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Réimp’

Aimer jusqu’à 

réimprimer~

Réimp’! est un Seinen de Maoko Mazda. Il est édité au Japon depuis 2013 avec pour le moment 15 volumes. En France, nous le voyons en librairie depuis Octobre 2021 chez les éditions Glénat, le troisième tome nous parvenant tout juste !

 

Kokoro Kurosawa est judoka mais une blessure l’empêche de continuer sa carrière. Elle doit alors chercher une nouvelle voie et plus ou moins naturellement, c’est vers l’édition qu’elle se tourne.

Après un examen et un entretien hauts en couleur, elle met un premier pas dans ce monde aux multiples facettes qui l’amènera de surprises en surprises…

 

Réimp’! vous a peut-être été présenté comme une introduction / initiation au monde de l’édition, et c’est le cas…mais pas que. En effet, ce manga est plus tourné sur du tranche de vie et est magnifiquement bien construit. On aura l’occasion d’en faire le tour tout au long de cette critique !

Maoko Mazda a réalisé de nombreuses recherches afin de pouvoir parler de cet univers dans sa globalité, et ce n’est pas une paire de manches vu toutes les particularités du milieu et tous les aspects auxquels cela touche. Toutefois, force est de constater que le rendu est excellent. L’auteur à su dès ce premier tome introduire efficacement ce monde complexe et faire de même avec des personnages qui sont d’un détail impressionnant.

La vie d’un livre est faite d’une multitude d’expériences qui s’enrichissent au fil des tomes tout comme s’enrichissent intellectuellement les personnes lisant Réimp’!  Ce titre donne du corps à son récit et à ses personnages, les rendant plus marquants, plus humains, plus vrais que nature au fil des pages, à tel point que l’on finit par avoir de réelles émotions pour ces derniers.

Mais avant de s’attaquer aux personnages, on va se concentrer sur la partie histoire.

 

Baser son manga sur l’éditorial n’est pas chose aisée. Nous avons bien eu des œuvres comme Sekaiichi Hatsukoi ou bien Bakuman qui s’y intéressaient mais Réimp’! va encore plus loin. Maoko Mazda profite du manque d’expérience de Kokoro Kurosawa, l’héroïne, pour introduire différents aspects et nous expliquer de manière naturelle des points qui sont pour le moment encore accessibles à la compréhension. Comme Kokoro possède très peu de responsabilités, elle ne réalise pas de tâches trop complexes, elle n’a pas encore de série à sa charge, ce qui permet de s’attaquer doucement à ce monde sans perdre le lecteur avec des termes trop complexes qui pourraient faire passer l’œuvre pour une encyclopédie.

N’ayez donc pas peur d’être perdu dans des explications fastidieuses, même si vous êtes complètement néophytes de ce monde, l’auteur prend son temps et ne rentre jamais dans des dialogues ou monologues à rallonge pour parler d’un point en particulier. Tout est parfaitement ancré dans le moment pour que cela semble le plus naturel possible sans freiner le rythme. Peut-être que cela arrivera dans de futurs tomes, si le sujet est plus complexe, mais ce n’est pas du tout le cas pour ce premier volume, et d’ici là, le lecteur aura acquis les connaissances nécessaires pour ne pas se perdre.

Par ailleurs, pour revenir sur le fait que ce n’est pas une encyclopédie, c’est aussi par rapport avec la narration qui prend plus l’allure d’une tranche de vie. On y suit bien évidemment Kokoro dans sa nouvelle vie où elle donne tout ce qu’elle a pour apprendre et faire au mieux ce travail qui parvient à la passionner autant que le judo. On suit également plusieurs autres personnages tous acteurs dans le monde du livre d’une manière ou d’une autre. Je trouve même que ce sont ces personnages, plus secondaires, qui sont les plus intéressants à suivre. Ils bénéficient d’un développement aux petits oignons leur ajoutant de la texture et même un background plutôt complet pour certains.

Réimp’! ne donne pas seulement des leçons sur l’édition, mais nous parle en plus de l’humain derrière tout ça, qu’il soit lecteur, auteur, éditeur, commercial, libraire et bien d’autres encore.

Nous avons même le droit à une bonne moitié du titre où une chose est évoquée à de multiples reprises sous différents angles : la chance. En effet, si nous pouvons difficilement comparer le monde de l’édition à un jeu de casino, la chance y possède sa place comme dans beaucoup de domaines. Cette “chance” nous est d’abord introduite par le protagoniste, Kokoro, qui tente de “cultiver” sa chance bien qu’en soit, dans son cas, on peut plutôt parler de travail acharné qui porte ses fruits plus que de simple chance. Mais nous avons également le droit à un aparté sur la chance par le patron de la maison d’édition, Masaru Kuji qui a eu une enfance difficile et qui, suite à une rencontre, a décidé de changer complètement de voie afin d’œuvrer pour le bien en essayant notamment de dénicher de nouveaux auteurs à succès en leur donnant une chance. Ce point est traité de manière intelligente, car cela reste une part de réalité dans l’univers difficile et parfois cruel de l’édition. Ce n’est pas quelque chose à omettre mais ce n’est pour autant pas facile d’en parler adroitement, le faire à travers ces personnages est une excellente idée et c’est parfaitement mis en scène.

Et que dire du chapitre “vendre à tout prix !” qui se déroule en trois parties… À part peut-être : sublissime, masterclass ? Honnêtement, je ne pensais pas être touché spécialement par le titre, et pourtant, ces chapitres m’ont secoué. Je ne vais pas rentrer dans les détails pour que vous gardiez la surprise mais sachez que j’ai failli lâcher ma petite larme ! L’écriture y est superbement bien maîtrisée, les personnages nous offrent un déferlement d’émotions en tout genre, le commercial se voit subir un développement des plus passionnants, et tout ça crée une harmonie d’une justesse indiscutable. Oui je vous parle toujours d’un manga sur l’édition, vous ne rêvez pas et je ne me suis pas trompé de série ! C’est bien Réimp’! et vous pouvez lire cette phrase dans tous les sens, elle est exacte.

Il y a beaucoup de choses à dire encore sur l’histoire et je pourrais continuer d’écrire pendant plus de temps que Goku a passé à s’entraîner dans la salle du temps. Alors je vous propose d’abréger la réflexion sur le scénario et de passer aux personnages !

 

Kokoro Kurosawa porte bien son nom au vu de son grand cœur ! Elle est gentille comme tout même si cela peut aller sur de la maladresse, sa bienveillance pouvant parfois être mal prise. Mais elle reste une bonne vivante, souriante, parfois insouciante mais toujours vaillante ! Si certains la traitent de sotte, elle n’en reste pas moins une centrale électrique à elle toute seule et elle ne se laisse jamais abattre. De ce fait, elle travaille d’arrache pied et donne son maximum pour ne pas décevoir les attentes des autres. Son côté simplet peut être déroutant mais au fond, je trouve ça presque inquiétant, à force de toujours vouloir être bienveillante, est-ce que cela ne pourrait pas la blesser ? Koizumi est un commercial présent dans cette série et c’est celui dont le développement m’a le plus impacté. Il est d’abord effacé, un peu dépressif, il a du mal à se faire à son métier qu’il ne visait pas vraiment à l’origine. Mais avec le temps il va comprendre certaines choses qui vont le pousser à changer. Bien qu’à l’origine il est l’archétype du personnage un peu “chiant”, il se révèle finalement être bien construit et franchement intéressant. Il se distingue du reste et c’est finalement ce qui lui crée de la valeur.

 

Tu as été nommé à ce poste parce que les ressources humaines ont estimé qu’il te conviendrait. Commence par essayer de t’y investir pleinement. Dans la vie, tu sais, aucune expérience n’est jamais vaine. Ça devrait te permettre d’y voir plus clair pour la suite de ta carrière. Comme les os de poulet de chez kfc… il paraît qu’on peut en tirer un excellent bouillon.

– Monsieur Oka

 

Chaque personnage est important, ils sont tous légitimes, ce qui est raccord avec le monde éditorial où tous les maillons sont nécessaires. Tout ceci fait que Kokoro, par exemple, n’est pas plus importante que Koizumi bien qu’elle puisse être considérée comme la protagoniste de l’histoire.

Je meurs d’envie de vous parler de Kazuo Hattan et de son responsable mais je pourrais difficilement le faire sans vous spoil des passages que je souhaite vraiment vous voir découvrir ! Alors avant de dériver, passons aux dessins !

 

La première page vous fera un “ouah, ce côté crayonné est superbe !” et c’est vrai, ça donne un rendu vraiment classe qui correspond à merveille avec Réimp’!. La page suivante vous fera toutefois vous poser des questions sur le chara-design. Ça peut surprendre au début, mais surtout ne vous arrêtez pas là ce serait du gachi. Le style est particulier, il se veut “inexacte” presque caricatural par moment mais on s’y fait vite, et surtout, on s’y attache. C’est disproportionné mais ce n’est pas moche pour autant, bien que cela va entamer les goûts et les couleurs de chacun.

Si je dois parler pour le plus grand nombre, le manga brille plus par son histoire que par sa partie graphique. Mais je le redis, on s’y habitue et il se fait même apprécier avec le temps, le rendu globale étant plutôt bon, le côté crayonné y est vraiment pour beaucoup je vous l’avoue.

En termes de décors, c’est simple mais on ne nous laisse quasiment jamais sans rien, on appréciera donc l’effort allant en ce sens.

Concernant l’édition en elle-même, héhé, elle est agréable. La couverture est très sympa, je la trouve même plus jolie que la japonaise pour le coup. On a le droit à un tome assez épais qui se lit à un bon rythme, ce n’est ni trop long ni trop court d’après moi ! On notera la présence d’un postface où monsieur Quentin Gratpanche, responsable commercial chez Glénat, nous offre quelques mots sur la partie française du monde de l’édition car certaines choses diffèrent d’un pays à l’autre et c’est toujours intéressant d’en apprendre un peu plus sur le fonctionnement en France.

 

En conclusion, Réimp’! est-il un manga susceptible de vous plaire ? Pour ma part c’est un grand oui comme vous avez pu le constater tout au long de cette longue critique. Que vous éprouviez une curiosité envers le monde de l’édition ou non, je trouve que ce titre reste accessible. En effet, l’auteur vous propose un récit complet qui ne se focalise pas uniquement sur le métier de manière stoïque mais bel et bien sur un développement prenant avec pour centre le monde de l’édition.

Il est tout à fait possible de regarder ce titre comme une tranche de vie à tel point les personnages connaissent une évolution constante et inspirante.

Alors oui, Réimp’! ça parle de tout un corps de métier, mais ça parle aussi des personnes qui y travaillent et s’y investissent, le tout dans une harmonie parfaite. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il est accessible à beaucoup de monde et je suis sûr que vous qui avez eu le courage de lire cette critique, vous apprécierez votre lecture de Réimp’!.

H.

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