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La Danse du Soleil et de la Lune

Entre malédiction

et bénédiction…

 

La Danse du Soleil et de la Lune est un Seinen de Daruma Matsuura. Initialement publié au Japon en 2019, il est toujours en cours avec 4 tomes pour le moment. En France, ce sont les éditions Ki-oon qui ont les droits et qui le publient depuis Février 2022.

 

Le nom de Daruma Matsuura ne vous est peut-être pas inconnu, et pour cause, elle est l’autrice de Kasane, un autre seinen également publié chez Ki-oon.

Konosuke Ryudo est un homme qui a perdu toute joie de vivre. Il survit tant bien que mal grâce à Otokichi qui tente de servir au mieux ce samouraï qui ne peut tenir de katana. En effet, depuis petit, il lui est impossible de toucher de ses mains ou de son corps n’importe quel objet en métal. Ces derniers se déforment à son approche comme s’ils préféraient se briser que d’être touchés par lui: il est comme maudit.

Alors qu’absolument rien ne lui réussit, il reçoit un jour une lettre bien curieuse provenant d’une femme qui a tout l’air d’être de bonne famille. Bien qu’il flaire les problèmes, il se laisse porter par les événements, pour le meilleur, et pour le pire…

La Danse du Soleil et de la Lune nous propose un récit prenant, de qualité, offrant un rythme agréablement mouvementé, tantôt lent, appuyant sur la solitude intérieure du protagoniste et sur ses difficultés, tantôt rapide lorsque pour lui, tout s’accélère et prend des proportions inédites. Ce n’est pas du jamais vu, il est vrai, mais la réalisation ici est saisissante. Daruma Matsuura réussit clairement son coup en arrivant à nous dévoiler juste ce qu’il faut dans ce premier tome qui excelle dans tous les domaines. Finir ce premier volume, c’est avoir une irrémédiable envie de lire le second.

 

 

Nous sommes plongés dans un Japon semi-réaliste, qui, d’après les informations que l’on peut trouver au fil du tome, se situerait aux alentours de l’ère Meiji. C’est une période prospère pour les samouraïs avec par-dessus tout, un code d’honneur des plus importants. La voie du sabre est alors un précepte qui rédige la vie de plus d’une personne. En gardant cela en tête, on comprend rapidement le désarroi qui consume à petit feu notre personnage principal, Konosuke Ryudo, qui est le dernier représentant du clan Ryudo pour qui la voie du sabre était d’une importance capitale. Son défunt père n’a, par ailleurs, jamais accepté la “malédiction” de son fils qui mettait en péril l’avenir du clan.

Compréhensible au vu de la période, mais cela a été un poids très lourd sur les épaules de ce jeune garçon encore frêle qui n’avait rien demandé. Il aurait souhaité de tout son être pouvoir manier le katana comme n’importe qui et pouvoir rendre sa famille fière. Mais le destin en a voulu autrement et il a dû essayer, tant bien que mal, de vivre avec ça sans pouvoir honorer les souhaits de son père.

 

 

Un homme comme lui qui ne pouvait que suivre la voie du sabre mais qui est incapable de tenir un vrai katana ne pouvait malheureusement pas s’en sortir comme Shichika Yasuri de Katanagatari. Il vit hors de son temps, l’empêchant ainsi de s’adapter à son environnement. Un samouraï qui ne peut tenir de sabre est forcément assujetti à moquerie, voire pire. S’ajoute à cela la des difficultés tierces puisqu’à cette époque, de plus en plus d’objets étaient réalisés en métal. Se raser et couper les cheveux devient ainsi plus difficile, éviter les objets dans la rue, les personnes, les rues étant jonchées de porteurs du fameux sabre. Un véritable calvaire…

… Jusqu’au moment où cette lettre inopinée débarque chez lui. Grâce à cette dernière, il fera la rencontre de Tsuki, une femme mystérieuse dont l’image qu’elle renvoie est celle d’une fille de bonne famile, propre sur elle et potentiellement aisée. Ce qui, vous le conviendrez en le lisant, ne correspond pas du tout à notre protagoniste, lui qui vit dans une porcherie, pas très propre sur lui.

Cette femme est importante, extrêmement importante ! Déjà, au cours du tome, elle soulève un paquet de questions, que ce soit sur sa nature, sur ses raisons d’être aux côtés de Konosuke, et sur pas mal d’autres éléments. D’ailleurs, je me demande parfois si elle a un lien de parenté avec Suwa Yorishige de The Elusive Samourai

Maintenant que nous avons vu tout cela, je dois vous parler d’une chose mettant en relation un peu tout ce que nous avons vu. Les mythes & légendes ! En effet, j’ai déjà mentionné la “malédiction” de Konosuke, ce n’est pas clairement exprimé comme telle mais c’est le ressenti global. Il y a une chose qui va souvent de paire avec ce genre de phénomène, les divinités ! Là encore, rien n’est clairement indiqué mais dans un japon traditionnel, vous connaissez l’importance de tout ça. Il y en a notamment une qui est mentionnée plus ou moins directement à quelques reprises, celle d’Inari, ou O-Inari. Vous la connaissez très certainement puisqu’elle connaît un grand succès à l’international, elle est représentée majoritairement par un renard à neuf queues, le kitsune.

Konosuke Ryudo plaisante en ce demandant si il ne s’est pas fait avoir par un kitsune, il y fait mention d’un temple nommé “Odahime Inari” et quelques détails plus ou moins explicites y font penser.

Je ne sais pas jusqu’où cela va être poussé puisque l’œuvre est semi-réaliste, semi-fantastique. On peut s’attendre à tout mais cela m’intéresse énormément quel que soit le chemin choisi !

En tout cas, parmi les divinités, on en connaît qui sont plutôt bienfaisantes pendant que d’autres sont malfaisantes. Tout comme il existe des bénédictions… ainsi que des malédictions. Je VEUX voir comment la chose qui ronge Konosuke depuis si longtemps pourrait finalement se retourner en atout pour lui et lui faire devenir la grande personne qu’il rêvait d’être. Ça sonne un peu niais et facile mais au vu de ce que nous propose actuellement Daruma Matsuura, ça sera vraiment sympa, j’en suis certain ! Surtout que pour le moment, notre cher “héros” à d’autres préoccupations…

 

“Ta mère serait très fière de ce que tu as fait aujourd’hui ! Tu es déjà… un honorable guerrier…”

– Tsuki

 

Attaquons enfin la partie dessin ! Daruma Matsuura possède un talent dingue, c’est indéniable. Cela ne se remarque pas sur les décors, en effet, mais bien plus sur les personnages et le talent de la mise en scène !

Il y a une chose que j’aime beaucoup de manière générale dans n’importe quelle œuvre, ce sont les yeux. Loin d’être un fétichisme je vous arrête sur le champ, la façon dont cette partie du corps est dessinée peut clairement changer la donne sur un personnage. Ici, c’est le cas pour Tsuki, qui, (lol) sur certaines planches possède une paire absolument incroyable. Et je parle toujours de globes oculaires !

Par ailleurs, de manière générale, les personnages ont de bons atouts. “Beau” ça, c’est à l’appréciation de chacun, mais ils sont transpirants de vérité, leurs expressions ressortent vachement avec leurs sentiments et leurs états d’âmes. Ils ont une âme, on ressent qu’ils ont vécu avant leur apparition un peu comme s’ils vivaient  également hors des scènes (Extraordinary you coucou). Je divague et j’extrapole, mais j’apprécie la manière dont ils sont dessinés, vraiment.

Pourtant, on peut difficilement dire qu’ils respirent la beauté, (meeenn~~) ceci dit, c’est plus réaliste, la plupart des samouraïs étaient loin d’être des canons…

Concernant les scènes d’action, je dirais que c’est simple mais efficace. L’effet des coups sur les corps est pas mal du tout, les mouvements le sont également. Ce n’est pas le plus gros point fort du manga à mon sens mais c’est très loin d’être un point noir !

Il est temps pour nous de conclure. La Danse du Soleil et de la Lune est une bonne œuvre. Il faut que vous vous la procuriez, chez des libraires mangas indépendants de préférence, et n’hésitez pas à prendre les deux premiers tomes directement, au vu du cliffhanger colossal à la fin du tome 1, il vaudrait mieux pour votre cœur d’avoir le deuxième sous la main !

Voilà, c’est tout pour moi, j’espère que vous apprécierez cette critique ! N’oubliez pas de nous suivre sur les réseaux sociaux si vous souhaitez rester au courant des prochaines critiques et n’hésitez pas à les partager si ça vous a plu !

Plus sérieusement, l’histoire me semble vraiment bonne et au vu des évènements de fin de tome, l’univers à l’air plus complet que l’on aurait pu le croire. Le développement des personnages est intéressant et ils sont tous bien écrits, même Otokichi ! Le manga est bourré de mystères distillés de façon intelligente. Les dessins sont également très sympathiques et Daruma Matsuura a un style vraiment cool, vous pouvez voir sur son twitter (@darumaym) de jolies illustrations et rien qu’en lisant, vous pourrez affirmer le potentiel dingue de la mangaka !

Qui plus est, je n’en ai pas parlé mais La Danse du Soleil et de la Lune possède tout de même de l’humour ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, certaines planches font rire, il faut dire qu’elles sont placées de manière remarquable !

Amateurs de seinen et de japon traditionnel mêlés à un peu de fantaisie, let’s go vous allez adorer !

 

H.

2 commentaires

  • Kitano

    J’ai lu 2 tomes sur 3, et je compte attaquer le 3eme prochainement.
    C’est une très belle œuvre, graphiquement les personnages sont bien dessinés, le décor est parfois léger mais sans que cela gêne.
    L’histoire est plus qu’intrigante et le tome 2 renforce cela avec de nouveaux personnages.
    Par contre, le manga dégage une belle ambiance, on se sent pris dedans.

    J’ai vraiment apprécié lire les 2 premiers tomes.

    • lepasseurlunaire

      Bonjour, encore merci pour le commentaire !

      Nous sommes entièrement d’accord.

      C’est une très belle acquisition de la part de Ki-oon et j’espère que l’œuvre connaitra un succès tel que Les Carnets de l’Apothicaire !

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