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Trèfle

Une ambiance

poétique dans un

monde cyberpunk

magique

Trèfle est un Seinen de Clamp publié au Japon une première fois en 4 tomes entre 1997 et 1999 et réédité en deux volumes en 2008. Chez nous il a aussi eu le droit à ces deux éditions en 2001 et 2009.  Cependant, Pika semble bien déterminé à donner une seconde jeunesse aux œuvres de ce collectif incroyable, et c’est à présent au tour de ce titre qui ressort en deux volumes en début de 2022.

 

Kazuhiko est un ancien officier des services secrets mandaté par le général Koo afin d’escorter une jeune fille étrange nommée Suh. Cependant, le pays d’Azlight en a après la fille et leur fuite ne va pas être de tout repos. D’autant que la jeune fille cache de lourds secrets d’État.

 

Ce qui est bien avec le collectif de Clamp, c’est qu’ils arrivent toujours à nous surprendre et à créer une ambiance incroyable, une histoire originale, le tout dans des lieux totalement atypiques et prenants. C’est en effet le cas pour Trèfle qui se déroule dans un monde Cyberpunk totalement original puisqu’il mêle mécanique et magie, créant un univers fantastique très peu vu voire totalement innovant, et pourtant assez cohérent avec le style des années 80 – 90, où de nombreux mangas se déroulaient dans un monde futuriste ou mêlaient beaucoup d’éléments mécaniques. Mais ce cyberpunk ne sert pas seulement à montrer un lieu atypique puisque le tout nous offre un monde rempli d’armes et de magie jamais vus auparavant. Rien que la manière de se déplacer de nos deux personnages principaux suffit à prouver l’originalité du collectif qui trouve toujours un moyen de transport innovant. Si Mokona servait à se téléporter dans un autre monde dans Tsubasa Reservoir Chronicle, ici c’est Ran qui téléporte nos protagonistes d’une manière ressemblant à une déconstruction et reconstruction corporelle, mais le tout en restant dans le même monde.

Après ne vous attendez pas à une magie très développée et omniprésente en début de tome, c’est plus à partir de la seconde partie qu’on commence réellement à s’intéresser aux pouvoirs et à vrai dire, accrochez-vous durant la première partie car j’ai trouvé personnellement ce titre au début très difficile à comprendre, tout s’enchaînant plutôt vite avec très peu d’explications et parfois même en très peu de cases. Il y a cependant beaucoup de mystère qui plane durant toute la première partie du tome, ce qui explique également certaines incompréhensions et la sensation d’être perdu qu’on ressent. Néanmoins peu à peu, au fil du tome, Clamp parvient à disséminer des indices et à apporter des explications qui éclairent notre lecture, créant énormément de révélations en fin de volume qui nous mettent pleinement dans l’ambiance.

Trèfle, c’est aussi un titre où l’on sait dès le début que nos personnages principaux sont voués à souffrir, qu’ils sont condamnés à la fuite et à un potentiel destin tragique. Tout le tome n’est que fuite, tentative de survie et protection acharnée de Kazuhiko pour Suh. On ne se relâche quasiment jamais durant notre lecture, on est toujours inquiet, sous tension de la prochaine attaque ennemie comme sur un véritable terrain de guerre.


Mais ce qui fait la beauté de Trèfle, c’est surtout tout son aspect poétique, mélancolique, artistique, unique. Que ce soit déjà par l’ambiance qui règne tout au long de notre lecture puisque Clamp à réussi à créer un monde cyberpunk avec une atmosphère très fantastique, presque féérique si on oublie la noirceur réelle de l’histoire. Mais ce récit est également poétique par la manière dont le texte est construit, reprenant souvent les paroles d’une chanson, la repassant sans cesse au point qu’on pourrait la réciter et cela a quelque chose de touchant de la voir à chaque fois apparaître. La manière dont est construite l’œuvre en elle-même est poétique au point que cela en devient marquant, prenant.

 

Si tu trouves un trèfle à quatre feuilles, il te portera bonheur. Mais ne dis à personne où ses fleurs blanches s’épanouissent, ni combien de feuilles il avait, le trèfle à quatre feuilles.

– Narration

 

En plus de son côté poétique omniprésent, le titre est construit à la manière d’un vieux film en noir et blanc avec son style très épuré sur les décors et ses personnages encrés. On a régulièrement des bulles de narration en noir qui permettent de créer une transition et de nous emmener à une autre scène, un peu comme c’était le cas dans l’adaptation anime de Bakemonogatari , glissant toujours un mot, un titre sur ce qui se déroule sous nos yeux, et rappelant toujours l’impression de film ancien.

Enfin, Trèfle est un titre aussi complexe par sa recherche constante du bonheur et de liberté, que ce soit par les références aux ailes et aux oiseaux durant la chanson, que par le personnage de Suh, prisonnière à cause de ce qu’elle est, ou encore la liberté farouche de Kazuhiko qui a pris sa retraite. Cette importance sur la liberté accentue le côté tragique du titre, notamment par les choix effectués par nos personnages pour pouvoir ressentir un instant le bonheur d’être libre.

Trèfle nous présente par ailleurs déjà énormément de personnages durant ce premier volume. Les plus marquants ont cependant été pour moi Suh, Kazuhiko et Ran.

Kazuhiko était anciennement dans les services secrets et n’était apparemment pas très apprécié de la cour martial qui l’a vu plus d’une fois. Ayant pris sa retraite, il avait en quelque sorte récupéré sa liberté jusqu’au moment où on lui a confié Suh. Cette liberté reprise l’amène à vivre une expérience incroyable et douloureuse qui le changera probablement à vie. C’est un personnage mélancolique qui se souvient de sa bien aimée avec douleur, et qui semble difficile à sonder. Mais c’est également un homme qui donnera tout pour accomplir sa mission et protéger Suh jusqu’au bout.

Suh est le plus grand mystère de ce titre. C’est une jeune fille au grand désir de liberté et qui est condamnée à la solitude. Elle porte en elle les lourds secrets d’État et tout le monde semble vouloir s’emparer d’elle et de ce qu’elle est. C’est à la fois le personnage le plus pur, qui découvre le monde pendant sa fuite, et le plus triste, demandant sans cesse la liberté, d’être emmené loin de là où elle est, mais sans jamais y revenir.

Enfin, Ran est un jeune homme qui a été recueilli et protégé par Gingetsu. Comme Suh il est un enfant important pour le monde, si ce n’est qu’il est moins puissant qu’elle et peut donc vivre une vie plus ou moins normale. On sent cependant que lui aussi souffre et qu’il est le plus à même de comprendre notre protagoniste féminin.

On a donc dans l’ensemble des personnages nombreux, intéressants, mais très peu développés pour le moment, gardant une grande part de mystère et intriguant le lecteur. Malheureusement je ne sais pas s’ils seront plus détaillés que ça, l’histoire avançant très vite, mais sachez que vous revoyez une bonne partie de ceux-ci dans Tsubasa Reservoir Chronicle, et notamment le personnage de Oluha qui sera alors une chanteuse dans un bar du nom de Clover dans le pays d’Ôto. Peut-être que ce titre-ci pourra vous aider à mieux les cerner.

Enfin, en ce qui concerne les dessins, le style de Clamp est très reconnaissable ici par les chara-designs des personnages aux corps allongés et aux visages très pointus.  Malgré l’ancienneté du titre, je trouve l’œuvre magnifique à observer, très poétique et contemplative grâce à de nombreuses pages aux mises en scènes cinématographiques sublimes. Il y a très peu de décors, les personnages sont l’élément le plus encré et le tout donne un style très appréciable au final. Il faut cependant s’habituer à cette sensation de vide qui est clairement par but artistique, mais également à ces cases parfois très petites sur une planche qui nous paraît par extension immense à côté. C’est un style osé, mais qui a su m’emporter malgré tout dans l’histoire.

 

En conclusion, Trèfle est un manga qui se déroule dans un monde original cyberpunk aux aspects magiques très appuyés et surprenants. C’est un titre complexe qui peut perdre au début mais dont les mystères sont peu à peu dévoilés. C’est le récit poétique, mélancolique d’une fuite au destin tragique et d’un désir de bonheur et de liberté omniprésent. Trèfle est une œuvre complexe et complète qui se termine très vite et qui ne nous laisse pas respirer, aux allures de films en noir et blanc, qui propose une mise en scène innovante, surprenante et sublime qui nous happe dans une histoire courte dont on a pour le moment du mal à discerner la fin. C’est clairement une expérience à faire, à tenter, ne serait-ce que pour découvrir le travail artistique et la réflexion qu’il y a eu derrière tout ça. Pika nous fait l’honneur de le rééditer en deux double tomes sublimes et en plus avec un prix très correct au vu de ce qu’il contient alors, pourquoi ne pas vous laisser emporter par ce chant si poétique et surprenant?

L.

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