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86 Eighty Six

Les porcs ne sont

pas toujours ceux

que nous croyons

 

86 Eighty Six est un Shônen de -attention il y a du monde- Asato Asato pour l’histoire originale, Motoko Yoshihara pour les dessins, Shirabii pour le chara-design et enfin, I-IV pour le mecha-design ! Le manga a été publié en 2018 au Japon, soit un an après la parution du Light Novel homonyme. 3 Volumes sont déjà publiés et la série est toujours en cours, à noter que le LN n’est pas non plus terminé.

En France, ce sont les éditions Delcourt Tonkam qui ont le manga et l’éditent depuis le mois de Mars 2022.

 

La République de San Magnolia est fière, fière de prôner la liberté et l’égalité comme l’indique le nom du 1er district, fière de pouvoir annoncer chaque jour, que la légion autonome de l’Empire de Giad, le pays voisin, recule et qu’il n’y a AUCUN mort à déplorer de leur côté. Vladiléna Milizé, une opératrice de haut rang s’attelle cependant à la tâche, bien qu’elle soit l’une des seules à le faire. Après tout, rien d’humain ne se bat en dehors des murs, et la guerre sera bientôt finie, alors que faire d’autre que de s’enfiler une bonne bouteille…

La République de San Magnolia n’a pas toujours été ce qu’elle est actuellement, cette dernière a pris une direction radicale suite à la guerre qui l’oppose à l’Empire de Giad, un pays voisin mystérieux qui, du jour au lendemain, aurait envoyé les premières machines autonomes armées capables de se battre. Cette révolution a eu pour conséquence une défaite douloureuse de la République qui s’enferme alors à l’intérieur de ses quatre-vingt-six Districts. C’est à ce moment que quelqu’un a eu une idée de génie -c’est faux- et a décidé que les Coloratas n’étaient pas vraiment humains, et comme ce sont des sous-êtres, et bien ils pourraient au moins se rendre utile et partir au front afin de tous les protéger. Belle république non?

Ce qui est vraiment intéressant avec tout ça, c’est la propagande qui est faite, ça m’a marqué dans tous les formats que j’ai pu lire ou voir de 86. Chaque jour, un message est transmis notifiant la population de l’avancée de la guerre. En règle générale, tout va toujours bien et tout est beau, blablabla les ennemis on les soulève, blablabla chez nous personne ne meurt. Et, il faut bien comprendre que ça, c’est sans cesse répété, limite je pense que même les enfants connaissent plus la propagande que des contines de leur âge. La République a créé une illusion absolue ne laissant présager rien de ce qui pouvait se passer à deux pas de chez eux. On en reparlera un peu tout à l’heure, non pas sur les raisons de cette discriminations parce que ça rentrerait dans du spoil mais plus sur la notion de bien, de mal et de sacrifice nécessaire.

En tout cas, Vladiléna, surnommée Léna, n’est pas dupe et elle possède un avis bien différent de la grande majorité. Elle est l’une des seules à vouloir faire bouger les choses bien que cela pourrait ne lui apporter que des ennuis. Par elle et sa vision des choses, l’histoire va tenter de prendre un côté plus humain. Pour elle, ce ne sont pas des automates qui se battent dehors, mais bien des humains, et ça, elle ne veut pas l’oublier. C’est cette différence de traitement qui place Léna sur une toute autre marche que ses confrères. Ce n’est cependant pas pour autant une déesse exempte de défauts qui ne prêche que la bonne parole, 86 se veut gris, et veut nuancer chaque propos et personnages. Personne n’est tout blanc, ou tout noir.


Cette dualité est notamment vue par l’opposition entre les “86” et les opérateurs. Ces derniers sont initialement les tacticiens qui supervisent les escadrons qui se battent sur les différents théâtres d’opérations. Il y a littéralement un mur entre les deux. D’un côté vous avez une personne cachée derrière son bureau qui donne des ordres à ce qui est considéré par beaucoup comme étant des sous-êtres, des porcs à apparence humaine. Autant dire qu’ils ne sont pas très proches, la seule chose les reliant étant le Para-raid, un dispositif assez complexe -mais expliqué- qui permet de lier les cinq sens des utilisateurs. De ce fait, l’opérateur pourrait, théoriquement se mettre complètement à la place des processors (ceux qui se battent) et appréhender leur combat du mieux possible. Merveilleux n’est-ce-pas ? Bien, maintenant place à la pratique, ce bijou de technologie est réduit au minimum pour ne pas choquer les opérateurs, et ils en profitent simplement pour “admirer” le combat via une carte approximative, une source de distraction en somme pour eux. Ils sont un peu comme les gladiateurs se battant dans l’arène, sans la renommée qui s’ensuit cependant…

Le pire dans tout ça, c’est que ce n’est pas une chose de tellement secrète, la plupart des militaires ont l’air de savoir ce qu’il se passe, mais tout le monde tolère et beaucoup reproduisent ces mêmes comportements abjectes. Ceux qui ne veulent pas de ça, comme le commandant Vladiléna Milizé, se font « gentiment » charrier et sont mis de côté. Une forme supplémentaire de discrimination et de harcélement donc. Pour la population, ce n’est guère mieux. Comme je l’ai dis plus haut, ils sont endoctrinés et ne savent pas la vérité sur le champ de bataille, mais ils savent très bien qu’elle a été en partie le sort des Coloratas, les désormais eighty six. C’est une chose qui a été tolérée et qui a proliféré puisque cette même population s’est insérée dans le crâne une haine dépourvue de sens envers eux. Donc même s’ils ne savent pas tout, pas sûr qu’ils changeraient tous d’opinion si vous voulez mon avis.

Tout n’est pas non plus noir à San Magnolia, et pas tout le monde surtout. J’ai en tête deux personnages notamment. Tout d’abord, Vladiléna Milizé, j’en parle depuis longtemps mais qui est-elle exactement ? Elle est une opératrice de haut rang qui suit les traces de son père. Pour des raisons qui n’ont pas encore été divulguées, elle possède un attachement particulier avec les eighty six sur le front. Elle essaye de faire son maximum bien qu’elle soit du “mauvais côté”. Personne ne l’écoute, et personne ne le fera non plus à l’avenir, même sa meilleure amie…

Henrietta “Annette” Penrose, est une ingénieure de génie qui a la tâche de gérer tous les para-raid et j’en passe… Elle est très intelligente à première vue, elle n’est pas du genre à se faire avoir par les propagandes qui passent. Cependant, comme beaucoup, elle semble simplement laisser tout ça se faire comme si elle se sentait soit totalement impuissante, soit coupable au point de ne pas souhaiter y remédier. C’est un personnage plus torturé qu’on ne pourrait le penser…


« Il suffit de marcher en ville pour constater que nous sommes en démocratie, seulement sur le papier. Vu que nous sommes en paix à l’intérieur des remparts, qui se soucie de l’extérieur ? »

– Henrietta “Annette” Penrose


Tandis que du côté des eighty six, l’ambiance est différente, nous avons le droit à une famille soudée et brisée par la même occasion. Cela fait environ quatre ans qu’ils se battent pour la plupart et ils en ont connu des peines. Shin’Ei Nôzen, le chef du 1er escadron est plus que bien placé pour le dire. Il est le véritable protagoniste de cette histoire et sa classe est phénoménale. La team Livaï de l’Attaque des titans peut reprendre du service. Il a le même flow immense, c’est sûr qu’il va vous plaire. Avec son côté dur, taciturne et pourtant au cœur grand comme… comme… ça ! Il possède un rôle difficile, et pourtant il ne se plaint pas et réalise toujours son “boulot” du mieux possible. Il semble froid et détaché au premier regard, puis apparaît finalement comme quelqu’un d’étrangement attentionné.

Passons aux dessins ! Il y a du très bon travail de la part de Motoko Yoshihara, Shirabii et I-IV, respectivement, de très bon dessins, avec de très beaux décors par moment. On dirait qu’il y a eu utilisation de modèles 3D pour certaines planches mais cela ne choque pas le moins du monde, au contraire, c’est très beau et ça colle au rendu global. Les combats sont sympas bien que certaines actions peuvent parfois être un peu difficiles à lire.

Le chara-design quant à lui est purement et simplement magnifique. Non mais sérieusement je suis fan d’absolument chaque personnage ! Bien sûr, il y a une mention spéciale pour le duo Shin et Raiden qui sortent du lot mais le reste n’a pas à rougir de la différence pour autant !

Et même les mechas ont leur droit à être bien travaillé. Chaque robot est perfectionné et on sent que rien n’a été laissé au hasard. Si je devais également y laisser une mention, ce serait pour Fido ! Il est mignon pour un robot…

De manière générale, c’est graphiquement plus que réussi !

Et de manière encore plus globale, ce manga est réussi ! J’ai adoré l’adaptation anime qui est absolument splendide, un véritable joyau. Le premier tome du Light Novel m’a donné des frissons (on en fera une critique un jour). Désormais c’est au tour du manga de me faire rêver et c’est chose faite. Sur n’importe quel support, l’œuvre est mémorable, l’un nous propose de jolies animations avec une bande originale sublime. L’autre nous offre au travers de descriptions un ressenti unique qui nous fait voyager dans une ambiance des plus prenantes. Et le dernier format, nous invite encore une fois à poser un regard nouveau mais toujours aussi enrichissant.

Si vous connaissez déjà l’œuvre, vous savez à quel point elle est excellente, et oui, lire le manga est une option à ne pas mettre de côté. Il est bon, et comme je l’ai dit, ça ouvre une nouvelle fois une vision différente qui en vaut la peine.

Si par contre vous ne connaissez pas cet univers, franchement foncez. Attention toutefois, bien qu’il soit catégorisé shonen chez Delcourt Tonkam, il provient d’un magazine ciblant plutôt des seinen, et je pense que cette œuvre là est vraiment à la limite des deux. Je le conseillerai au moins pour ceux qui sont à la fin du collège mais pas avant car trop jeune, vous risqueriez de perdre des éléments importants du titre. En tout cas, amateurs de mecha vous allez vous régaler, et pour ceux qui n’aiment pas ça, et bien croyez-moi, vous allez vous régaler quand même ! Bien que ce soit en partie du mécha, c’est une véritable aventure humaine, le côté mecha n’est qu’un outil servant au récit qui est plus que prenant !

C’est un manga à lire, et même à relire ! Quel que soit son format par ailleurs ;).

H.

2 commentaires

  • Kitano

    Bonjour,
    J’hésite à me l’acheter, ayant vu et adoré l’animé j’ai peur que le manga soit trop proche (juste une conversion des dessins animés en livre).
    Ton article me pousse à aller m’acheter le manga pour me faire ma propre idée.

    • lepasseurlunaire

      Bonjour,

      Je comprends cette inquiétude, et pour être parfaitement honnête, ma préférence va tout de même au LN qui apporte une description solide avec une ambiance encore plus prenante que l’anime à mon goût.

      Ceci dit, j’ai personnellement passé un super moment à revoir / lire une troisième fois ce début, et pour le coup, je l’ai trouvé toujours aussi efficace.

      Je n’ai pas encore lu les autres tomes mais ce premier est assez fidèle à ce que l’on voyait dans l’adaptation anime. Ça ne me pose pas de soucis mais ça peut l’être pour d’autres, après, si tu as vraiment aimé l’anime, ça te fera sans doute plaisir de revoir certaines scènes touchantes ! ^^

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