependant s’il est vraiment celui qu’il prétend être, puisqu’il semble avoir déjà eu de nombreux emplois, et parle vraiment bien la langue de Isabella. Je suis pressée d’en apprendre plus sur lui.

Rien que ces deux personnages vous feront vous attacher au titre, mais il y a également énormément de rencontres dans ce voyage qui vous marqueront autant qu’elles ont marquées Isabella, tant elles étaient uniques et touchantes.

Pour ce qui est des dessins, tout d’abord ils respectent très bien le style de l’époque, entre les représentations de rue avec les anciens bâtiments, les tenues des personnages, les coiffures et accessoires, tout y est. L’auteur a un style un peu imprécis pour les visages des personnages qui se retrouvent parfois avec des yeux un peu trop gros pour des proportions pas très bien respectées, mais on finit par s’y habituer et par ne plus y prêter attention, d’autant que personnellement j’aime beaucoup le chara-design d’Isabella qui lui donne un air de jeune femme dynamique et espiègle. J’apprécie également beaucoup celui de Ito que je trouve plutôt classe derrière ses sourcils froncés.

En ce qui concerne les décors, quand ils sont là, cela donne des planches magnifiques à observer, bien détaillées, où l’auteur a dû passer énormément de temps afin de recréer fidèlement les scènes de vie de l’ancien Japon. Cependant, on a également pas mal de vide par moment, comblé uniquement par des trames qui peuvent un peu gêner, même si la quantité de texte permet un peu de cacher ce vide.

Quant à la mise en page, elle est classique, avec des cases très rectangulaires et carrés sans grandes prises de risques mais qui suffisent amplement à parler d’un manga historique.

 

En conclusion, Isabella Bird est un excellent manga historique qui vous fera découvrir l’ancien Japon à travers le regard d’une occidentale exploratrice curieuse, dynamique et maladroite. C’est un titre rempli d’aventures et d’explorations, qui nous apprend énormément de choses différentes allant des célébrations traditionnelles à la poterie jusqu’aux sucreries japonaises. C’est un manga qui dénonce également les agissements et la manière d’être de certains occidentaux fortunés face aux japonais, mais qui montre aussi toute l’humanité qu’on peut rencontrer lors d’un voyage dans un autre pays, avec des gens généreux, gentils et serviables. Les personnages d’Isabella Bird apportent énormément au titre et j’aime beaucoup voir la relation entre Isabella et son interprète. Si les dessins ne sont pas le point fort du manga, ils nous offrent tout de même de très belles planches de scène de vie. Enfin, la finalité du manga m’intéresse vraiment, je veux en découvrir plus sur ce peuple Aïnou qu’on pouvait déjà côtoyer dans Golden Kamui. En tout cas, ce premier tome est pour moi une réussite qui me donne envie de lire la suite, si vous aimez les récits historiques d’exploration, celui-ci devrait largement vous plaire.

L.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *