A-B-C,  Critiques,  Maisons d'Edition,  Manga,  Panini

Alma

Avancer d’Hommes

en machines…

 

Alma est un Seinen écrit et dessiné par Shinji Mito. Sorti initialement au Japon en 2019, sa parution fut courte puisqu’il compte un total de 4 tomes. En France, ce sont les éditions PaniniManga qui ont pris le relais en 2021 et nous proposent d’ores et déjà la fin en ce mois de Novembre.

Qui plus est, un coffret est prévu prochainement regroupant l’intégralité de la série.

An 2105, l’humanité semble avoir disparue. Ray, est le dernier humain avec celle qui l’accompagne, Béatrice. Ils ont passé une quinzaine d’années ensemble sans voir le moindre humain. Alors que l’espoir et le désespoir commencent à ne faire qu’un, un événement majeur se produit et remet en cause la totalité des pensées de Ray le poussant à aller plus loin qu’il n’est jamais allé…

Ce récit de science-fiction post-apo propose une approche très intéressante avec de multiples thèmes poussant la réflexion du lecteur et l’immergeant dans une histoire prenante.

En effet, nous comprenons rapidement la raison de cette apocalypse, et celle-ci sera confirmée vers la fin du tome. Car oui, lorsque je parle de SF, je parle plus précisément d’androïdes, ou plus généralement, de machines.

L’auteur reprend le classique “duel” entre humains et machines, avec des thématiques comme le bien et le mal, et des questions existentielles sur l’humanité et sa définition. Ce qui le rend cependant très intéressant, c’est son approche. Par le duo Ray et Béatrice (surnommée Trice), Shinji Mito pose les bases de la confrontation en allant toutefois plus loin, avec un binôme fort et riche en sentiments. De simples phrases vont s’avérer gravées dans les esprits et poursuivront notre protagoniste tout au long du tome, mettant ainsi en scène une remise en question perpétuelle, nous interrogeant nous-même sur la bonne marche à suivre.

 

 

Son arrivée à la « cité des moutons, Bulcarest” va drastiquement faire basculer tout ça. C’est vraiment à partir d’ici que l’on va comprendre ce que sont réellement les Gijins, les fameux androïdes dotés d’intelligence artificielle mais aussi leur responsabilité dans le désastre que nous constatons tout au long du tome. C’est avec ça que la dualité entre l’Homme et la machine va être des plus tranchante et marquante. C’est également via ce moment-là que l’on va continuer de pointer les erreurs de chacun et c’est aussi là que l’on va avoir -malheureusement- le côté plus classique de : l’humain c’est quand même un con, tout en ayant le côté trop belliqueux des machines. En un sens, tout ça sonne un petit peu trop manichéen par moment, je dois vous l’avouer. Cependant, cette phase est vite éclipsée grâce à deux personnages, Ray, le protagoniste qui possède un lourd secret inconnu de lui-même, et par la commandante Lukyana. Ce sont deux personnages diamétralement opposés mais qui possèdent tous deux une ambition enfouie qui n’a pas tout à fait disparue. La vie a cependant fait qu’ils ont grandi de manière bien différente et que l’un est plutôt un “ami” des machines alors que l’autre est leur “ennemi”.

Par ailleurs, cette question d’amitié avec les androïdes me fait fortement penser à un jeu vidéo qui m’a énormément marqué, Nier Automata, et une partie d’Alma me rappelle cette œuvre. On pourrait presque faire le parallèle entre Trice d’Alma et Pascal de Nier Automata. Ce sont tous les deux des personnages qui montrent le bon côté des machines et qui permettent réellement de nuancer les propos de l’auteur. Tout n’est pas sombre, les machines ne sont pas fondamentalement mauvaises ni menaçantes même si la globalité le sont. De la même manière que les humains, eux aussi, possèdent des individus amicaux aux machines ou bien fortement opposés à eux.

Ce n’est qu’une partie des propos, beaucoup peuvent être liés en ces deux œuvres ce qui est vraiment intéressant, ayant adoré Nier Automata, les parallèles sont d’autant plus appréciables.

 

“Gloire à l’humanité ! Miaouh !”

– N.C.

 

Malgré la situation désespérée, un peu d’humour subsiste encore, au début du moins, ce qui me fait quelque peu penser à A Journey Beyond Heaven qui est lui aussi étrange, dans un monde post-apo dangereux, mais qui nous donne une pincée de rire.

Vous l’aurez donc compris, bien qu’on soit sur des thématiques de SF post-apo somme toute classique, la façon dont tout nous est exposé rend le titre passionnant et certains personnages apportent un plus incontestable.

Ray par exemple, est central à l’histoire de par ses réflexions qui sont égoïstes mais en même temps qui ont un recul plus grand que de nombreux autres personnages. Il ne connaît pas grand chose du monde et a dû même apprendre ce qu’étaient les Gijins très tard, de ce fait, ses idéaux peuvent paraître biaisés par rapport à ceux connaissant  la vérité sur les précédents événements dramatiques qu’a connue l’humanité. C’est cependant aussi ce qui fait que les propos du personnage sont impactants. Il ne rentre pas dans le cycle de haine commun et expose un point de vue très différent et plus friendly en restant tout de même assez terre à terre par rapport à sa propre expérience.

Le secret qu’il possède sans réellement le savoir ni le comprendre donne une autre tournure au personnage. Cela le rend plus mystérieux, plus “fort” et contrebalance sur son environnement. À voir comment cela sera utilisé dans les trois autres tomes, en tout cas, c’est un plus qui le dissocie de d’autres titres et qui peut s’avérer très intéressant pour l’intrigue.

Trice fait également partie de ces individus centraux à l’histoire. Elle accompagne constamment les pensées de notre héros et influence ses choix, notamment quand ceux-ci sont d’une importance capitale. Sa personnalité unique l’a rendue attachante dès les premières planches et l’évolution du tome nous permet de comprendre de mieux en mieux cette personne qui n’est pas ce qu’elle prétendait être. Mais ça, vous l’apprendrez bien assez vite.

 

“Rencontrer d’autres humains n’est pas la seule chose qui compte, tu sais ? C’est bien joli d’aller de l’avant, mais n’oublie pas de regarder autre chose que tes pieds… profite du monde qui s’offre à toi !

– Béatrice.

 

Une chose rend vraiment honneur à ces personnages, à leurs sentiments, ce sont les dessins. La première double-page envoie du pâté, c’est indéniable (même si je regrette que ce ne soit pas une page couleur comme dans l’édition japonaise). Et ce n’est que le début, ce genre de planches vont se répéter à de multiples reprises au fur et à mesure de l’avancée de Ray. Ces dernières vous mettront régulièrement des claques aussi bien visuelles, que émotionnelles. Lorsque l’on ressent l’impuissance de ces personnages démunis face à plus fort qu’eux, face à la force écrasante du destin qui leur fait mettre le genoux à terre, c’est poignant. Et chaque moment où le héros va se surpasser pour essayer tant bien que mal d’avancer, c’est tout aussi prenant et cela ne serait rien sans le talent de Shinji Mito qui a su faire ressortir tout ça.

 

 

Alma ne possédait au premier abord pas grand chose pour se démarquer, et pourtant, c’est sans difficulté que l’on dévore ce tome en étant toutefois bousculé dans tous les sens. On rit et on sourit, puis on se crispe d’inquiétude jusqu’à la tristesse et la peur. Finalement, comme pour le protagoniste, un peu d’espoir renaît avant de se faire balayer par une brise glaciale qui nous rappelle l’hostilité de ce monde tout en abattant son glaive du désespoir. Ce premier tome pourrait se résumer à des montagnes russes où l’on n’y verrait pas la fin. Mais le wagon est rapide et ne nous laisse pas le temps de souffler que déjà un autre événement important se déroule sous nos yeux. La fin du tome détonne du reste, le Ray qui était jusque-là montré en faiblesse, se révèle plus fort que l’on ne l’aurait imaginé et tout ceci se termine sur une magnifique citation qui clôt le tome de manière somptueuse et nous donne clairement envie de lire la suite.

Alors si vous aimez les univers post-apo, la SF, et les personnages qui se font torturer psychologiquement, vous devriez apprécier Alma. Il ne faut pas oublier qu’il ne fait que quatre tomes et qu’en plus un coffret intégral sortira sous peu, alors, pourquoi ne pas se laisser tenter ?

 

H.

4 commentaires

  • Kitano

    Bonjour,
    Je viens de terminer cette série.
    J’adore les belles couverture, avec un petit effet 3D assez sympa.

    Sur le manga, les dessins sont assez beaux, les combats un peu brouillon par moment.

    Quant à l’histoire, elle est assez jolie ; avec de grosses révélations à plusieurs reprises.

    Un bon manga post-apo, SF.

    [SPOIL]
    A la fin du tome 4, j’adore la fin, cependant, je n’ai pas compris l’histoire en plus qui figure.
    Je n’arrive pas à la situer par rapport au reste de l’histoire.

    • lepasseurlunaire

      Bonjour,
      Merci pour votre commentaire !

      Il est vrai que j’ai trouvé aussi certains combats un peu brouillon mais bien classe grâce la patte de l’auteur.

      Pour l’histoire, j’ai vraiment hâte d’en voir plus justement ! Malheureusement je n’ai pas encore pu me procurer les 3 autres tomes mais ce n’est pas l’envie qui manque.
      Vous m’excuserez par ailleurs de ne pas lire votre section spoil car j’espère pouvoir le finir sous peu ^^.

      Bonne lecture à vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *