Critiques,  Maisons d'Edition,  Manga,  P-Q-R,  Vega-Dupuis

Peleliu

Aux pieds du

Paradis devant

les portes de

l’Enfer…

 

Peleliu est un Seinen de Kazuyoshi Takeda, avec la participation de M. Masao Hiratsuka, un membre du Groupe de Recherche sur la Guerre du Pacifique. Les 11 volumes que comporte ce manga ont été édité de 2016 à 2021 au Japon. En France, il est publié par les éditions Vega-Dupuis depuis 2018 et le dernier tome nous parvient en ce début de mois d’avril.

Parmi les îles Palaos se trouve un îlot nommé Peleliu. Là-bas, plus de 10 000 soldats ont reçu l’ordre de défendre l’île coûte que coûte et de se battre pour leur patrie ainsi que leur famille. Peleliu est la cible des Américains. Ces derniers, débarquant avec une flotte monstrueuse en comparaison de la taille de la petite île, démarrent ainsi une boucherie sans nom. Tamaru est l’un de ces soldats japonais et ce dernier n’était pas préparé à un tel massacre, comme personne d’ailleurs. Il va alors tenter de survivre à tout prix afin de devenir mangaka.

Avant d’attaquer l’œuvre en elle-même, petit moment de contexte historique ! La bataille de Peleliu est l’un des nombreux conflits du Pacifique, elle est méconnue bien qu’étant la deuxième plus meurtrière.

En pleine Seconde Guerre Mondiale, les Américains voyaient l’aéroport qui se trouvait sur l’île comme un objectif capital et souhaitaient en prendre possession rapidement. L’assaut devait se terminer en 4 jours selon l’armée Américaine, mais c’est bel et bien pendant deux mois que les combats ont duré.

La différence de technologie militaire entre les deux armées était flagrante mais les Japonais se sont vaillamment battus avec ce qu’ils avaient. C’est une des raisons pour lesquelles ces combats semblaient si disproportionnés, la réponse des Américains pour une si petite île qui, en fin de compte, n’était stratégiquement pas la plus importante.

La bravoure des japonais se voit aussi par le fait que les survivants se sont rendus deux années après la fin de la Guerre, soit le 21 avril 1947. Cela ne peut que forcer le respect.

Je vous laisse faire des recherches plus approfondies sur le sujet car c’est super intéressant !

Attaquons le vif du sujet. Peleliu est un manga surprenant qui est étonnamment accrocheur malgré son sujet difficile. En effet, le titre n’est vraiment pas évident à lire, bien que certaines libertés aient été prises quant à la réalité, les événements racontés sont quant à eux très proches de ce qu’il s’est passé et cela nous rappelle encore une fois les horreurs de la Guerre.

On suit le côté nippon bien entendu, notamment un soldat (fictif) du nom de Tamaru. Ce dernier n’a pas à première vue l’étoffe d’un soldat, il est plus du genre peureux, rêveur, il n’a pas vraiment un physique développé et ce qui l’intéresse le plus au début, c’est de rentrer au Japon pour écrire son manga. Les événements qui vont lui arriver vont le faire changer petit à petit et lui faire prendre conscience de bien des choses. Quant à nous, nous allons plonger en même temps que lui dans cet Enfer sur cette petite île pourtant si Paradisiaque…

 

 

Au début du tome nous apercevons les préparatifs de l’armée japonaise pour protéger Peleliu, et cela nous montre plusieurs choses. Tout d’abord, le début est assez léger et l’on voit que certains soldats n’ont pas encore vraiment connu la Guerre, ils semblent parfois un peu « détachés » de ce qu’il se passe. Cela va de pair avec les dessins qui, au premier abord, semblent enfantins ce qui pourrait nous faire penser que l’on aura un peu de mal à entrer dans le récit, mais pas du tout en fait vous allez voir c’est incroyable. Par ailleurs, on remarque un petit bout du côté plus “sombre”, avec les fameuses propagandes de guerres.

 

« La pioche est un fusil ! Le rocher est un soldat américain !

– Sergent Nemoto

 

Mais c’est encore assez « banal » alors très vite Kazuyoshi Takeda, va aller un peu plus loin et montrer plutôt l’envers du décors. Si je vous parle d’attaché au mérite, cela ne vous dit probablement pas grand chose et même en cherchant sur internet on ne trouve pas beaucoup d’informations. Cette fonction avait pour but de raconter l’ultime bravoure des soldats tombés au combat. Ce n’est pas ce qui est habituellement le plus mis en avant mais cela va avoir une place importante au cours du récit.

Maintenant, sachez qu’il ne faudra pas attendre bien longtemps pour avoir du drame, votre cœur sera rapidement touché, frappé, violenté. Vous auriez un certain espoir en commençant le manga mais vous serez régulièrement giflé pour vous rappeler que NON, la forme (les dessins) n’est pas représentative du fond (l’histoire) et que c’est très loin d’être humoristique ou tourné de manière parodique. De la même manière que les soldats prennent durement conscience de leur réalité, vous découvrirez avec eux les terribles drames qu’ils s’y passent ainsi que les malheureux accidents qui n’en restent pas moins tragiques.

 

“C’est pas pour repousser les vilains ennemis qu’on a été envoyé sur la côte ouest. Le commandant veut juste qu’on en tue un max avant de crever, en gros.”

– Caporal-Chef Kosugi

 

Côté dessin, c’est d’abord particulier, on ne sait pas trop à quoi s’attendre et le chara-design pourrait en gêner plus d’un. Cependant ce n’est que le temps de quelques pages et ça c’est grâce à l’histoire qui nous transporte aisément nous faisant passer outre cet aspect du dessin. Pour ma part, j’ai fini par les apprécier, ce rendu si singulier a du charme je trouve !

Cerise sur le gâteau, afin d’améliorer l’immersion, vous avez le droit constamment à du décors et cela est loin d’être négligeable.

Le coup de crayon de l’auteur permet de montrer l’effroi de la situation sans toutefois vraiment choquer. Car si vous allez voir des corps morts par centaines voire milliers, le style ne le rend pas spécialement gore, cela reste un minimum accessible sans pour autant dédramatiser la situation.

Nota bene, vous aurez tout de même accès à des jolies planches représentant plutôt l’espoir au milieu de l’enfer, c’est bien implémenté et c’est franchement cool.

 

 

Ce n’est pas sans appréhension que j’ai commencé Peleliu. Mais ce n’est pas non plus sans engouement que je vous en parle. Et c’est avec grand plaisir que je lirai la suite et que je vous le conseille ! Attention toutefois, il n’est pas classifié seinen pour rien. Ce manga est dur à lire, mais très instructif. C’est peut être étrange de dire ça comme ça, mais j’ai apprécié ma lecture, bien qu’en racontant des faits réels il a réussi à prendre des libertés qui n’empiètent pas trop sur le côté historique pour nous proposer une histoire passionnante à suivre tout en nous racontant page par page l’enfer qu’a été cette bataille.

Le contraste entre la forme et le fond est un parti pris que l’on pourrait juger de “dangereux” mais c’est un franc succès, le mélange est parfait et plus harmonieux que l’on pourrait le croire.

Si vous n’êtes pas trop sensible émotionnellement aux côtés horribles de la guerre, vous apprécierez sans doute de suivre ce titre, tout en apprenant des détails sur ce qu’il s’est véritablement passé.

Par ailleurs, une adaptation anime ainsi qu’un spin off ont été annoncé l’année dernière, on peut peut-être espérer les voir arriver cette année, croisons les doigts !

H.

2 commentaires

  • Kitano

    Pareil, au début j’ai été rebuté par les dessins trop « mimi » des persos, qui font enfantins, alors que le sujet est des plus sérieux, mais très vite l’histoire m’a happé.
    En plus, VEGA l’éditeur a connu des difficultés qui ont mis ce manga en stand-by, et Delcourt a repris la suite de parution.
    C’est un bon manga, bien détaillé sur cette bataille, ça ne glorifie pas les Japonais ou les Américains, ça montre l’absurdité de certains ordres, mais surtout l’absurdité d’autant de morts pour une piste pas si stratégique que ça au final.

    • lepasseurlunaire

      Les dessins ont dû rebuter plus d’une personne alors que finalement, en le découvrant, il a beaucoup à offrir.

      Vous avez tout dit. L’auteur a parfaitement su géré cette aspect-là pour ne pas simplement nous laisser une histoire manichéenne qui ne ferait que caresser dans le sens du poil le Japon.

      En fin de compte, la lecture devient vite passionnante malgré la dureté du titre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *