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Les Tisserands de la Vérité

Comprendre la 

haine qui 

l’entoure

Les Tisserands de la Vérité est un Shônen issu du Light Novel de Sakura Satô. Il est dessiné par Hiro Inuduka et publié au Japon depuis 2019 où il comporte 3 tomes à l’heure actuelle. Le troisième volume nous arrive en France aux éditions Komikku en Octobre 2021.

 

En l’an 952, dans le pays de Lavarta, la haine contre les sorciers continue de proliférer, les mettant au plus bas de l’échelle tel des lépreux, tandis qu’à la Forteresse de Fer, l’on décide de se débarrasser d’un enfant trop difficile à dompter. Leon, professeur de magie et habitant près du village de Leel, accepte de prendre ce jeune garçon sous son aile et de l’aider à manipuler sa magie. Mais Zechs semble incontrôlable et promet de nombreuses difficultés à venir, d’autant que les villageois n’attendent qu’un écart de leur part pour se débarrasser de ces monstres.

 

Le premier tome pose vraiment les bases du récit, ne vous attendez pas à beaucoup d’aventure et d’action pour le moment. On a énormément de flashbacks, d’explications, et on se concentre surtout ici sur la mise en confiance de Zechs auprès de Leon. Une tension constante subsiste durant toute notre lecture par l’impossibilité de contrôler Zechs. Ce n’est qu’à la fin du tome que la tension se relâche et qu’une possibilité de progrès et d’avancement de l’intrigue voit le jour. J’ai malheureusement eu l’impression que ce premier tome stagnait pas mal et mettait peut être un peu trop de temps à introduire l’univers et les problèmes de Zechs. Heureusement, pour le deuxième tome je pense que cela devrait aller mieux et qu’on devrait enfin entrer pleinement dans l’histoire.

En tout cas, on peut voir après ce premier tome que l’auteur nous propose un univers vraiment riche avec un passé complet, beaucoup de guerres entre plusieurs pays, dont certaines récentes qui ont blessé des gens et notamment Zechs. On a du coup également beaucoup de lieux qui sont cités, cartographiés, et étonnamment pour moi qui ai du mal à retenir les noms, je ne m’en sors pas trop mal étant donné que l’auteur nous les répète suffisamment de fois dans le premier tome pour qu’on s’en souvienne et qu’on ne se sente pas perdu.

On a une histoire forte en émotion, que ce soit par le passé raconté de Zechs qui est plutôt bouleversant quand on sait que cet enfant n’a que douze ans, que par la position des sorciers dans ce pays, où ils peuvent être tués si les personnes normales le décident, ou encore par l’émotion que dégage Leon Varden avec sa haine envers lui-même et son manque de confiance en soi.

Au fond, il y a différentes formes de haines représentées dans ce manga. On a la haine de soi avec Leon Varden qui a peu de pouvoirs magiques et qui déteste être entre les deux camps puisqu’on peut dire qu’il est à la fois sorcier et un être humain normal, mais il n’a sa place dans aucun des deux camps. On a également la haine de l’autre avec Zechs qui est toujours méfiant et colérique envers les autres au point de les blesser sans vraiment le vouloir. On reviendra un peu plus précisément dessus plus tard mais c’est le personnage le plus représentatif de la haine. On a également la haine de ce qu’on ne comprend pas avec les villageois qui haïssent les sorciers car ils ne sont pas comme eux. Ils les traitent de monstres mais agissent eux-mêmes plus en monstres qu’en êtres humains.

C’est bien connu, l’Homme a toujours peur de ce qu’il ne connaît pas et de ce qu’il ne peut pas contrôler. C’est d’ailleurs probablement pour ça que les sorciers sont malmenés de la sorte. D’ailleurs Leon met aussi en place cette espèce de haine de ce qu’il ne comprend pas avec Zechs, et c’est au fil du tome qu’il va apprendre à le connaître, à le comprendre et à combattre cette haine et cette peur de cet enfant.

 

Si nous voulons vraiment être disciple et maître il faudra absolument que je prenne sur moi tous les poids qu’il porte sur ses épaules.

– Leon

 

Au final, toute cette haine et cette incompréhension sur ce qu’on ne connaît pas me donne l’impression que les sorciers sont tenus captifs de leur situation et de leur magie tels des oiseaux en cage, un peu comme les gnomes de Kingdom of Knowledge mais pour de toutes autres raisons. Et j’ai du mal à comprendre pourquoi des gens avec autant de pouvoirs ne se rebellent pas contre les personnes normales qui ne leur veulent que du mal. Je ne sais pas si c’est une volonté de l’auteur de faire une morale sur la différence et la peur de l’inconnu, mais j’espère que par la suite les sorciers seront plus nuancés et se laisseront moins marcher sur les pieds.

On peut dire que ce manga rassemble deux Êtres profondément blessés et dont la cohabitation va leur permettre de panser leurs blessures. Zechs va sûrement s’ouvrir peu à peu à Leon qui pourrait faire aussi bien office de père que de Maître au vu de la manière dont il le traite. Leon va sûrement apprendre également à s’accepter en regardant Zechs grandir et ils vont certainement se tirer vers le haut.

On peut d’ores et déjà affirmer qu’une grande évolution de l’histoire est possible grâce à ces personnages et j’ai hâte de voir où l’auteur veut nous mener car son univers est vaste et le fil conducteur de l’histoire encore trop vague pour prédire la suite.

Une chose est sûre, je trouve notre duo de personnages passionnant à étudier. Je vais d’abord parler un peu de Leon Varden. On apprend tout de son passé et de son talent à enseigner dans ce premier tome, mais également de sa faiblesse en magie. Il est un peu pris entre deux feux puisqu’il s’approche de l’être humain normal, mais possède tout de même un soupçon de magie. Je dirais qu’il a tout de même énormément de talent pour enseigner et une très grande manipulation de la magie. C’est un personnage qui se dévalorise beaucoup par son manque de puissance. Il émet une haine envers lui et montre vraiment qu’il est malchanceux. On voit d’ailleurs bien son rapprochement avec les humains classiques dans l’incompréhension qu’il porte envers Zechs au début, hésitant plus d’une fois à se débarrasser de lui. Mais on comprend vite à son comportement qu’il est un personnage prêt à changer, à s’ouvrir, s’il découvre en Zechs une bonne raison de l’aider. Il nous prouve que l’être humain a peur de ce qu’il ne connaît pas mais peut apprendre à s’adapter, et j’espère que les autres humains classiques apprendront aussi à comprendre les sorciers.

En tout cas on voit Leon se rapprocher de Zechs durant tout le tome, même si il y a des moments de crainte, de haine, on a l’impression qu’une relation affectueuse, paternelle apparaît peu à peu et c’est probablement le personnage qui a le plus changé durant ce premier tome. C’est un personnage très intéressant à voir évoluer car il est proche des humains classiques en termes de pouvoirs mais est tout de même un sorcier et n’est accepté dans aucun des camps.

Zechs quant à lui, est un personnage mystérieux que je trouve passionnant pour ses différents niveaux de haine. On connaît vaguement son passé, mais on ne comprend pas encore à quel point ce petit être peut être blessé, tant il est recouvert de haine. Je me demande si on aura un jour un véritable flashback sur ce qui s’est passé pendant la guerre. Pour en revenir à la haine dont j’ai parlé tout à l’heure, il est le personnage qui représente mieux les différents types de haine présents dans ce manga. Il se hait pour ses pouvoirs et son incapacité à être comme les autres. Il hait les autres pour ce qu’ils lui ont fait et ce qu’ils lui font encore. Il hait cette nécessité d’apprendre qui peut être pour lui sa peur de l’inconnu.

Mais au fond c’est surtout un personnage effrayé par tout ce qui se passe, mais qui devrait finir par s’ouvrir à Leon et également se détendre au fur et à mesure qu’il comprendra et apprendra à contrôler sa magie. Au fond, cela reste un enfant orphelin qui a déjà subi de trop lourds fardeaux pour son âge et qui a besoin de beaucoup de soutien et d’attention. Tout comme Leon c’est un personnage qui cherche sa place et je pense que c’est pour ça qu’ils vont bien ensemble et qu’ils finiront par s’entendre car ils se ressemblent sur ce point, même si j’ai peur que sa maîtrise de la magie finisse par raviver les blessures de Leon et le plonger de le désespoir.

Pour terminer, les chara designs des personnages sont variés, le dessin est bon et détaillé surtout au niveau des vêtements qui montrent bien le niveau de vie des personnages. Les émotions sont également très précises et nous mettent vraiment dans l’ambiance. Le chara-design de Zechs me dérange un peu quand même mais on finit par s’y habituer. Les planches sont complètes mais assez semblables dans la composition des cases et la lecture du tome en est facile et rapide. Le dessin fait donc amplement l’affaire même si j’avoue que j’avais beaucoup aimé celui du Light Novel.

 

En conclusion, Les Tisserands de la Vérité nous propose une histoire riche en guerres et en passés dramatiques, le tout dans une tension constante. Le premier tome met un peu de temps à poser les bases mais promet une suite passionnante grâce à un univers vaste et complet qui peut permettre de nombreuses possibilités scénaristiques. On ressent déjà énormément d’émotions dans ce premier tome et la rencontre de deux âmes blessées nous en promet encore beaucoup. Le travail sur la haine tout au long du premier tome est vraiment intéressant à découvrir et dépeint bien le côté peur de l’inconnu que possède l’être humain. Pour le moment l’auteur offre tellement de possibilités pour son histoire qu’on a du mal à savoir quel fil conducteur prendre et j’espère que celui-ci sera plus visible au second tome. En tout cas, l’histoire est pour l’instant assez imprévisible ce qui est un bon point. La relation entre Leon et Zechs est passionnante à observer et j’espère la voir encore évoluer, de même le côté Serdien de Zechs peut permettre une histoire encore plus passionnante qu’actuellement et j’aimerais beaucoup en découvrir encore plus sur les différents pays et cultures de cet univers. C’est donc un manga qui a du potentiel et qui ne peut que vous donner envie de vous procurer la suite.

L.

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