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Quand sonne la tempête

La mort au bout du fil

Quand sonne la tempête est un Seinen de Masaki Enjoji. Publié en 2018 au Japon, il s’est terminé l’année suivante avec un total de 5 tomes.En France, il est apparu en 2021 et compte à ce jour 3 tomes sous les éditions Akata.

 

 

Sakai Shohei est un jeune homme qui a des difficultés pour s’intégrer. Un jour il accepte un boulot de collecteur pour une mafia du coin, c’était de l’argent facile normalement mais cela ne pouvait s’arrêter là…

Il est recontacté pour un autre job un petit peu différent qui le fera chuter dans des profondeurs abyssales. Sa vie lui échappe désormais complètement et il ne pourra plus jamais changer de direction…

Quand sonne la tempête nous propose un récit percutant, choquant, montrant une face bien sombre des Hommes. Des yeux de Sakai Shohei, nous verrons comment une vie peut déraper en un instant sans que rien ne puisse être fait pour stopper la chute.

Tout commence pour lui avec un simple boulot de “collecteur” pour la mafia qui lui a été confié par un certain Ono. Un type pas très commode sans statut particulier au sein du gang. Il n’a d’ailleurs lui-même jamais rencontré son “lieutenant” dont il ne sait qu’une seule chose, c’est qu’il vaut mieux éviter d’avoir à faire à lui et d’attirer sa colère.

Mais si entrer dans la mafia est une chose, en sortir est une toute autre paire de manches. Sakai se rend compte dès la première fois qu’il n’est pas fait pour ça, ce n’est pas quelqu’un de forcément très honnête ni de très respectable mais il n’est pas capable à lui seul d’aller très loin… Et pourtant… Lorsque son passé le rattrape et qu’il fait la rencontre du fameux lieutenant et d’un de ses vieux amis, tout bascule pour lui. Cette fois-ci on ne parle pas d’un vol mais de quelque chose de bien pire. Il doit, le soir d’un typhon, s’occuper du sort d’un cadavre, rien que ça. Ses deux “employeurs” ne lui laissent pas vraiment le choix, il va devoir le faire disparaître avec une autre personne, Minoda, un ami de longue date qu’il surnomme “Mimi”.

C’est un travail pénible pour les deux qui n’avaient jamais eu à s’impliquer dans ce genre d’affaires. Mais, cela aurait pu s’arrêter avec ce seul poid sur la conscience, malheureusement, une erreur de débutant fait pencher la balance du mauvais côté. Ces deux idiots ont la merveilleuse idée de balancer le corps dans une rivière en crue en laissant bien évidemment tomber le portable de notre protagoniste. Et si vous avez lu le synopsis proposé par Akata, vous savez où va finir ce dernier…

 

 

“Qu’est-ce que je dois faire ? Je n’en sais rien… Je n’ai pas la tête à réfléchir… Je veux juste tout oublier… C’est pour ça que je prie très fort pour que les souvenirs de cette journée soient engloutis dans le tréfonds de ma mémoire.”

– Sakai Shohei.

 

La victime avait un père, et pas des plus commodes. Le genre de personne qui a déjà bien trop perdu et qui ne possède plus aucunes limites. Il est épris d’une immense colère qui ne saurait s’arrêter qu’après avoir embrassé la plus belle des vengeances.

 

 

 

C’est une immense perte pour ce père, mais en fin de compte il n’est pas le seul à tout perdre. Sakai Shohei est définitivement un idiot, c’est comme ça que je le vois mais on doit bien lui reconnaître une chose, son monde s’est véritablement effondré. Après un grand séisme il avait déjà perdu beaucoup mais le reste de son univers a fini par définitivement céder avec cette histoire. Il ne menait pas une vie des plus enchanteresses avec sa petite amie Airi mais ils se soutenaient du mieux qu’ils pouvaient et semblaient assez mignons l’un envers l’autre, enfin surtout Airi envers Shohei. Mais ça aussi vous le verrez, n’est pas aussi solide qu’en apparence. Le typhon a ravagé bien des choses pour de nombreuses personnes. Minoda, qui avait de bonnes études et paraissait être un bon garçon, a définitivement changé. Plus rien du passé ne reste et le présent peine à se montrer plus optimiste envers le futur.

C’est le genre de récit qui pourrait aller de pair avec Jusqu’à ce que nos os pourrissent ou My Home Hero.

L’histoire se veut assez oppressante, on se sent comme le héros, pris entre les flammes, sans aucune échappatoire. Et puis il y a cette folie quasi constante, que ce soit celle de Sakai qui subit le contrecoup de ses actes, la folie du père qui n’a plus rien à perdre, la folie du lieutenant sans limites, celle de Minoda qui est allé trop loin par rapport à ce qu’il est capable et qui ne le supporte plus. Plus rien ne va et plus rien ne peut aller. C’est un engrenage qui s’est lancé qui engendre souffrance, colère, larmes et sang et avec la fin du premier tome, rien ne semble pouvoir le stopper…

 

 

 

En tout cas, à l’heure actuelle Sakai Shohei n’en est pas capable. Ce jeune homme est très influençable et ce depuis tout petit, où on le voyait déjà ne pas oser riposter à l’école où il subissait les autres. Et cela continue pour lui, il se fait embrigader dans la mafia et dans tout ce qui s’ensuit. Ce n’est pas un mauvais garçon au fond de lui, il a pris des mauvaises décisions qui l’ont conduit en enfer. Cependant, je ne peux cesser de me dire qu’il a tout de même été très bête. On ne sait pas tout de son passé, simplement qu’il y a eu des escroqueries à priori pendant une catastrophe, ce qui ne le rend pas tout blanc. Ce qui lui arrive est hideux, c’est vrai, même si cela peut être considéré comme un retour de bâton un peu trop violent. Il se prend un karma tellement affreux que c’est comme s’il affrontait un boss de Dark Souls avec tout un tas de malus.

Je souhaiterais tout de même le voir s’en sortir bien évidemment car il a déjà bien payé le fruit de ses erreurs.

 

 

“Je peux te demander un truc, Shohei ? Tu fais quoi si la batterie explose ?”

– Airi.

 

Je compatis aussi avec la souffrance du père, Kadono, qui vit un véritable cauchemar éveillé. On ne peut que comprendre son désir de vengeance, mais en le voyant de la sorte, on imagine bien qu’il n’obtiendra probablement jamais satisfaction et qu’il restera hanté le restant de ses jours par ces tragiques événements.

En tout cas, parmi toutes ces horreurs, une chose est belle, la partie dessin ! Le style de Masaki Enjoji rend honneur à son scénario. Nous avons ce côté très “cassant” des traits allant bien avec la destruction du protagoniste. Les traits sont fins, droits, ça rend les personnages facilement discernables ainsi que leurs sentiments.

Les planches sont dans la globalité attrayantes et facilement lisibles. D’ailleurs j’aime bien l’idée de couvrir la carte sous la jaquette.

Quand sonne la tempête n’est pas évident à lire. S’il n’y a pour le moment pas de scènes gores à proprement parler, on imagine assez bien les horreurs qui s’y produisent…

Je ne le conseille pas à tout le monde, mais pour tous ceux qui aiment ce genre d’histoires, qui ont apprécié des œuvres type My Home Hero ou autre, vous allez sans doute l’apprécier. Notamment grâce à l’auteur qui a insufflé une âme à chacun de ses personnages, les rendant plus réalistes et plus sombres.

H.

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