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L’Enfant et le Maudit

La protéger de la 

Malédiction et 

des Hommes

L’Enfant et le Maudit est un Shônen de Nagabe, publié au Japon depuis 2015 où il s’est terminé en onze tomes. Le dernier volume nous parvient chez Komikku en Octobre 2021.

 

Il existe un monde où tout est séparé en deux par de grands murs protégeant le pays intérieur de l’extérieur et des maudits. Dans cet extérieur aux villages abandonnés se trouve Sheeva, une petite fille énergique, joyeuse, qui aime la nature et qui attend qu’on vienne la chercher. Heureusement elle n’est pas seule, le Professeur, un maudit aux airs de monstre gentleman, s’occupe d’elle et la protège de tous les dangers. Ensemble ils vivent un petit quotidien rempli de lumière dans ce monde où l’obscurité peut s’abattre sur eux à tout moment.

 

L’Enfant et le Maudit est un manga qui, je trouve, se rapproche énormément du conte dans sa manière de raconter son histoire mais également sa mise en scène qui s’éloigne énormément des mangas classiques. C’est un titre totalement original au niveau de son style qui vous emmènera en quelques pages dans son histoire féérique et pourtant si sombre. On doit beaucoup ce côté conte à sa narration par moment, mais aussi à la présence d’un personnage enfantin, très pur et d’un autre beaucoup plus contrasté, et également d’un monde sur deux tons entre maudits et non maudits.

On aurait presque l’impression d’y voir des morales au fil de notre lecture comme: Ne pas s’aventurer seul en forêt lorsqu’on est enfant ou bien ne pas se fier aux inconnus, ou encore ne pas juger un livre à sa couverture. Ses morales sont apprises au fur et à mesure par Sheeva, au fil de ses bêtises et par nous, dans la continuité des événements qui se déroulent dans le manga.

Ce côté conte est ce qui rend le titre aussi magique, prenant, on a l’impression de retomber en enfance lorsqu’on nous racontait des histoires comme Le Petit Poucet ou Hansel et Gretel, où on avait une ambiance un peu féérique mais toujours inquiétante.

Et cette ambiance est très bien entretenue tout au long du tome. On sent bien que notre duo est un peu la lumière au milieu des ténèbres. Ténèbres accentuées aussi bien par le côté très encré du titre, mais également par le mystère qui se développe dans toute cette histoire, aussi bien autour de la malédiction que du Professeur ou encore de la présence de la petite fille ici.

 

Si la malédiction s’abat sur toi tu deviendras monstrueuse.

– Professeur

 

Si on comprend vaguement au fil du tome pourquoi cette petite fille se retrouve ici, on reste assez stupéfait face au suspense de fin de tome et aux actes des maudits. Pourquoi le professeur à la forme monstrueuse, clairement maudit, protège cette pure et jeune enfant? Quelle est vraiment cette malédiction et pourquoi les gens sont-ils maudits? Le conte que garde l’enfant près d’elle est-il vraiment le reflet de la réalité où est-ce une propagande du pays intérieur pour soumettre son peuple? Si certaines questions voient quelques indices apparaître pour les éclairer dans ce premier tome, nous devrons probablement lire la suite pour obtenir de plus amples réponses surtout que la fin du volume nous laisse coi et ne peut que nous donner envie de nous procurer la suite.

Avec ce mystère et cette ambiance inquiétante, oppressante, dangereuse, on se rend bien compte qu’on est loin du conte féérique et tout beau. On est plus dans le côté horrible des contes, celui qui finira plus nuancé que: Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. On a toujours peur que Sheeva soit blessée, qu’elle rencontre des gens mauvais, que la malédiction s’intensifie, surtout que malgré la présence d’une enfant joyeuse et insouciante, on a déjà un moment d’action et de grosses frayeurs. Je pensais vraiment qu’on suivrait juste leur quotidien sans trop avoir de réponses, mais le premier tome nous offre une course poursuite dangereuse qui aurait pu très mal tourner. On est donc bien loin du tome tout calme et tout mignon et celui-ci nous le rappelle bien, terminant d’une manière terrifiante.

Cette protection de l’enfant par un être plus monstrueux, inhumain, qui se montre bien plus humain que l’Homme lui-même me fait penser à beaucoup d’autres mangas dont une bonne partie d’entre eux ont été publiés chez nous dans la même édition. Cela me fait tout d’abord un peu penser à The Ancient Magus Bride, le Professeur ressemblant énormément à Elias, mais également à Somali et l’Esprit de la Forêt avec le Golem qui protège Somali, ou encore à Lonely World où on retrouve une jeune fille dans un monde sans humains protégée par un golem. Dans chaque cas l’enfant ou la jeune femme se retrouve défendue par un “monstre” comme l’est d’ailleurs Wisteria dans Le Conte des Parias.

Ils ont alors tous en commun de protéger un être fragile et pur et de montrer que le monstrueux n’est peut être pas aussi monstrueux qu’il ne paraît l’être.

Rassurez-vous L’Enfant et le Maudit n’est pas seulement une histoire inquiétante aux airs de conte qui finit mal, c’est également un récit plus enfantin et attendrissant grâce à Sheeva. Cette petite fille semble très jeune, candide, pure. Elle est adorable, fait beaucoup de bêtises et ne se laisse quasiment jamais abattre par tout ce qui lui arrive. C’est un personnage totalement en contraste avec tout le reste de l’œuvre et celle qui offre la lumière dans ce monde de ténèbres. Elle apparaît tout en blanc, toute innocente, et à protéger à tout prix.

Elle détonne complètement avec le monde qui l’entoure qui semble plongé dans la noirceur, même les Hommes apparaissent affreux face à elle. Et elle contraste également totalement avec le Professeur. Il est un maudit, tout en noir à l’allure monstrueuse et pourtant, on voit dans ses yeux qu’il est quelqu’un de bien, de gentil qui veut protéger la pureté et l’innocence de cette enfant. Sous toute cette noirceur, il est lui-même pur et probablement le maudit le plus humain qu’on peut trouver. À aucun moment on ne le voit s’énerver ou blesser, c’est un homme profondément généreux, protecteur et droit.

L’auteur semble énormément jouer sur le contraste entre la jeune fille, le maudit et le monde ténébreux qui les entoure et je pense que c’est ce qui accentue encore plus l’effet conte qui va mal tourner. On a sans cesse l’impression de marcher sur le fil et de pouvoir chuter à tout moment dans le chaos. Et c’est ce sentiment de danger qui nous plonge pleinement dans notre lecture.

Pour ce qui est des dessins, ils sont incroyables. Le style de l’auteur est vraiment particulier, bien loin du style manga habituel ce qui accentue le côté conte. Le dessin colle parfaitement au type d’histoire par un trait très encré, des ombrages omniprésents nous montrant que nous sommes dans un monde chaotique, avec pourtant cette enfant si blanche à côté. Le jeu de lumière est très bien effectué et prenant. De même la mise en scène en fin de tome ou pendant l’action était très prenante. Le fait qu’on ne voyait pas le visage des soldats par exemple accentuait bien leur côté inhumain. J’aurai bien d’autres détails qui m’ont surpris à énoncer mais je risquerai de trop en dire. En tout cas le dessin est une grande réussite et nous plonge toujours plus dans ce récit prenant, collant parfaitement à l’histoire.

 

En conclusion, L’Enfant et le Maudit est un manga aux airs de conte inquiétant. C’est une histoire qui vous emmènera dans un monde féérique et pourtant si sombre en seulement quelques pages. C’est un récit très contrasté, forçant le lecteur à s’attendrir en face de l’enfant mais également à angoisser à cause d’une atmosphère sombre et pesante. C’est donc un titre qui joue entre le mystère, le danger et les moments attendrissants d’une vie d’enfant. La fin du tome nous laisse sur un suspense terrifiant, prenant qui ne peut que vous donner envie de vous procurer le second tome. Le style rend parfaitement bien avec le type d’histoire proposé et vous ravira les yeux en plus de vous mettre dans l’ambiance et de vous éloigner du style de manga classique. L’Enfant et le Maudit est une excellente découverte qui se termine en onze tomes et qui vous emportera si vous aimez les histoires mignonnes avec un jeune personnage protégé par un autre plus grand et monstrueux et pourtant bien plus humain qu’on ne le croit. C’est une histoire qui fera certainement grandir la petite Sheeva et qui nous fera grandir avec elle et on espère vraiment que tout finira bien tel un conte de fée.

L.

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