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L’amie de ma fille

Peut-on en 

vouloir à

une 

personne qui

s’accroche à 

la seule 

main qui 

lui est

tendue ?

 

 

L’amie de ma fille est un Seinen de Hagihara Asami. Publié au Japon entre 2018 et 2021, il s’est terminé en 7 volumes. En France, on le trouve depuis Février 2022 et le quatrième tome arrive en Août 2022 chez les éditions Meian.

 

 

Kôsuke Ichikawa est père d’une jeune lycéenne. Sa femme étant morte il y a un an, il tente tant bien que mal de s’en occuper seul. Cependant, celle-ci n’a pas supporté la disparition de sa mère et s’est enfermée dans sa chambre depuis lors. Son père ne sait pas comment faire et son travail l’occupe énormément. En effet, il est chef de projet et ses collègues de travail lui mènent la vie dure. Bien qu’il a voulu assumer cette situation seul, il se retrouve désemparé, incapable de s’en sortir, et sa vie personnelle et professionnelle sont désormais des sables mouvants dont il n’arrive pas à se dépêtrer. C’est alors qu’une main lui est tendue… celle de Koto Kisaragi, une jeune lycéenne qui était amie avec Miya, la fille de Kôsuke…

 

Cette histoire m’a un peu surpris. Je pensais avoir le droit à une relation un peu malsaine façon Après la pluie (je le trouve personnellement malsain), et oui, c’est vraiment malsain…mais différemment. Kôsuke est un homme d’un certain âge clairement dépassé par les évenements, nous sommes un an après la mort de sa femme mais on a l’impression qu’il n’a jamais eu le temps de la pleurer tellement sa vie est constamment sous tension. Nous ne connaissons pas la profession de sa femme, peut-être était-elle mère au foyer ? En tout cas, il a voulu prendre le relais, et affronter seul cette situation des plus compliquées. Malheureusement, un an après le constat est clair, le poids sur ses épaules est immense et le temps finit par avoir raison de lui. Il ne supporte plus le boulot avec ses collègues affreux similaires à des hyènes attendant que leur proie s’écroule, il ne supporte plus leurs regards pleins de critiques alors que personne n’ose lui dire quoi que ce soit en face, et que dire de sa pauvre fille qu’il n’a pas vu depuis une année bien qu’il prend toujours le temps de préparer ses repas qu’elle mange rarement. Et c’est sans parler de ses professeurs dont leur demi-conscience ne font qu’empirer le tout. La fatigue et les reproches s’accumulent et le ton finit par monter lorsqu’il souhaite faire sortir Miya de sa chambre. Il est à bout et le seul endroit qui l’apaise un minimum est ce bar café, perdu au fond d’une ruelle à l’abri des regards…

 

 

Un soir où il a expressément refusé d’aller boire avec deux collègues de travail, il est assis dans son bar habituel, pensant au fait qu’il n’y est pas si mal sans ses “connaissances” bien qu’il y ait quelques nuisances sonores de la part de bruyants clients. Une autre présence inhabituelle est cependant présente, c’est une jeune fille, plutôt jolie, qui se fait embêter par ces mêmes clients. Pris par la compassion envers cette serveuse démunie qui se fait draguer ouvertement, il l’interpelle afin de la sortir de leurs griffes. Cette action, pourtant si anodine, est belle et bien l’élément déclencheur de l’histoire.

Vous l’aurez compris, cette fille n’est autre que Koto, l’amie d’enfance de Miya. À ce moment-là il ne connaît pas encore sa véritable identité, ce n’est pour lui qu’une serveuse en détresse comme une autre. Cette dernière souhaite par ailleurs le remercier pour sa précieuse aide, mais pour lui, cela ne s’arrêtera pas à un merci ou à un café offert par la maison…

Tout à l’heure, je vous ai dit que l’histoire était bien différente de mangas comme Après la pluie et je réitère mes propos car Koto, prétextant le remercier va faire bien plus. On peut clairement dire que Kôsuke est détruit, surtout mentalement, il ne tient plus. Et Koto va s’en servir… Dans ce monde où seuls des reproches lui sont faits, il n’a trouvé qu’une seule main tendue pour autre chose que le “battre”. La jeune lycéenne en a bien conscience et va rapidement jouer là-dessus pour se rapprocher de lui. Elle va d’abord être friendly, l’aidant même à se sortir d’une discussion délicate avec un collègue, puis elle va la jouer plus innocente pour feindre ses réelles intentions. Avec la fatigue et son mal-être permanent qui lui donnent désormais régulièrement des envies de vomir, il ne prête guère attention à la jeune fille. Et pourtant, elle va rapidement s’immiscer dans sa vie, qui plus est, sa relation avec sa fille l’aide beaucoup à se rapprocher du père qui la questionne régulièrement à son sujet.

Mais… Plus le temps passe, plus elle devient ambigüe. On comprend qu’elle souhaite le pousser à la faute. C’est ici qu’Hagihara Asami est agile. En effet, dans ce genre de situation, on a tendance à simplement dire que l’adulte doit faire son devoir d’adulte et couper court aux digressions de l’adolescente, mais en lisant, on se rend bien compte que la vulnérabilité psychologique de Kôsuke est telle qu’il n’arrive à rien. Il en est à un point dans sa vie où la manipulation de Koto fonctionne à merveille, on le surprend même à avoir une espèce de blackout où il ne sait même plus ce qu’il s’est passé pendant une courte période.

Difficile donc d’en vouloir à cet homme brisé et complètement manipulé. Koto Kisaragi est forte, très forte même, elle joue sur sa douleur en prenant une position de pilier, de réconfort sur lequel il pourrait s’appuyer et parler afin d’enlever un peu de poids de ses épaules bien affaissées.

Un homme seul, qui ne peut même pas se contenter de se bourrer la gueule pour oublier ne serait-ce qu’un quart de son malheur, peut flancher bien vite. Et pourtant, même comme ça, Kôsuke veut garder son statut et son rôle d’adulte et ne surtout pas céder face aux avances de la jeune fille. Mental brisé mais mental d’acier tout de même ! Cela me fait penser à Higehiro (anime dispo sur Crunchyroll) mais avec un côté plus sombre.

 

 

Une question reste toutefois en suspens, pourquoi fait-elle ça ? On pourrait penser qu’elle souhaite simplement s’accoupler avec un homme âgé pour se faire entretenir ou parce que c’est son fantasme, mais avec les indices distillés dans le premier tome, je pense que la raison est toute autre. Elle a l’air d’être l’archétype du personnage qui prend sur soi mais qui finit par rejeter tout ce qu’elle a encaissé sur d’autres, un peu comme Kaname Asagiri dans Magical Girl Site. Plusieurs éléments nous poussent à le penser: tout d’abord elle prête beaucoup attention à ce que pense les autres et cela lui coûte beaucoup d’énergie. Sa mère semble lui infliger une grande pression quant à ses études afin qu’elle soit “parfaite”. On voit également qu’elle possède un baito (petit job pour étudiant principalement) en tant que serveuse dans un petit restaurant alors qu’elle n’est encore qu’au lycée. Ces divers éléments tranchent avec son sourire presque permanent qui, après réflexion, semble de plus en plus faux.

On peut donc penser que son attitude envers Kôsuke n’est pas dû à un simple fantasme, mais plutôt pour se libérer de ses propres problèmes en utilisant une personne paraissant encore plus “pitoyable” qu’elle. Elle se voit peut-être un peu en lui et cela allège son cœur et son esprit. En “l’aidant”, cela lui permet de décompresser, après tout, le sexe possède bon nombre de bienfaits… 

 

Il se peut que le personnage soit encore un cran au-dessus de ceux présents dans Scum’s Wish par exemple, peut-être au même niveau, à moins que je me trompe complétement, à voir !

Et en parlant de voir, les dessins sont plutôt propres et possèdent un style commun et particulier à la fois. Les décors sont classiques et ne vous surprendront pas tellement, par contre l’encrage est parfois vraiment sympa. Ce que j’ai surtout retenu c’est le chara-design. Il est fourni en détails avec des traits un peu “bruts” notamment lorsqu’il est question de Kôsuke Ichikawa. À contrario, Koto a des traits plus fins, marquant bien la séparation entre les deux. Son regard est plus travaillé, là où le regard de l’homme n’a plus vraiment d’impact, est un peu vide, les yeux et surtout les pupilles de la jeune fille sont plus larges, plus percutantes et même séduisantes. Il y a une distinction claire entre les deux, les dessins le soulignent vraiment et c’est très intéressant à voir, d’autant plus que son style de personnage est beau je trouve.

 

Alors en conclusion, j’ai été touché par ce manga. Je ne le pensais pas, j’ai même hésité à faire une critique dessus car le titre m’inspirait un genre d’histoire que j’apprécie peu habituellement. Cependant, Hagihara Asami m’a surpris par la profondeur de son histoire et de ses personnages. L’amie de ma fille est bien plus qu’une simple histoire d’amour interdit et dérangeante. La psychologie des personnages est un facteur super important, que ce soit dans la misère et la faiblesse de Kôsuke Ichikawa ou bien la séduction et la manipulation de Koto. Rien n’est laissé au hasard dans ce premier tome et on sent que c’est un récit bien construit et réfléchi. J’ai le pressentiment que les sept tomes seront amplement suffisants, ni trop peu, ni de trop.

J’aime ce manga, ce qui est en parfaite contradiction avec le titre car c’est vraiment une œuvre détestable (dans le bon sens) ! L’histoire est horrible, j’ai beaucoup de peine pour le père, je ne souhaite à personne ce qu’il subit, c’est loin d’être facile pour sa fille non plus et même Koto, qui est actuellement l’élément perturbateur ne semble pas épargnée par la souffrance. Ceci dit, au vu du cliffhanger de fin, il y a des chances pour que, malgré tout, elle soit un personnage que l’on déteste tout en étant un peu mitigé à son égard.

Si ce genre de drame ne vous est pas insupportable, c’est clairement un manga qui peut vous plaire et que je conseillerais, qui plus est, il apporte des sentiments et des visions bien différents comparé à des mangas comme Scum’s Wish.

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H.

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