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Innocent Rouge

La mort au bout de

la lame, la vie au

bout des doigts…

 

/!\ Pour un public averti, gore, démembrement, nudité… /!\

 

Innocent Rouge est un Seinen de Shin’ichi Sakamoto. Il a été publié au Japon entre 2015 et 2020 avec 12 tomes au total. En France, sa publication a commencé en 2017 et s’achève tout juste en Décembre 2021 aux éditions Delcourt/Tonkam.

 

Il faut savoir qu’Innocent Rouge est le sequel d’Innocent sorti en 2015 en France et qui compte un total de 9 volumes. J’expliquerai rapidement tout à l’heure ce qu’il y a à savoir ! 😉

À l’aube de la révolution française, nous suivons les pas de la famille Sanson, une lignée d’exécuteurs chargés d’être les bourreaux des condamnés à mort. On y voit alors, Charles-Henri Sanson, l’actuel chef de famille, son beau-frère, son fils ainsi que sa jeune sœur, Marie-Josèphe Sanson qui souhaite vengeance et qui, pour ça, est prête à tout, même si cela nécessite que le pays tombe dans le chaos…

Alors oui, c’est bel et bien la suite d’Innocent mais rassurez-vous, pour celles et ceux qui ne souhaiteraient pas se pencher sur l’intégralité de la série, Innocent Rouge peut être lu sans son prequel, vous ne serez pas perdu bien longtemps. Je ne cacherai pas que c’est un plus de l’avoir lu et que je vous le recommande si la série vous intrigue mais vous pouvez tout aussi bien lire dans le sens que vous souhaitez cela reste pertinent !

Pour préciser un peu la chose, Innocent se concentrait plus sur Charles-Henri Sanson qui n’était alors que l’aîné de la famille, on le voyait donc lui aussi être confronté à la succession de la famille et au poids qu’il devait porter sur les épaules. Hors désormais, dans le sequel, il a bien grandi et nous voyons cette fois-ci une autre part de la famille Sanson.

La révolution française a été maintes fois utilisée et ce de différents points de vue. Mais il faut avouer que celui adopté par Shin’ichi Sakamoto est des plus intrigants : la vue des exécuteurs. Ce sont eux qui ont coupé les têtes et ce sont eux que nous allons suivre.

On peut dire que leur rôle a été primordial dans les événements historiques mais ne vous y trompez pas, ce manga n’est pas là pour être une source historique bien qu’il y a des parts de vérité par moment, en effet, la famille Sanson est plus vraie que nature et ils étaient réellement exécuteurs !

 

 

C’est toutefois quelque chose d’un petit peu plus romancé dont nous allons parler. Bien que romancé dès le départ on nous rappelle à quel point être exécuteur est mal vu des autres, croisez leur regard et vous serez maudit, touchez un bien qu’ils auraient eux-mêmes touchés et vous serez probablement maudit, risquant votre vie dans un avenir plus ou moins proche. Enfin, des superstitions quoi, mais cela a été vrai et cela a une grande importance dans l’histoire car naître dans une famille d’exécuteurs signifie être coupé du monde et vivre constamment entouré de la mort. C’est le cas pour Henri, fils de Charles-Henri qui a grandi dans cette famille et qui va suivre un parcours plus ou moins similaire à celui de son père. Petit plus pour lui tout de même, Charles-Henri, que ce soit dans la réalité ou dans le manga, n’appréciait guère les exécutions, il préférait sauver des vies plutôt que de les ôter bien que son rôle capital ne lui a pas permis de grandes libertés.

Les Sanson ont de grandes connaissances en anatomie dû à leur nombreuses autopsies réalisées sur les différents cadavres qu’ils ont eu. De ce fait, Charles-Henri sait comment sauver des vies, c’est un bon chirurgien (enfin, avec les moyens de l’époque bien évidemment) et c’est une partie qu’il va montrer à son fils afin de lui apprendre que les Sanson ne servent pas qu’à apporter la mort mais aussi à protéger les autres et à sauver des vies. En effet, un bourreau agissant en tant que guérisseur c’est à première vue un peu particulier, mais à l’époque c’est sans doute eux qui avaient les connaissances les plus développées à ce sujet. Voir Charles-Henri et Louis-Charles-Martin (son demi-frère) se charger d’une opération délicate a fait remonter la famille Sanson dans l’estime d’Henri et en soi, dans la nôtre aussi même si tout est loin d’être rose…

En tout cas, qu’ils sauvent ou ôtent des vies cela ne change pas une chose, c’est gore. Je dirais même que je trouve les scènes de chirurgie plus “choquantes” que celles d’exécution pour vous dire !

 

“Je vais te faire la démonstration… que les mains des Sanson ne font pas qu’apporter la mort… mais peuvent aussi prolonger l’existence de nos semblables et œuvrer honorablement au bien-être de la société !”

– Charles-Henri Sanson

 

En parlant de choc, il faut absolument que je vous parle d’un personnage en particulier, il s’agit de Marie-Josèphe Sanson. Sachez-le, c’est elle le personnage principal de ce manga (contrairement à Innocent) bien qu’elle soit légèrement en retrait dans ce premier tome. Effectivement, c’est elle que vous voyez sur la couverture et c’est elle qui disperse les braises qu’elle embrasera plus tard. Et là, dans le premier volume, on la voit parsemer les graines du conflit et du chaos et nous pouvons l’observer véritablement qu’une fois à l’œuvre, tel le prince du crime dans Moriarty. C’est un personnage impressionnant de par son chara-design, sa stature et sa détermination. Elle est une figure des personnages féminins forts ce qui la rend vite très intéressante, oui on peut le dire, elle est badass !

D’ailleurs, il est “marrant” de voir d’autres personnages historiques tels que Robespierre, nous le voyons sous un angle inhabituel ce qui n’est pas désagréable.

 

 

Il est temps de parler du plus gros plus de l’histoire : les dessins.

Innocent Rouge est une œuvre d’art à quasi chaque planche. Vous pourriez croire que vous vous êtes trompé en vous procurant non pas le manga mais l’artbook et pourtant ce n’est pas une illusion ! Shin’ichi Sakamoto a réellement si bien illustré cette série. Le manga est assez trash, même gore. Les détails sont présents ce qui donne une ambiance morbide même lorsqu’il s’agit de sauver une vie, je vous en ai déjà parlé.

Cette atmosphère, bien que parfois “dérangeante” colle très bien à l’univers, on rappelle tout de même que la famille Sanson sert de bourreaux et que leur but premier est de prendre des vies, ce qui les rend -parfois à tort- sombres et peu enviables aux yeux d’autrui.

Les chara-designs également sont magnifiques bien qu’il y ai cette manie que tout le monde n’appréciera pas forcément, de rendre les Sanson un poil trop efféminés. Ce sont un peu les vampires beaux-gosses du game si vous voyez ce que je veux dire. Malgré ça, de manière objective, ils sont beaux et même d’un point de vue subjectif, j’aime au final bien ce choix même si j’ai un peu plus de mal avec celui des enfants.

Les expressions faciales sont sympathiques aussi, on reste sur des exécuteurs donc ne vous attendez pas à beaucoup de réactions de leur part !

Mais ce qui leur sied encore mieux, ce sont leurs yeux. J’ai l’impression d’être le Docteur Daniel dans Angels of Death en disant ça mais… ils sont si magnifiques !!!

Les décors sont eux aussi superbes. Ils représentent bien la magnificence que devait arborer Paris à l’époque, avec du luxe à foison chez la noblesse. Même la ville, si symbolique de la période, est vraiment belle à voir même lorsque l’on passe dans des quartiers moins bien famés.

Et la cerise sur le gâteau, les couvertures, ou plutôt l’évolution de ces dernières. Le rouge apparaît sur chaque jaquette mais plus nous avançons plus le rouge domine jusqu’au tome 12, le dernier, où le rouge recouvre entièrement la couverture. C’est du détail, mais j’aime ça !

 

Avec tout ce que j’ai dit vous devez vous en douter, j’adore ce titre et je ne peux que le recommander. Mais attention tout de même ! Il n’est pas à mettre entre toutes les mains, de par la violence du titre avec tout le gore et la nudité qui s’en dégage, cela peut en réfréner certains et clairement le pegi 16 n’est pas exagéré, loin de là. Ensuite, le récit est tout de même particulier, suivre des exécuteurs alors que la révolution se met peu à peu en place pourrait en gêner certains. Sachez que l’histoire est plus palpitante qu’on ne pourrait le croire et nous sommes loin d’avoir un côté historique ennuyeux car l’auteur a su prendre des libertés au bon moment et rendre le tout aussi bien cohérent qu’intéressant.

Même sans parler de tout ça, car les goûts et les couleurs sont toujours propres à chacun, les planches sont absolument incroyables ! Il est rare de voir autant de détails et surtout sur autant de pages car ce n’est pas seulement deux – trois pages qui sont comme ça mais la quasi intégralité du titre !

Il ne fait aucun doute qu’Innocent Rouge est un titre à avoir dans sa collection !

 

H.

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