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Gannibal

Culture

divergente…

Gannibal est un Seinen écrit et dessiné par Masaaki Ninomiya. Publié au Japon depuis 2018, il s’est terminé au bout de 13 tomes en Février 2022. En France, il est disponible depuis Juillet 2020 et compte actuellement 10 volumes chez les éditions Meian.

 

Daigo Agawa est un policier de grande ville qui reçoit un jour une mutation pour remplacer un confrère disparu d’un petit village. Ce dernier se serait à priori enfui à cause de ses dettes et Daigo emmènage donc avec sa femme Yuki et sa fille Mashiro. Ils étaient loin d’imaginer que la petite vie tranquille de campagne pourrait s’avérer être absolument tout le contraire…

Cela faisait un moment que j’étais intrigué par ce titre et par le beau garçon sur la couverture qui me faisait de l’œil. J’ai pris mon temps avant de m’y pencher, mais c’est bon, je suis tombé dedans !

C’est un peu dans la lignée de le Bateau de Thésée avec le côté enquête, mystère et horreur. En somme, un excellent thriller dans les deux cas. Ceci dit, le fil rouge est bien différent, il est ici plus sanglant et gore. Alors oui, c’était pas toujours jojo dans le Bateau de Thésée mais là, c’est clairement à un niveau au dessus, et ce n’est pas l’ikemen (beau garçon) sur la couverture qui vous dira le contraire !

L’histoire se passe dans un village reculé du Japon où un policier a disparu. Ce dernier aurait sombré dans l’ennui et se serait criblé de dettes après être devenu accro aux jeux d’argent, laissant derrière lui sa fille… Et ça, Daigo le conçoit plutôt bien. En effet, le village est tranquille, paisible, et hormis quelques broutilles et petites querelles à régler, il n’y a pas grand chose à faire. Jusqu’au moment où un corps est retrouvé sans vie. Celui d’une dame âgée qui aurait été agressée par un ours. Pour nous ça pourrait presque nous faire rire tant l’agression par un ours nous semble éloignée, mais le village est perdu entre des montagnes, les forêts et les ours font également partie du décor. Daigo n’y trouve rien de spécial à redire à cette version des faits bien qu’une étrange marque lui laisse une suspicion.

Vous l’avez peut-être remarqué dans le paragraphe précédent, mais j’utilise beaucoup de conditionnel, car en effet, dans le village de Kuge, difficile d’y voir la moindre sûreté. Tout est brouillé, imperceptible, les intentions et les propos de chacun sont dissonants, difficiles à cerner. C’est bien ça qui titille les pensées de notre protagoniste, cela et une phrase qui le hanterait presque… « Les habitants de ce village sont cannibales.”. Ce sont les paroles du policier Kanô, le prédécesseur de Daigo.

Au vu de ce qu’il s’est passé, il a simplement été vu comme un fou qui a perdu ses esprits après être devenu totalement accro aux jeux. Mais, bien que cette phrase ait été oubliée ou parodiée, cette dernière restera ancrée dans la tête de Daigo qui ne peut s’empêcher d’y croire un petit peu. Ce n’est pas ses interactions avec le clan Gotô qui vont le faire changer d’avis.

 

 

Le clan Gotô est un peu particulier même au sein du village. Une règle existe les impliquant directement: celle de se tenir à l’écart d’eux. Ils sont nombreux et d’après certains villageois, ils sont “sauvages”. Cependant, c’est avec eux que le protagoniste à eu affaire en premier -malheureusement-. Mais heureusement pour nous car tout est lié à ce clan: les mystères, les suspicions, les coups de pression, les dinosaures, les pyramides d’Egypte et même les aliens. À deux trois détails près on a le compte.

Comme ils sont nombreux, tous ne sont pas mis en avant de la même façon, beaucoup sont de simples figurants tout juste bon à jouer les troubles fêtes voire les tarés, mais d’autres sont bien plus importants, que ce soit Keisuke Gotô, par exemple, qui est l’un des personnages au plus grand temps d’apparition de ce tome. Il est dérangeant à souhait, avec un petit côté lunatiquo-bipolaire.

Et puis il y aussi lui. Juste : “lui”. Vous en faites ce que vous voulez de cette information mais c’est avec lui qu’on atteint l’apogée de ce tome ! Ses apparitions sont brèves mais puissantes, et mon dieu l’ambiance qu’il instaure immédiatement c’est… frissonnant, exaltant, stressant, prenant, happant enfin bref c’est haaaan!

Alors qu’à côté nous avons la douce Yuki Agawa, la femme de Daigo, qui, bien qu’elle ne semble pas ultra enthousiasmée à l’idée de déménager ici, tente de s’y faire tant bien que mal. Elle ne demande pas grand chose, et même si des disputes sont présentes, son amour envers lui est aussi clair que de l’eau de roche ! Elle est gentille, attentionnée et très affectueuse. Elle me fait un peu de peine par moment car on sent ses doutes mais elle essaye simplement de faire de son mieux même si elle ne reçoit pas toujours les résultats escomptés.

 

“T’as eu peur. Mais ça va aller… C’est fini maintenant.”

– Yuki Agawa

 

Et pour la douceur, Mashiro, leur petite fille, n’est pas en reste non plus. C’est une bonne enfant, pas capricieuse bien qu’elle ait un petit souci du type: elle a du mal à rester en place et sort rapidement et facilement de la vue de ses parents. Un événement va se produire qui va la faire quelque peu changer, je tairais ça mais je peux vous dire une chose, j’en ai des sueurs froides dès que j’y repense. Nous n’avons quasiment rien vu, une seule double planche suffit à laisser notre imaginaire prendre le relais, et c’est terriblement efficace.

Daigo Agawa est également à la merci de son imagination qui le pousse à croire cette histoire de cannibalisme alors que sa raison lui dicte de prendre tout ceci avec des pincettes et de ne pas forcément adhérer les paroles de son prédécesseur. Mais Daigo n’est pas policier pour rien, il n’a pas l’air du genre bosseur comme ça mais son désir d’enquêter est le plus grand. Il ne peut taire le doute qui sommeille en lui et décide de tirer au clair les différents événements de Kuge, en passant par la disparition de son confrère ainsi que des autres étrangetés qui se déroulent autour de lui.

C’est un personnage plutôt bien écrit, il est contrasté, et ne se prend pas pour un super-héros. Sa curiosité le pousse à faire des choix parfois dangereux mais il est reste réfléchi, et sous la pression il est tout de même capable de prendre son courage à deux mains et de choisir une bonne option qui lui sauve la vie, ou du moins temporairement…

C’est un père de famille aimant, possédant l’âme d’un enquêteur, le courage d’affronter le danger, la peur de tout perdre, sa vie, sa famille, il a la force de se battre tout comme il est capable de battre en retraite s’il sent que la situation lui échappe complètement.

 

 

C’est assurément un personnage complet, aussi complet que les dessins ! J’ai à la fois beaucoup à vous dire et peu de choses. Je pourrais écourter en vous disant que c’est incroyable et que les quelques extraits que je vous ai partagé ne sont qu’un bref aperçu, mais je vais tout de même développer un peu tout ça.

On commence par les chara-designs incisifs, précis et qui déballent une tonne d’informations rien qu’en regardant le visage des personnages. J’ai dis précis mais on peut également y voir un côté imprécis via le trait un peu crayonné de l’auteur. Cela donne un aspect “brut” au dessin bien en phase avec l’histoire et le côté “sauvage” du clan Gotô. Même si ce style excelle pour tout ce qui est “sale”, intimidant, voire terrifiant, horrifiant, cela rend également très bien dans la joie comme on peut le voir à la quatrième de couverture avec la famille Agawa, heureuse, étincelante.

Les décors sont tout aussi beaux, pas présents partout mais cela ne m’a étrangement pas du tout gêné, je n’y avais même pas réellement prêté attention, surtout que lorsqu’ils sont présents -ce qui est tout de même récurrent- cela envoie vraiment du pâté !

Et que dire des doubles pages… Mes yeux brillent à leur pensée, vous en avez plusieurs tout au long du tome, sur des scènes marquantes ou bien sur un paysage angoissant par exemple. C’est une véritable pépite sur ce plan-là. Ces planches transmettent un nombre d’émotions assez colossales qui vous scotchent immédiatement. Il est impossible de lire Gannibal sans ressentir un quelconque sentiment.

Gannibal est un thriller passionnant, puissant mettant à mal notre imaginaire qui ne pense qu’à des choses horribles. Et en même temps, comment penser à autre chose lorsque tant d’éléments nous suggèrent des immondices que l’on pourrait considérer d’inhumaines.

Je ne pensais pas autant accrocher à ce manga, j’aime les thriller et les œuvres étranges alors je me doutais que ça allait me plaire, mais à ce point, cela reste tout de même une surprise ! C’est incroyablement prenant, et cela passe en grande majorité par l’incroyable ambiance qu’a su mettre en place Masaaki Ninomiya. Car oui, le côté enquête est pour le moment un peu léger, bien moins percutant que dans le Bateau de Thésée par exemple. Ici l’intérêt reste sur le gore et sur la découverte des événements horribles qui se déroulent à l’abri des regards. Le voile du mystère se découvre doucement même si les tâches de sang dessus nous donnent suffisamment d’indices pour comprendre dans les grandes lignes ce qu’il s’y passe. Le mystère en fin de compte semble beaucoup plus passer par “lui” que par les actes du clan Gotô qu’on finit par comprendre très vite.

C’est donc bel et bien l’ambiance pesante, oppressante et terrifiante qui prend le dessus. Comme nous savons plus ou moins ce qu’il se passe et que l’on devine certaines choses, on angoisse à chaque instant en se demandant jusqu’où cela peut aller. C’est comme dans un jeu d’horreur où vous savez pertinemment qu’en continuant d’avancer vous tomberez nez à nez sur quelque chose qui vous fera peur, c’est inéluctable mais vous n’avez guère le choix. C’est pareil dans Gannibal, dans le fond, même Daigo se doute un peu de ce qu’il est susceptible de découvrir, mais il avance quand même et ce, jusqu’au cliffhanger de fin qui vous fera vous jeter chez votre libraire immédiatement si jamais vous n’avez que le premier tome. (Heureusement j’avais le second avec moi!)

Le suspense est immense et la tension n’est pas prête de redescendre…

H.

2 commentaires

  • Kitano

    Le problème de ce manga est clairement cette tension énorme qu’il dégage, ça rend accro et on en dévore les tomes ! J’ai découvert cette série à sa sortie, et je me ronge les ongles en attendant demain pour aller m’acheter le tome 10 (qui est sorti vendredi 22, mais je croyais que c’était demain !! ! ! ).
    Au fil des tomes, on est aspiré par cette histoire, on a l’impression d’être un habitant du village, et qui n’a pas connu de tel village (ou alors par le biais de sa famille), où tout le monde se fait confiance, mais aussi où tout le monde est épié par le voisin.

    Le manga sombre dans une folie, renforcée par le thème (meurtre et cannibalisme) mais c’est encore pire quand on découvre qui est offert en sacrifice, enfin non pas qui, mais quoi (je n’en dirais pas plus).

    Le manga est très violent, calme au début mais ça monte en puissance à chaque tome.

    Les dessins sont assez sombres mais parfois étonnement clairs dans certaines situations calmes ; les doubles pages sont nombreuses et foutent les chocottes.

    Le côté « enquête » va de plus en plus prendre de la place même si tout se met en place au fil des tomes, les 1ers tomes restent axés sur le village, les habitants, les mœurs et sur ce policier dont on apprendra son passé plus tard.

    • lepasseurlunaire

      Bonjour,

      Merci comme toujours pour ton commentaire !

      Ahaha, c’est clairement le point fort du manga. L’auteur possède un talent fou pour nous faire plonger dans son œuvre sans que l’on puisse décrocher !

      En tout cas, nous sommes ravis qu’il te plaise autant, ça fait plaisir à voir !

      On espère que l’engouement restera jusqu’à la fin ^^

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