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Shadows House

Le secret 

des ombres

Shadows House est un Seinen de Somato, publié au Japon depuis 2018 où il compte 8 tomes en cours. Chez nous le huitième tome sort en Juin 2022 chez Glénat.

 

 

Emilico est une toute nouvelle poupée vivante au service de Kate, une jeune fille appartenant à la famille des Shadows qui a la particularité d’avoir pour membres des ombres sans visages dont le corps produit et projette de la suie. Celle-ci doit être régulièrement nettoyée au risque de créer des monstres qui pourraient s’en prendre aux poupées vivantes qui servent de visage aux Maîtres. Emilico se contente alors de nettoyer mais au fil de ses rencontres, elle va commencer à se poser des questions sur la conscience des poupées vivantes, le manoir, les maîtres…

 

Avant de commencer à parler du scénario, sachez qu’il existe une adaptation anime disponible sur Wakanim!

Dans ce premier tome, on se concentre véritablement sur la découverte de l’univers et sur les premiers mystères qui commencent à se créer. Comme Emilico on a l’impression que nous venons tout juste de naître et que nous sommes dans la phase découverte et éveil de notre vie. Peu à peu on va apprendre à connaître d’autres éléments de l’histoire, parfois minimes comme la présentation d’un objet ou d’un élément typique du manoir des Shadows, et d’autres fois plus importants nous faisant nous poser de plus en plus de questions. 

Petit à petit, Emilico va sortir du nid, se mêler aux autres et affronter les épreuves de la vie d’une poupée vivante en attendant l’heure de l’exhibition. Tout comme nous, elle va se poser des questions primordiales à l’avancement de l’histoire comme les interrogations sur la conscience des poupées vivantes, ce que sont vraiment les poupées vivantes, les Shadows, pourquoi sont-ils comme ça, qu’est-ce que l’exhibition, et bien d’autres questions encore. On peut donc affirmer que c’est une œuvre pleine de mystères qui sait nous captiver par des interrogations qui se multiplient toujours plus et qui nous font réfléchir. Bien évidemment, on va avoir de temps en temps des éléments de réponse à des questions plus minimes, mais celles-ci vont nous permettre d’avancer et de ne pas nous lasser de tant de mystère.

Je trouve qu’au niveau enquêtes et mystères, l’auteur a vraiment su se démarquer, d’autant que, vous le verrez par la suite, le côté enquête et résolution des mystères du manoir va s’intensifier.

 

Si je suis cassée…on va me jeter, moi aussi?!

– Emilico

 

En plus d’un côté très mystérieux qui nous donne envie d’en savoir toujours plus, l’univers du manga est très riche bien qu’il se déroule dans un manoir et également plutôt original, s’inscrivant entre la révolution industrielle et l’époque victorienne au vu des décors, des objets et inventions parfois farfelues ainsi que des tenues. C’est une époque très souvent traitée dans les romans occidentaux, mais rarement dans les mangas et le côté fantastique de la chose n’en donne qu’un intérêt plus flagrant encore. On ressent bien le côté huis clos, isolé du manoir dans ce premier tome, et j’espère découvrir le monde extérieur au manoir pour voir s’il existe encore d’autres découvertes et éléments surprenants.

Quoiqu’il en soit, nous sommes dans une histoire et une ambiance qui se veulent aussi sombres que le reste, inquiétantes, mystérieuses. Et tout ceci contraste énormément avec le côté enfantin de Emilico et de certains de ses camarades. Sa bonne humeur est communicative et nous détend dans notre lecture qui devrait pourtant être bien plus sérieuse qu’elle n’y paraît. En tout cas, sérieuse ou pas, on passe un très bon moment et même si Emilico donne parfois des airs enfantins au scénario avec son air candide, on est régulièrement et rapidement ramené à la réalité par une scène mystérieuse et plus inquiétante. Ne serait-ce que par la suie que répandent les maîtres, aussi bien que par des éléments déclencheurs tels que des bêtises de Emilico et d’autres éléments plus graves. Nous sommes tout de même différent de Emilico puisque souvent notre propre réflexion nous fait dire que tout est bizarre dans cette histoire, inquiétant, et probablement bien plus sérieux et cruel qu’il n’y paraît, et on ne peut pas attendre de lire la suite pour découvrir le moment où tout va basculer et où le scénario va prendre un tout autre tournant.

Tout ceci me fait d’ailleurs penser à The Promised Neverland qui commençait aussi en huis clos, mettant en scène des enfants qui semblaient vivre une vie heureuse et insouciante mais étaient en vérité mêlés à une histoire bien plus sombre. Cela me rappelle également Made in abyss, de manière plus légère cette fois, pour l’ambiance sombre et le travail des enfants normalisé.

Pour revenir à Shadows House, on peut dire que le tome se lit très vite, vous ne levez jamais les yeux durant tout le volume. Entre chaque chapitre on a le droit à des informations sur les tenues et les lieux ce qui rend le tout encore plus intéressant et permet de mieux comprendre l’univers dans lequel on évolue. On est clairement emballé dans notre découverte et l’auteur parvient à nous donner envie d’en voir plus à chaque fois en ajoutant un nouvel élément, un nouveau personnage, un nouvel événement, un mécanisme ou un objet qu’on ne connaît pas.

L’avancement du scénario reste cependant assez lent pour le premier tome. On vise vraiment la découverte de l’univers, mais pour avoir lu la suite, je sais que les choses vont pas mal s’accélérer, l’auteur sait avoir le rythme qu’il faut quand il faut et s’en est que plus agréable à lire.

D’autant qu’on découvre déjà ici quelques personnages et on en entrevoit d’autres qui seront importants pour la suite et qui ne feront que booster l’avancement de l’histoire permettant de comprendre un peu plus ce que sont les poupées vivantes et la famille Shadows. Pour le moment on ne peut pas parler de beaucoup de personnages si ce n’est des deux principaux et rapidement de Mia et de Sarah qui sont respectivement visage et maîtresse et dont Mia semble être bien plus expérimentée que Emilico, lui montrant parfois de manière sèche la vérité sur les poupées vivantes.

J’ai déjà pas mal parlé de Emilico tout au long de ma critique. Elle est une poupée vivante qui vient de naître, doit tout apprendre de son rôle et a affreusement peur d’être défectueuse. Elle est toujours joyeuse et candide et se pose autant de questions sur le monde qui l’entoure qu’un enfant de trois ans. C’est un peu le petit soleil de sa maîtresse Kate, lui rendant toujours le sourire et la soulageant dans ce monde bien sombre. Je la trouve très mignonne, très enfantine mais aussi bien plus dégourdie qu’il n’y paraît. Je pense qu’elle prendra en maturité au fur et à mesure que l’histoire avancera, un peu comme Emma dans The Promised Neverland.

Sa maîtresse Kate quant à elle, semble déjà bien plus calme et mature, même si on sent que son âme d’enfant ressort parfois en présence de Emilico. Elle doit paraître forte, noble, intelligente, mais on voit qu’elle a besoin de soutien et qu’elle ne se sent pas toujours bien dans ses souliers. On peut dire qu’elle est tout l’inverse de Emilico au niveau du caractère, ce qui rappelle bien son côté ombre. Elle est le côté inverse de Emilico mais c’est censé être à elle de briller en société. Au final on peut se demander si leur duo est voué à l’échec par le fait que Emilico se démarque trop et Kate pas assez et c’est une question qui reviendra souvent durant votre lecture des prochains tomes. Kate reste tout de même un personnage important dont les pouvoirs sont pour le moment un pur mystère et on a du mal à savoir si elle est au niveau des autres ombres ou si elle est plus faible qu’eux. Je pense qu’il faudra attendre les prochains tomes et la rencontre de plus de personnages pour se faire une idée plus claire sur elle.

Sachez qu’on rencontrera bien des personnages par la suite et qu’on a pour le moment vu qu’une toute petite partie des principaux. Vous en découvrirez d’autres bien plus intéressants, qui ne feront que rendre l’histoire encore plus passionnante.

S’il y a bien un dernier point marquant et bonifiant l’œuvre, ce sont les dessins. Les personnages ont une bouille adorable et très reconnaissable avec plus d’émotions qu’ils ne veulent laisser paraître. Les tenues sont extrêmement variées et détaillées de même que les décors qui possèdent énormément de traits qui les rendent plus sombres, encrés, et impactants. On entre totalement dans l’œuvre grâce au dessin et l’auteur nous offre des planches claires, à la disposition des cases simples mais avec des patterns variés en fonction des pages. On a plus d’une planche grandiose qui nous émerveille et j’aime vraiment énormément le style de l’auteur qui colle parfaitement avec l’histoire. C’est un sans faute pour moi sur ce point.

Le tome paraît plutôt petit en main grâce à un papier fin mais assez épais pour qu’on ne voit pas au travers. La couverture attire clairement l’œil, mettant en avant les personnages de Emilico et Kate dans un décor magnifique. On a une référence à l’ombre/reflet avec Kate dans le miroir et Emilico en face de celui-ci, mais également avec le titre doré qui fait pâle et effacé dans l’ombre et très brillant à la lumière, que ce soit au niveau de la couverture ou du dos du manga. Le travail sur ce tome est donc vraiment intéressant et très bien pensé d’après moi, donnant des clins d’œil à la série pour ceux qui la connaissent et laissant tout de même un côté esthétique qui attire l’œil, donnant envie d’acheter le tome pour ceux qui la découvrent. En tout point, esthétiquement, ce tome est réussi d’après moi et vaut vraiment le coup d’œil.

 

En conclusion, Shadows House est un Seinen passionnant, rempli de mystères, dans un univers riche parfois candide par son personnage Emilico, mais le plus souvent sombre et inquiétant. C’est une titre prenant qui nous donne envie d’en savoir plus sur tout cet univers original tirant sur la révolution industrielle et l’époque victorienne. L’auteur sait mettre en place des éléments et des réponses quand il le faut, ce qui ne rend la lecture que plus agréable. Les personnages sont attachants et je sais qu’on en a encore bien d’autres à découvrir. Le jeu de l’auteur qui nous montre en accéléré avec Emilico la naissance et le début de la vie d’un être vivant rend l’histoire toujours plus divertissante, de même que pour le côté miroir et ombre, le maître et le visage, les opposés qui donnent un petit air poétique à toute cette histoire. En tout cas le tome un est une introduction déjà passionnante qui ne promet que du bon pour la suite d’autant que l’histoire va certainement rapidement s’accélérer et s’ouvrir vers d’autres mystères tous plus prenants les uns que les autres. Ce titre est une excellente découverte pour ceux qui aiment les histoires fantastiques un peu mystérieuses mettant en scène des enfants dans un monde bien plus mature et cruel qu’il n’y paraît.

L.

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