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Les Affamés

 

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Les Affamés est un Seinen de Kunitaro Tomoyasu, publié au Japon depuis 2019 où il comporte trois volumes toujours en cours. En France, les éditions Akata nous proposent cette licence depuis Février 2022 et le tome 3 arrive en Août 2022.

 

Une apocalypse zombie a éclaté dans le monde et la race humaine est désormais au bord de l’extinction. Les zombies sont affamés, n’ont plus rien à se mettre sous la dent, et c’est le cas de Wataru, zombie conscient et possédant une intelligence égale à celle d’un humain. Il décide alors de tout faire pour régler ce problème de famine et pour cela il a un plan: Protéger un homme et une femme pour les faire copuler et créer une véritable ferme à humains. Mais ce ne sera pas aussi facile que prévu.

 

Les Affamés m’a fait penser à plusieurs autres titres. Tout d’abord à All of Us are Dead où certaines personnes contaminées étaient capables de garder une humanité. Mais toute cette histoire de ferme pour se nourrir m’a également rappelé Starving Anonymous et The Promised Neverland, avec bien sûr des ennemis et des personnages bien différents.

Parlons maintenant un peu plus du scénario. On arrive dans un monde apocalyptique, où une bonne partie des survivants sont déjà morts. Cependant, contrairement à ce qu’on pourrait croire au début quand on nous parle d’extinction de l’espèce humaine, on en trouve encore pas mal qui se cachent et tentent de survivre seuls ou en groupe. Durant ce premier volume vous en croiserez plusieurs, même si je doute de la survie de tous d’ici le prochain tome.

Le plus surprenant dans ce volume c’est qu’on assiste à trahison sur trahison, que ce soit les humains envers Wataru ou Wataru envers Tachibana. Wataru agit clairement comme un c*nnard la plupart du temps, mais c’est encore compréhensible, il n’est plus humain. Cependant, les humains qu’on croise ne sont pas mieux: entre ceux qui veulent tuer Wataru (ce qui est compréhensible c’est un zombie), ceux qui veulent faire des expériences sur lui et qui le traitent comme la pire des m*rdes pendant plusieurs années, franchement, c’est à ce demander qui est le plus inhumain dans l’histoire. Plus d’une fois je me suis retrouvée à haïr les humains et à ressentir de la peine pour Wataru, ou à être simplement dégoûtée de toute cette situation et des agissements de chacun. Pour sa survie l’Homme est capable de tout, mais le zombie aussi, et malheureusement, aucun des deux camps ne semble pouvoir coexister sans se détruire ou se blesser.

On a donc une œuvre totalement tragique avec des morts horribles partout, des personnages tiraillés par leur passé, car oui, durant ce premier tome vous aurez énormément d’analepses où vous comprendrez le passé de Wataru, mais aussi celui de Tachibana. Ce sont des personnes qui ont du mal à passer à autre chose, qui ressassent sans cesse les erreurs qu’ils ont commises et les souffrances vécues, mais qui vont également continuer de commettre des erreurs et de faire souffrir.

Le tragique se trouve alors aussi bien dans ces personnages torturés, dont celui de Wataru qu’on suit de très près, mais également par tous les événements qui se déroulent, la perte d’autres êtres humains, ou la vision de personnes que l’on connaissait et qui sont maintenant des zombies. On semble dans un monde totalement surréaliste même pour nos personnages et je me demande si Wataru se rend vraiment compte de tout ce qu’il vit tant des fois il semble déconnecté pendant ses recherches de provisions.

Ne vous attendez pas à de la comédie comme dans Bucket List of the Dead, ici même la romance qu’on entrevoit est tragique et se termine mal. Ce n’est clairement pas une histoire faite pour nous faire rire, mais plus pour nous questionner sur les relations, la confiance et également une question qu’on ne se pose quasiment jamais dans une apocalypse zombie: ils font quoi les zombies une fois qu’ils ont mangé tout le monde?

Cette question, Wataru veut la résoudre à tout prix, et c’est pourquoi il nous offre un fil directeur dès le début de l’œuvre grâce à une mission qu’il s’est donné: Trouver deux êtres humains pour les faire copuler et obtenir d’autres êtres humains qui copuleront à leur tour pour produire de la nourriture. Et ici, on s’en fiche totalement des histoires de consanguinité, tout ce qui compte pour Wataru, c’est de trouver un moyen de pallier à la famine des zombies et pour ça, quoi de mieux qu’une bonne ferme humaine. Malheureusement, on se rend bien compte dans ce premier volume que cette mise en place du plan sera bien difficile et semée d’embûches, au point qu’on se demande même si ce sera possible, l’être humain ne se laissant jamais tuer ou enfermer sans réagir. En plus, vu le nombre de morceaux de corps que Wataru perd en si peu de temps, comment va-t-il pouvoir y arriver?

Si on se pose cette question, on en a en vérité bien d’autres encore à énoncer, car Les Affamés est un titre rempli de mystère. On se pose des questions sur la raison de l’intelligence de Wataru, on se demande s’il y a d’autres zombies comme lui, mais également comment l’apocalypse est survenue et pourquoi? En tout cas on n’a pas de réponses pour le moment et je me demande si on en aura par la suite.

Le temps passe vite dans ce premier volume. Aussi bien notre temps de lecture car le tome à beau être épais, il se lit très rapidement et sans ennuie. Mais également le temps au sein du titre. En effet, si on oublie le temps qui passe durant les analepses, on a au moins 3 ans qui se déroulent rien que dans ce premier volume et je me demande si cette notion du temps n’aura pas davantage d’importance par la suite car qui dit temps qui passe, dit vieillesse chez les hommes, mais pas forcément chez les zombies. Wataru parviendra-t-il à créer sa ferme avant la disparition totale de l’humanité?

Au final ce premier volume est une bonne mise en bouche qui nous donne envie de nous procurer la suite, et notamment par sa fin de volume surprenante. Tout au long du tome le tragique et l’action sont montés crescendo jusqu’à atteindre un climax à la fin de celui-ci qui nous a bien surpris, même si on se doutait que quelque chose dans le genre allait se passer. Le ton est alors devenu progressivement plus grave, tragique, et on s’est également de plus en plus attaché à Wataru pour qui on a eu de plus en plus de peine et de sympathie. Je suis curieuse de voir où tout ça va nous mener, surtout avec le suspense de fin de volume qui s’instaure et qui ne peut que donner envie de se procurer la suite.

 

Je ne suis plus Wataru ni même un être humain…J’en ai dévoré au point d’en perdre mes dents…Je suis un cadavre ambulant…

– Wataru

 

Pour faire un petit point sur les personnages, comme je vous l’ai dit, la plupart sont exécrables, nous les font haïr par leurs agissements hypocrites et leurs trahisons, et en même temps, difficile d’agir sainement quand tu peux mourir à tout moment. J’en retiendrais cependant deux qui m’ont les plus touchés: Wataru et Tachibana.

Wataru était un jeune homme misérable, qui n’a jamais pu être heureux, a toujours vécu dans la pauvreté sans le droit au rêve et sans être traité correctement. C’est un gars traumatisé, abandonné, qui n’a connu que souffrance et malheureusement, même une fois transformé en zombie, il n’a pas le droit au repos puisqu’il se réveille et possède la même intelligence qu’un humain. On ne va pas se le cacher, son intelligence est tout de même aussi limitée que lorsqu’il était un être humain, son plan souffrant d’énormément de points faibles qui pourraient totalement le faire échouer et qui font que du coup, tout ne se passe pas aussi bien qu’il ne l’aurait prévu. En plus, Wataru est un zombie avec des sentiments, qui a beau vouloir les repousser au fond de lui, ne peut s’empêcher de souffrir en face de Tachibana. Finalement je le trouve stupide mais en même temps attachant et ça me fait de la peine qu’il souffre autant.

Tachibana quant à elle est l’amour de jeunesse de Wataru, celle qui lui a posé un lapin sans le vouloir à cause d’un accident. Elle a une jambe en moins mais reste forte malgré tout. On aurait presque pu espérer une belle relation entre elle et Wataru, malheureusement lui comme elle ne savent pas comment agir l’un envers l’autre, du moins pas sans se trahir et se blesser.

Au fond les personnages sont à l’image du manga: Tragiques. Ils sont maladroits ou profondément pourris jusqu’à la moelle même lorsqu’ils ne sont pas encore des zombies. Ils ne savent pas se comprendre, s’aimer, mais uniquement se détruire entre eux si bien que les zombies en deviendraient presque secondaires. Mettez Wataru et d’autres humains dans une même pièce, il n’en restera probablement qu’un en fin de compte. Ils permettent d’ajouter un ton bien plus sombre au titre, et de se dire que vraiment, entre zombie et humain, niveau personnalité affreuse et inhumanité, il n’y a qu’un pas.

Pour terminer, en ce qui concerne les dessins, on est sur un style manga semi réaliste, un peu comme ce qu’on retrouve dans des titres bizarres ou sombres comme Ushijima, ou Himizu. Il ne faut donc pas s’attendre à des personnages très beaux mais au moins les chara-designs sont originaux, notamment celui de Wataru. On a beaucoup de détails dans les planches, dans l’expression et les corps des personnages (même les poils aux jambes de Tachibana sont précisés). Les moments d’action sont bien représentés, les décors sont largement suffisants. Il se dégage une bonne ambiance avec le côté très encré qui permet à la fois de censurer un peu les scènes trop gores, et en même temps de mettre une pression sur le lecteur pendant qu’il lit les pages.

En ce qui concerne la couverture, on y voit le personnage de Wataru en gros plan, très bien détaillé. Le logo tape bien à l’œil avec son rose vif, c’est une couverture qui intrigue bien et franchement pour le moment c’est le Logo créé par Luchisco que je préfère. J’ai bien hâte de me procurer la suite, surtout que les prochaines couvertures rendent vraiment bien aussi.

 

En conclusion, Les Affamés est un titre tragique où l’humain vous paraîtra aussi pourri que le zombie, où les relations sont compliquées et affreusement maladroites, et où la souffrance et la trahison sont au cœur de l’œuvre. C’est un manga ou on s’attache plus au personnage zombie qu’est Wataru, qu’aux êtres humains, et on a énormément de peine pour lui qui souffrait déjà dans sa vie d’humain, et qui n’a le droit qu’à plus de douleur dans sa vie de zombie. Les Affamés est également un manga rempli de mystère qui vous fait vous poser des questions que vous ne vous poseriez pas dans un autre titre sur une apocalypse zombie. C’est un titre qui possède un fil directeur bien décidé mais dont je doute que l’intelligence du personnage principal ne lui permette de mener ses plans à bien. Difficile de voir une bonne fin pour ce manga dont pour moi seule la tragédie semble pouvoir emporter Wataru. C’est un manga qui vous donnera envie de lire la suite par ses planches très encrées qui mettent dans l’ambiance, mais également par le suspense et le climax de fin de tome qui nous pousse à lire toujours plus loin. Si vous aimez les apocalypses zombies particulières, qui révolutionnent le genre du zombie et la tragédie, ce titre pourrait vous plaire.

L.

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