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Purgatory Girl

Memento Mori

 

/!\ Présence de scènes gores et violentes /!\

Purgatory Girl est un Seinen de Masane Muroi, publié au Japon en 2017 et terminé en 4 tomes. En France, le dernier tome nous arrive chez Omaké books en Novembre 2021.

 

Shion entre dans son lycée privée avec l’espoir de pouvoir enfin vivre une année normale, loin des brimades et humiliations. Malheureusement pour elle, elle se retrouve dans la même classe que celles qui s’en prenaient à elle au collège. Mais sa rencontre avec Kirie, une mystérieuse nouvelle, va changer sa vie. Celle-ci vient du collège Kuredo, où un effroyable meurtre a eu lieu peu de temps auparavant. Après s’être liée d’amitié avec Kirie, d’étranges phénomènes se produisent dans l’entourage de Shion, tandis que sa nouvelle amie semble la protéger des coups bas de ses camarades de classe.

 

Vous l’aurez deviné, Purgatory Girl est un manga d’horreur psychologique, et Masane Muroi n’en n’est pas à son coup d’essai ayant même eu une adaptation cinéma d’un de ses titres, on peut dire qu’il est plutôt doué d’ailleurs.

Dès le début du tome on est mis dans l’ambiance avec la vision du meurtre qui s’est produit. On se rend cependant compte que Shion, elle, n’a rien avoir avec tout ça et apporte un point de vue extérieur et plutôt indifférent de ce qui s’est passé. Mais on parle de ce meurtre dans tout le Japon celui-ci étant vu comme le plus sordide récemment vécut.

Quoi qu’il en soit, malgré ces premières images choc, on est au début plus accaparé par les brimades et intimidations que subit Shion et l’apparition de Kirie nous semble bien venue. On la voit au début comme une aide salvatrice qui va protéger Shion des vipères qui s’en prennent à elle. Évidemment nous ne sommes pas dupes, et on se doute bien au moment de cette rencontre, que Kirie n’est pas une jeune fille aussi innocente et gentille qu’elle ne peut le laisser paraître.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce manga, c’est que Shion va aussi s’en rendre compte peu à peu. On voit bien qu’elle remarque les regards meurtriers de Kirie envers ses ennemies, qu’elle sent que quelque chose ne tourne pas rond chez elle, mais qu’elle essaie de s’en dissuader. Shion est après tout profondément gentille et ne veut pas juger quelqu’un à sa couverture. Ce point aurait pu nous agacer, et pourtant il va nous permettre de suivre Kirie de plus près, et d’observer Shion en apprendre plus sur elle, le tout, dans l’angoisse et le suspense.

 

Mes copines, c’est moi qui les choisis! Ces filles n’auront jamais leur mot à dire à ce sujet!

– Kirie

 

J’ai ressenti un peu la même pression que quand j’avais lu Pour le Pire. Cette impression d’être face à un fou mais de ne pas savoir si c’est vrai ou non, si Kirie est bien la coupable du meurtre ou pas. Et par moment, durant ma lecture du titre, j’en suis venu à me demander si c’était vraiment elle la coupable de tous ces faits, d’autant qu’un autre garçon de Kuroe se trouve dans ce lycée. L’auteur nous dissémine d’ailleurs plusieurs indices durant notre lecture qui nous perdent.

En effet, Purgatory Girl ne se contente pas de raconter l’histoire de jeunes filles dans un lycée. Il remet sur le tapis le meurtre précédent et l’enquête qui se poursuit. Ainsi on apprend très vite de nouveaux éléments comme: La victime n’a pas pu être pendue par une femme. On se pose alors de plus en plus de questions. Les actions et réactions de Kirie sont étranges, mais en même temps elles ne collent pas toujours avec les résultats des interrogatoires et les déroulements des scènes qui suivent. L’auteur a vraiment su nous garder dans un suspense insoutenable, nous perdant et nous malmenant, disséminant une multitude d’indices qui peuvent nous servir mais aussi nous égarer encore plus.

Le tome nous fait monter en pression peu à peu, les faits devenant de plus en plus graves, jusqu’à atteindre un climax et un cliffhanger à la fin du volume qui nous laisse sans mots. Après votre lecture du premier tome vous ne pourrez que vouloir lire la suite.

C’est un titre d’horreur qui se veut réaliste, on se trouve dans un lycée et un meurtrier est le coupable de tous les actes perpétrés, supposément. On n’a pas d’intervention magique et cela ne rend le manga que plus impactant psychologiquement. L’auteur reprend parfaitement tous les codes pour réussir un bon récit d’horreur réaliste: on a de l’horreur avec des scènes gores, une enquête qui nous perd plus qu’elle nous guide, de la manipulation à foison, des scènes choquantes qui attisent les craintes du lecteur, mais aussi et surtout des indices qui poussent d’autres personnages à se questionner sur Kirie. En finissant le tome on remarque que plus d’un personnage se pose des questions entre les enquêteurs, Shion, Ijima Rumi, et le garçon de son ancien collège. On a l’impression que peu à peu l’étau se resserre pour Kirie et pourtant, ses actes dissuadent, et la fin du volume nous laisse pantois. On le termine au final sans preuves réelles de qui est le meurtrier et personnellement je n’ai qu’une hâte, c’est de lire la suite.

 

En plus de maîtriser parfaitement le genre de l’horreur, Masane Muroi nous présente des personnages vraiment intéressants et notamment ceux de Shion et de Kirie et le duo qu’elles créent ensemble.

Shion ne serait rien sans Kirie et serait probablement un personnage qui nous agacerait, de par son côté faible et effacé qui se laisse marcher dessus. Et en même temps c’est un personnage à la personnalité réaliste. Nous aussi nous aurions probablement réagi comme elle à son âge et c’est peut être ce qui fait qu’on trouve cela révoltant. Quoi qu’il en soit, on découvre peu à peu qu’elle est vraiment une bonne personne, soucieuse de son amie, mais aussi qu’elle a un côté observateur très développé, on sent qu’elle commence à se méfier de Kirie. Cela en fait un personnage innocent mais pas dupe.

Kirie, elle, est fascinante. On dirait qu’elle possède la même folie que la meurtrière de Pour le Pire et c’est autant déroutant que captivant. Même si pour le moment rien ne prouve que c’est elle la meurtrière, certaines coïncidences montrent que soit quelqu’un a jeté son dévolu sur elle et essaie de la toucher en s’en prenant à ses proches, soit elle cache très bien son jeu. On a presque l’impression d’une araignée qui tisse lentement sa toile. Si elle est vraiment la meurtrière, elle est très douée car elle peut pleurer sur commande et est capable de poser la même déposition plusieurs fois auprès des enquêteurs. Et dans ce cas, c’est aussi une fille prête à tout pour pouvoir commettre ses méfaits sans qu’on puisse prouver qu’ils sont d’elles. Sa présence rend le titre vraiment passionnant et rehausse l’intérêt pour les autres personnages qu’elle côtoie.

Leur duo est totalement opposé et s’en est fascinant. On a la pureté et la blancheur de Shion et à côté le diabolisme et la noirceur de Kirie et il me tarde de voir comment leur relation va évoluer par la suite.

Pour ce qui est des dessins, les scènes gores sont vraiment bien représentées. La noirceur quasi omniprésente colle bien avec l’ambiance pesante qui règne tout au long de la lecture. J’ai un peu de mal avec les chara designs des personnages dont le trait ne me plait pas trop mais c’est purement subjectif. On peut voir la maîtrise de l’auteur par l’utilisation de plusieurs mouvements complexes comme des points de vue plongés et contre plongés qui m’ont pas mal plu. Les décors sont largement suffisants pour le type d’œuvre et les trames sont parfaitement maîtrisées, le tout créant des planches rythmées et passionnantes à regarder qui nous gardent totalement dans l’ambiance. De même, je trouve les expressions des personnages très bien représentées et qu’elles nous happent bien dans le récit.

La couverture est plutôt simple, mat, mais également facilement salissable et rayable je trouve. Le titre en blanc et rose ressort vraiment bien, de même que pour les yeux et autres éléments rouge. On comprend bien à quoi on a affaire quand on voit le sang et le côté sombre de la couverture et le dos rouge apporte une variation agréable à la couverture.

 

En conclusion, adeptes d’horreur psychologique, foncez lire Purgatory Girl. C’est un titre qui mêle horreur et enquête et respecte tous les codes d’un bon manga d’horreur psychologique. Il est prenant du début à la fin et parvient même à nous perdre quant au coupable de tous les méfaits. La manipulation et la folie qui y est présente est déjà fascinante pour un premier tome et je pense que ça ne peut être qu’encore mieux et encore plus prenant par la suite. Le suspense et la pression sont constants, si bien que l’auteur nous tient en haleine et qu’on ne peut que vouloir lire la suite. Par son côté psychologique et enquête, ce titre est vraiment accessible à toute personne novice en horreur alors n’hésitez pas à tenter le coup.

L.

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