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Le Chat Qui Rendait l’Homme Heureux – Et Inversement –

Retrouver 

la chaleur 

du foyer

Le Chat qui rendait l’Homme Heureux – et inversement – est un Seinen de Umi Sakurai, publié initialement sur twitter et qui s’est vu relié depuis 2018 au Japon où il comporte actuellement 8 tomes en cours. Chez nous, les éditions Soleil Manga ont obtenu la licence en 2021 et le tome 3 nous parvient en Mars 2022.

 

Fuyuki Kanda est un homme d’âge mûr, aux airs mélancoliques, seul, qui décide un jour de rentrer dans une animalerie. Là, le déclic s’opère pour lui lorsqu’il remarque Fukumaru, un chat adulte pas très beau, plutôt gros, en promotion tant il ne se vend pas. Il le trouve adorable et l’adopte alors afin de commencer une nouvelle vie avec lui, pleine d’amour et de chaleur.

 

Le Chat qui rendait l’Homme Heureux – et inversement – est un manga épisodique publié initialement sur twitter, mais qui a rencontré un franc succès puisqu’il n’a pas été seulement adapté en format relié, mais également en film. Malheureusement je doute qu’il trouve vraiment son public chez nous au vu de l’utilisation d’un faux chat affreux qui casse totalement le côté mignon du titre. Mais en tout cas ce manga a l’air de rencontrer un franc succès au Japon et il a de quoi!

En effet, ne vous fiez pas aux apparences. Fukumaru est un chat adulte, gros, moche, et pourtant, il est aussi adorable que Chi dans Chi: Une vie de Chat. Plus d’une fois vous craquerez pour sa bouille attristée ou joyeuse, et pour ses petites découvertes. Le tout se passe par le biais de chapitres très courts et très Slice of Life, on suit des moments de vie entre Fukumaru et Kanda, de l’adoption du chat à l’adaptation de celui-ci dans son nouveau foyer, jusqu’aux bêtises et aux découvertes qu’il fait. Et étonnamment, cela a beau être épisodique, on garde un certain avancement dans l’histoire et celle-ci se prête parfaitement à ce type de format. Personnellement j’ai dévoré le manga en une fois, mais si vous avez besoin de vous arrêter, ou si vous voulez simplement lire un chapitre de temps en temps, ceux-ci sont vraiment courts et c’est plutôt pratique.

Ce qui fait que ce manga n’est pas ennuyeux malgré un côté épisodique, c’est vraiment ses personnages et la manière dont l’auteur a écrit le titre. En effet, vous serez assaillis de moments mignons entre Fukumaru et Kanda et si vous aimez les chats, ce titre vous ira parfaitement! On y retrouve également un certain réalisme dans les bêtises effectuées par Fukumaru et c’est un plaisir de les découvrir au fil de notre lecture.

Mais l’auteur n’a pas seulement créé un unique point de vue à son histoire, puisqu’on suit au fil des chapitres à la fois les pensées de Fukumaru et celles de Kanda, ainsi que celles de l’entourage de Kanda et de Fukumaru. Il est vraiment intéressant de les découvrir peu à peu et j’ai hâte que l’auteure en développe certains, même si j’espère qu’on va quand même rester centré sur nos personnages principaux car leur relation est vraiment intéressante à observer et à voir évoluer. Ce côté point de vue différent nous emmène régulièrement dans l’histoire d’autres personnages, que ce soit dans des moments passés ou des instants présents, permettant à l’aspect épisodique de ne pas être redondant du tout.

On a donc un manga divertissant et mignon qui raconte des moments de vie de nos protagonistes et qui se lit très rapidement grâce à son côté épisodique. Mais c’est également un titre bien plus profond qui a raison d’être qualifié de Seinen sur ce point, même si je pense qu’un enfant pourrait également le lire sans problèmes.

 

Et ce monsieur, qui est-il pour moi? Une miaman? Non, pas une Miaman. Miais quand je suis avec lui…Il peut faire nuit…Je ne me sens plus triste. Alors, ce doit être mion papa.

– Fukumaru.

 

En effet, en étant capable de suivre les pensées de Kanda et de Fukumaru, on découvre plus facilement leur ressenti mais aussi leurs traumatismes, et on s’attache encore plus à eux. Et c’est ainsi qu’on découvre une part plus sombre à toute cette histoire, que ce soit par le manque de confiance de Fukumaru et sa peur d’être abandonné, lentement dévoilée par ses moments de manque, de nostalgie où il se souvient de sa mère ou de l’époque où il voyait les autres animaux se faire adopter à l’animalerie. Ou bien encore la solitude de Kanda, avec son regard bienveillant mais profondément triste, où l’on découvre peu à peu le vide qu’il a en lui, la perte qu’il a subi, le deuil qu’il a du mal à surmonter.

Ce côté sérieux de l’œuvre apporte un aspect plus vrai au manga, plus réaliste. On découvre la cruauté du deuil, la triste vérité des adoptions en animalerie où les gens préfèrent les chatons tout mignons aux chats adultes, pas très beaux, qui ne demandent pourtant qu’à être aimés. Ce côté plus sérieux m’a laissé une boule dans la gorge tout au long de ma lecture. On ne peut s’empêcher de ressentir de l’empathie pour ces personnages qui ont tant perdu, qui souffrent et qui, pourtant, s’aiment comme jamais.

En effet, on ne voit pas seulement deux Êtres tristes, on voit la reconstruction de ceux-ci, comment ils se réconfortent mutuellement, se rassurent doucement, et réchauffent peu à peu leurs petits cœurs brisés. Ainsi, l’histoire mignonne, souvent drôle, laisse place à des instants plus émouvants, chaleureux, réconfortants. Il est impossible de rester insensible face aux yeux tristes de nos personnages, face aux instants de nostalgie, de souffrances silencieuses, qui laissent peu à peu place à un nouvel épanouissement. Et on ne peut que vouloir les voir heureux, avancer dans l’histoire pour les découvrir un peu plus et espérer qu’ils surpasseront leurs traumatismes.

Le Chat qui rendait l’Homme Heureux – et inversement – est donc un manga mignon, amusant, souvent drôle, épisodique et pourtant si divertissant, mais également sérieux, touchant, réconfortant, qui ne vous laissera pas indifférent. C’est un scénario réussi qui peut plaire aux amoureux des chats tout comme aux mélancoliques qui recherchent un peu de chaleur, de réconfort.

Je ne vous parlerais pas plus en détails des personnages cette fois-ci. D’après moi il faut les découvrir par soi-même pour vraiment apprécier le titre, d’autant que la plupart des personnages secondaires sont pour le moment à peine entrevus et que je vous ai déjà beaucoup parlé des principaux. Concentrons nous alors sur les dessins. Les chara-designs des personnages sont largement suffisants pour ce type d’histoires épisodiques et Kanda est même plutôt charismatique, j’aime beaucoup sa tête et ses vêtements plutôt classes. L’auteur n’hésite pas d’ailleurs à faire des tenues amusantes pour certains personnages ce qui change des vêtements classiques, vus et revus. Le chara-design de Fukumaru ne peut que vous faire craquer par son côté gros matou et en tout cas les magnifiques planches qui ravira votre cœur ne manqueront pas à l’appel.

Les décors sont très peu présents mais largement suffisants pour ce type d’œuvre ou on demande au lecteur de se concentrer sur les personnages et les trames pour être touché. Les cases sont plutôt grandes ce qui permet de vraiment capter l’émotion des personnages mais elles ont cependant une disposition assez répétitive, qui ne m’a pas spécialement dérangée mais qui peut peut être moins convenir à d’autres personnes.

Le format du manga est plutôt grand et agréable en main, on peut observer tous les détails de l’œuvre et je pense que cela a permis également de moins se sentir enfermé dans un manga épisodique. C’est psychologique mais je crois que si le tome avait été plus petit, j’aurais peut-être beaucoup moins accroché durant la lecture. La couverture attire l’œil par un jaune bien visible et qui ne fait pourtant pas mal aux yeux. J’aime beaucoup le lettrage du titre que je trouve mignon, et quel plaisir de voir qu’on remarque bien le nom de l’auteur sur la couverture. En plus, la pose des personnages est atypique et ne peut que vous donner envie de feuilleter le volume et de l’acheter. On a également le droit à une ou deux pages en couleur durant notre lecture et ça ça fait toujours plaisir. En tout cas, ce format convient parfaitement au manga.

 

En conclusion, Le Chat qui rendait l’Homme Heureux – et inversement – est une excellente découverte qui a su mêler une multitude de thèmes dans un manga épisodique et pas redondant pour autant. C’est un manga qui vous fera fondre par sa mignonnerie, rire par son humour, qui vous rendra heureux par des personnages attachants qui se réconfortent. C’est également un titre qui vous rendra nostalgique, mélancolique par son aspect plus sérieux, plus triste, et par la nécessité qu’ont les personnages à se reconstruire. C’est une œuvre qui vous fera passer par un nombre incalculable d’émotions, pour les amoureux des chats, mais aussi pour ceux qui aiment les mangas épisodiques ou les mangas qui parlent d’épanouissement, de reconstruction après un deuil difficile. C’est un manga qui vous prendra dans ses bras et vous bercera, vous faisant vous sentir mieux et vous donnant envie, à vous aussi, de rendre heureux un animal qui en a besoin.

L.

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