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Country Girl

Courir après le passé

afin d’échapper à

l’avenir et ne pas

perdre le présent.

 

Country Girl est un Seinen dont le scénario provient de Ryukishi07 et de Tanaka Romeo avec aux dessins Tatsuhiko. Sorti initialement au Japon en 2016, il nous parvient en France en Mars 2020 par les éditions Chatto Chatto. C’est une histoire qui se conclut en 2 tomes et le dernier vient tout juste de paraître (quelle coïncidence) !

 

Dans un village reculé où les commerces ne cessent de fermer et où même le collège n’est pas certain de survivre, se crée une amitié entre quatre enfants. Dans ce groupe composé de trois filles et d’un seul garçon naît une envie commune : celle de passer ensemble l’examen d’entrée d’un lycée de Tokyo. Le rêve est beau et leurs liens soudés mais tout ceci est malheureusement rapidement mis à rude épreuve, entre échecs, solitude et doutes, leur quotidien n’est plus ce qu’il était. Malgré ça une personne va tenter de remédier à ça et essayer de remettre les choses en ordre !

Tout d’abord il faut savoir que ce manga n’est pas le format original ! En effet, avant d’être un manga c’est un visual novel créé par le studio 07th Expansion du nom de Trianthology Sanmenkyou no Kuni no Alice ou Alice in the Country of the Three-Sided Mirror. Ce dernier regroupe trois histoires différentes mais avec des liens entre elles et parmi ces histoires, l’une d’elles correspond à Country Girl.

Pour notre plus grand malheur, il est introuvable en France (snif). Si jamais quelqu’un l’a trouvé ne serait-ce qu’avec une traduction anglaise, je suis preneur !

Revenons à nos moutons et parlons de l’histoire de ce manga. Celle-ci commence de manière simple et semblable à un Slice of Life où l’on voit nos quatres personnages principaux s’amuser ensemble et vivre de bons jours. Mais un prémisse à ce qui va suivre est également glissé, il s’agit du doute concernant l’orientation. Car oui ne l’oublions pas, ils sont au collège et jouer c’est bien mais leur avenir approche à grand pas, ce qui est d’autant plus vrai au Japon puisque le choix de l’école est très important pour la suite.

Malgré ça, ce n’est pas ce qui les ronge pour l’instant car leur solide amitié les rend pour le moment plutôt insouciants du reste et les poussent à croire qu’ils réussiront tout ce qu’ils entreprendront. De ce fait, lorsqu’ils prennent la décision de viser le même lycée de Tokyo, c’est un véritable drame qui se produit. La désillusion est grande et ce n’est pas prêt de s’arranger. Sur quatre personnes nous avons une réussite, un trimestre à l’hosto, une réclusion chez soi et une transformation sans demi-mesure. Oui, c’est une hécatombe. Les mots sont durs mais les mots sont justes. Par ailleurs tout ça est habilement montré sur la jaquette de l’œuvre !

 

 

C’est ce changement entre le collège et le lycée qui est le véritable élément déclencheur de cette histoire. En effet, les quatres amis d’enfance se retrouvent à suivre différents chemins sans que cela ne rend personne heureux. Ce sujet est intéressant dans le sens où il est “vrai”, ce n’est pas une situation singulière, c’est quelque chose qui arrive fréquemment que ce soit de manière naturelle sans que personne ne soit blessé ou bien de manière plus “dramatique” qui derrière a un impact psychologique plus ou moins fort. Ce récit arrive bien à retranscrire tout ça, aussi bien les doutes liés à l’avenir qui sont quasi universels, que les changements de cap qui font perdre des gens en cours de route. C’est sans doute pour ça que l’histoire arrive aussi bien à toucher, cela vous est peut être arrivé à vous aussi et c’est parfois quelque chose de compliqué à gérer. En tout cas, pour nos protagonistes, ça l’est.

Mikihiko Inaba par exemple, qui était le seul garçon du groupe, s’est retrouvé reclus chez lui. En quelques instants son quotidien a complètement basculé et cela l’a détruit. Et c’est compréhensible, lui qui avait depuis longtemps voulu s’en aller de cette petite ville se retrouve finalement bloqué ici avec une perspective d’avenir fortement réduite. Son père n’est pas celui qui va arranger les choses pour des raisons que vous verrez dans le tome, à vous de juger si ces dernières sont bonnes ou non, en tout cas c’est d’une certaine manière un choix logique et rationnel mais qui exclut les sentiments de son fils.

On passe donc, comme sur la couverture, d’un petit garçon joyeux à un adolescent bien moins souriant.

Iyo Hikawa est assez similaire à Mikihiko puisqu’elle finit elle aussi dans le lycée de campagne. Seul souci, elle se retrouve seule et se rend compte que sans le groupe, elle ne sait pas interagir avec les autres. C’est donc un changement drastique qui s’opère chez elle afin de se trouver une place quitte à rogner celle qu’elle était avant jusqu’à finalement ne plus savoir réellement qui elle est. C’est un personnage très intéressant et qui est aussi bien écrit que dessiné. Sa façon de penser s’exprime au travers de sa personne et pas seulement de ses paroles, ce qui par ailleurs, diffère d’elle plus jeune et la contraste encore plus. C’est au final l’une des quatres que j’ai préféré au vu de sa psychologie très travaillée.

 

 

“Je pense que notre groupe était voué à l’échec. On s’amusait bien ensemble. Mais on n’évoluait pas. On se fermait aux autres et on dépendait trop du groupe.”

– Iyo Hikawa.

 

 

À l’instar d’elle, nous avons Keiko Futatsumori. Son cas à elle est un peu différent car elle “rate” en quelque sorte une partie des événements qui ont mené à ce si grand bouleversement. Elle est donc restée “pure” avec l’image de leur enfance toujours aussi forte. Elle n’a clairement pas l’intention de simplement suivre un autre chemin et faire comme si le passé n’avait plus d’importance. Elle semble parfois vivre un peu dans ce passé qui est si nostalgique à ses yeux et pourtant ce n’est pas que ça. Elle a conscience de la situation et du fait qu’en grandissant les choses vont forcément changer, que ce soit en mal ou non d’ailleurs. Malgré ça elle est têtue et refuse que leurs relations restent au beau fixe sans finalement de réelles raisons. En effet, même avec des routes différentes, cela ne devrait pas les empêcher de se voir et de passer du bon temps ensemble. C’est donc avec cela en tête qu’elle décide de rassembler à nouveau tout le monde. Cela démontre une certaine force de caractère mais aussi un bon mental. Cette recherche qu’elle entreprend parait stupide aux yeux de certains à tel point que cela lui vaut même des insultes, et pourtant son acharnement ne faiblit pas. Son côté naïf est là aussi contrasté par la même occasion, ce qui la rend plus consistante et surtout bien moins ennuyante que ce qu’on aurait pu croire !

Avec tout ça, ça ne fait que trois personnages, eh oui, je me suis surtout attardé sur les trois premiers car Miya Natsuki, bien qu’elle a tout pour être un personnage super intéressant, n’est pas le centre d’intéret de ce premier tome. Cela ne nuit pas aux qualités du personnage qui est énergique et qui me fait un peu penser à Natsumi Koshigaya de Non Non Biyori ! C’est un personnage que l’on retrouvera surtout dans le tome 2 donc je n’en dirai pas plus pour le moment.

 

 

Côté dessin, c’est très sympa à suivre malgré les décors pas toujours très présents mais franchement ce n’est vraiment pas dérangeant puisque les personnages, eux, sont bien dessinés et agréables à l’œil. J’aime beaucoup leur expressions faciales même si elles sont bien moins détaillées que celles de Blue Flag (qui par ailleurs se rapproche d’une certaine façon de Country Girl par son aspect social).

En conclusion, c’est un bonne œuvre traitant de l’adolescence, de la dureté quant aux choix de son avenir, l’amitié, la séparation, la pression sociale (de manière très amoindrie mais il y en a un peu quand même). Malgré ces thèmes parfois durs, nous avons un récit qui se veut moins dramatique notamment grâce au personnage de Keiko et de sa force de vivre. Le récit n’en n’est pas à être qualifié de “léger” mais il ne vous tordra pas les boyaux non plus. Tout au long du titre, même si ça n’a pas toujours l’air gagné, tout semble avancer dans le bon sens et s’améliorer, ce qui laisse place à un possible happy end pour ce groupe. Surtout que l’histoire ne faisant que 2 tomes, il est compliqué de laisser traîner les choses, l’histoire se doit d’avancer afin de pouvoir se conclure en bonne et due forme, ce qui malheureusement laisse un peu moins de place aux doutes. Surtout que la fin de ce tome va sûrement provoquer une accélération de l’accomplissement du désir de Keiko.

Toutefois, l’histoire garde un bon rythme et ne semble pas faire un rush de l’intrigue pour pouvoir le conclure en 2 tomes, surtout que le premier est tout de même un assez gros volume. Vous avez donc de quoi profiter de ce manga et d’une fin de premier tome aux petits oignons !

H.

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