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Entre les lignes

Et on fait tourner

la “bassine » !

 

Entre les lignes est un Josei de Tomoko Yamashita. Publié d’abord au Japon en 2017, il paraît quelques années plus tard en France en Juillet 2021 dans la collection Life de Kana. 9 tomes sont disponibles au Japon dont 5 dans nos contrées, le 6e volume sortira quant à lui en cette fin de mois d’Octobre.

 

Makio Kôdai est une femme vivant seule dans son appartement, autrice de profession, elle ne consacre guère de temps à autre chose qu’à l’écriture, lorsqu’un jour un terrible drame survient. Elle se doit alors d’accueillir au sein de son foyer sa nièce de 15 ans, Asa Takumi, et est obligée de totalement réorganiser son quotidien. Malgré son air de femme forte, elle sera sujet au doute et à l’angoisse d’un changement qui la dépasse en partie…

… Et c’est super intéressant ! C’est sur ce point que je commencerais cette critique. Tout ce mécanisme psychologique créé par ces deux personnages en particulier est étonnamment agréable et rafraîchissant, mais c’est aussi le cas pour les secondaires vous verrez !

 

Tomoko Yamashita m’a très vite conquis par son talent à la plume, et plus particulièrement dans l’écriture de ses personnages et de leurs dialogues. Amateurs de Monogatari series (Bakemonogatari pour le plus connu) ou bien même de Durarara, ça devrait vous plaire tout en apportant son lot de différences. L’autrice manie la plume avec aisance et ça se voit rien qu’à sa bibliographie bien remplie ! C’est simple, quasiment chaque année depuis ses débuts, ses œuvres se font éditer, elle semble plutôt à l’aise dans des formats courts, Entre les lignes fait donc partie de ses rares mangas longs.

Je suis clairement devenu fan en un seul tome, vous savez, cette petite joie de découvrir un auteur et d’avoir envie de lire absolument tout ce que cette personne a fait auparavant? Et bien, je ressens ça actuellement et j’ai vraiment hâte de découvrir le reste. Qui plus est, elle a l’air de beaucoup jouer sur la psychologie des personnages et ça, j’adore ! C’est par ailleurs une des raisons pour laquelle j’apprécie autant  Entre les lignes: les personnages arrivent à être profonds, détaillés, sans pour autant leur donner 500 lignes pour leur donner de la consistance.

Le duo principal en est la preuve, elles ne sont pas tout à fait sur la même longueur d’onde mais semblent se compléter d’une manière ou d’une autre. On peut les voir discuter d’un sujet et arriver à comprendre chacune quelque chose de complètement différent.

 

 

On peut les considérer comme “singulières”, mais finalement en lisant, on se rend compte qu’il n’en est rien. Elles ne sont que deux personnes vivant tout à fait normalement, ayant des joies, des peines, des galères, des échecs et des réussites, des moments d’incompréhension, de colère, des instants simples puis compliqués. Ce qui leur arrive, aurait pu arriver à beaucoup d’autres et leur manière de gérer cette situation peut sembler étrange, mais en considérant tout ce que cela entraîne, il n’est pas surprenant de ne pas savoir comment on devrait réagir.

Si je parle de ça, ce n’est pas pour rien (étonnant hein ?), c’est un des sujets principaux de ce premier tome. En effet, suite à un accident, Asa Takumi doit vivre avec sa tante Makio Kôdai, mais cela est quelque peu assujeti au débat. Lors des funérailles notamment, Asa est prise entre les piques des “proches”, et Makio aussi par la même occasion. Autant dire que la situation n’est pas très joyeuse et pourtant, une chose plus que toute autre gêne Asa, elle n’est pas particulièrement triste. Alors elle ne saute pas au plafond pour autant mais elle n’a pas pleuré toutes les larmes de son corps, elle ne s’est pas retrouvée en dépression ni dans un quelconque autre état de grande détresse (Le culte des femmes pleureuses est, il me semble, encore très important dans les pays d’Asie.).

La seule chose qu’elle a concrètement ressentie était un grand vide, un vide illustré par un désert. Et cette image est importante car elle n’est pas unique à Asa, elle rentre en ligne de mire pour Makio également.

L’intérêt même du manga Entre les lignes se situe dans la manière dont les personnages vont gérer leurs émotions ainsi que les situations dans lesquelles ils vont se retrouver. Comment Asa va-t-elle gérer le choc de la perte de sa principale famille, comment va-t-elle s’adapter à sa nouvelle vie, comment Makio va-t-elle gérer cette enfant, comment va-t-elle pouvoir s’en occuper alors qu’elle a une grande peur de la “détruire”.

Tout ceci découle sur une deuxième thématique ultra importante : le poids des mots.

En effet, à maintes reprises, il va être question de mots qui vont changer la façon de voir les choses d’un autre personnage. Makio a eu, en très peu de temps, un impact fou sur Asa sans même s’en rendre compte, elle a déjà par le passé changé la vie d’un homme sans le savoir et ses livres ont certainement changé la vision et la vie de plus d’une personne. Le poids des mots est incommensurable et elle ne s’en rend pas encore compte.

 

“Le bruit que fait Makio en tapant sur le clavier… à certains moments, elle s’arrête comme si elle était soudain en proie à une hésitation ; à d’autres, elle frappe la touche de suppression à coups répétés. C’est à croire qu’elle veut la tuer…

Bruit des pages tournées, longs soupirs…

Elle éteint la lumière distraitement. Par les teintures entrouvertes me parvient la lueur d’une supérette lointaine. Je dors entre des piles de livres posées à mon chevet.

C’est une nuit comme je les aime.

Je dors à l’ombre du trône de la souveraine d’un pays étranger.”

– Asa Takumi

 

Rentrons un peu plus dans le lard, ou plutôt, les personnages.

Makio Kôdai est clairement le personnage le plus poignant du titre. Sous ses allures de femme forte elle cache des doutes profondément encrés en elle ainsi qu’un manque de confiance en elle.

Son manque de tact par moment et sa grande franchise est d’une certaine manière en opposition avec sa grande timidité (est-ce qu’on traite de phobie sociale comme dans Komi cherche ses mots ? Je ne sais pas, la frontière est parfois floue…).

En bref, c’est un personnage complet, complexe et tiraillé par certaines oppositions. Il y en a plusieurs distillées dans le tome, et c’est fait intelligemment, ça me fait parfois penser à Éclat(s) d’âme par ailleurs.

Asa Takumi n’est pas si différente mais ses préoccupations ne sont pas les mêmes. C’est un personnage qui s’aborde à l’inverse de Makio. Cette dernière est déjà construite et il faut l’explorer pour comprendre le pourquoi du comment, là où Asa est un personnage plutôt “déconstruit” qui est en train de se bâtir dans son désert. Elle n’a plus de repères, peu d’expériences sur lesquelles se baser et en plus de ça, elle n’a quasiment plus personne avec qui partager cela, autre que sa tante qui l’héberge.

Encore une fois, c’est une belle opposition entre les deux !

Et à côté d’elles, se trouve Nana Daigo. Je pourrai presque m’arrêter là mais ce personnage est fou. Nana et une femme bordélique, qui n’a pas l’air de connaître la gêne, qui ne semble pas se soucier plus que ça du regard des autres et qui agit énormément au feeling. Surtout quand il est question de cuisine.

Il faut la voir comme étant la couleur sur un tableau initialement en noir et blanc. Le tableau est le même et pourtant tout change à sa venue. (Vous ne serez pas prêts quand je vous sortirai un livre de mes citations, gardez-les bien en tête, elles seront bientôt copyright !)

En parlant de tableau, ça donne quoi graphiquement ? Bah, autant c’est pas moche, autant j’aime bien son style pour les chara-designs, notamment celui de Makio que je trouve sublime, autant ce n’est pas pour ça que je l’ai acheté. C’est vraiment un simple support aux propos de l’autrice, plus que dans d’autres, ça n’aura rarement été aussi vrai.

Ce n’est pas quelque chose qui gênera la lecture bien au contraire, c’est juste que c’est très simple avec pas mal de pages “blanches”, rien de dérangeant en soi puisque vous serez scotchés par les dialogues ! Après je dis ça, mais il y a quand même deux trois planches bien travaillées qui sont très jolies !

 

 

C’est donc tout naturellement sur une note positive que je souhaite conclure cette critique.

J’ai vraiment, mais alors vraiment adoré ma lecture d’Entre les lignes. Dans ce style là, c’est clairement une masterclass, pour tous les fans d’œuvres un peu profondes qui jouent beaucoup sur la psychologie façon slice of life, mais clairement allez-y, la collection Life de chez Kana est là pour ça et ce manga le montre très bien.

Par ailleurs, le titre est très bien choisi puisqu’au cours de ma lecture j’ai trouvé qu’en effet, Tomoko Yamashita poussait à lire “entre les lignes” et ça, c’est formidable !

C’est un gros oui, et pour ceux qui hésitent encore, lisez au moins le premier tome, il est suffisant pour se faire un bon avis sur le titre, mais normalement, si ce que je vous dis tout au long de la critique vous a parlé, il n’y a pas de raisons que vous ne soyez pas satisfaits !

 

H.

2 commentaires

  • Kitano

    J’ai lu les 5 tomes édités à ce jour, et je suis plus que conquis par le titre.
    Graphiquement, j’adore le design des persos, mais les décors sont assez vides sans que cela ne gêne, de toute manière le but n’est pas ici de conter des décors mais de comprendre la psychologie et les doutes (ainsi que les joies) des personnages.
    Même les persos secondaires sont bien décrits, on a l’impression de faire partie de cette famille et de ce cercle d’amis, on a l’impression de les connaître ; ceci est facilité car le ressenti de chacun des persos est très bien détaillé.

    L’histoire, bien que triste au départ, ne se révèle pas mélodramatique pour autant, il y a aussi de nombreux moments de joies.
    Mais surtout, l’auteur nous donne accès aux doutes de toutes ces personnes.
    Asa, se pose des questions sur sa mère, son deuil, ses amies, son devenir, sa manière de devenir une adulte…
    Makio, elle, vivait seule dans son coin et doit à présent partage son temps et sa vie avec Asa, elle se pose de nombreuses questions, comment faire? , quoi faire?, comment gérer tout cela (école, amis, extrascolaire..), gérer son temps, sa relation avec sa famille et sa soeur décédée.

    Après, on a encore plein de questions sur la famille d’Asa, son père, sa mère.

    Mais c’est une très bon manga.

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