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Prisonnier Riku

Porte d’entrée pour les enfers…

 

Prisonnier Riku est un Shônen écrit et dessiné par Shinobu Seguchi. Édité depuis 2011 au Japon, l’œuvre voit le jour en France en 2014 chez les éditions Akata où le dernier tome nous est parvenu en Juillet 2021 avec un total de 38 volumes.

 

Riku Kurita est devenu orphelin à la suite d’une chute de météorite en plein Tokyo. Depuis, il vit dans un grand bidonville entouré d’un immense dôme en verre à l’endroit même de l’impact alors que tout autour, les habitants vivent sereinement.

Malgré ça, Riku fait de son mieux pour survivre dans des conditions très dures tout en étant bon avec autrui, mais cela ne dure pas…. Il assiste malgré lui à un meurtre dont on lui fait porter le chapeau et il est condamné à 30 ans de prison. Le véritable enfer commence alors pour lui.

Vous avez certainement déjà entendu parler de cette œuvre dont on ne tarit plus d’éloges, mais il est possible que vous ne l’ayez encore jamais lu car vous ne saviez pas trop dans quoi vous vous embarquiez avec ce titre, eh bien on va y répondre ici avec son commencement !

Shinobu Seguchi pose rapidement le décor, une météorite s’est écrasée en plein Tokyo rasant la ville. 10 années plus tard une partie est toujours dévastée mais plutôt que de réparer, une décision est prise, celle de couper du monde cette zone en la barricadant sous un gigantesque dôme de verre. De ce fait, les habitants peuvent continuer leur vie tranquille sans se soucier de ce qu’il se passe juste à côté. Là aussi on se rend vite compte de l’ampleur de la situation lorsque l’on voit la nourriture être volée par le plus audacieux et /ou opportuniste, car ici bas, la moindre denrée est un véritable luxe dont ils ne peuvent se priver.

 

 

Le contexte est clair et limpide, la situation est affreuse et certaines personnes tentent d’en prendre avantage, on entend par exemple parler de trafic d’humains, d’organes ou bien encore de drogue. On se doute bien quel est l’endroit où ils s’approvisionnent… Eh oui, il a beau être catégorisé comme étant un Shônen, les sujets qu’il aborde sont eux, bien plus proche du Seinen et c’est important de garder ça en tête au vu de ce qui va suivre car le côté Shônen vient plus du personnage principal lui-même et de sa philosophie, le reste de l’oeuvre se veut plus cruel.

En effet, si la vie au bidonville peut être considérée comme un enfer, l’endroit où Riku doit passer au moins 30 autres années de sa vie ne peut pas être appelé mieux malgré son nom. Un complot l’emmène tout droit au pénitencier de l’île du Paradis. Si une partie du nom fait rêver, c’est malheureusement un oxymore car c’est au moins le Tartare (partie la plus profonde des enfers dans la mythologie grecque) !

Je vous passe les détails sur comment il est arrivé là bas mais c’est un assez intéressant vous le verrez, surtout que cela va donner un but très important à notre protagoniste qui, désormais, a une raison pour continuer de se battre, encaisser les coups et surmonter les terribles épreuves qui l’attendent. Il n’est pas loin de subir les douze travaux d’Hercules à ce train-là mais il tient bon la barre, il tient bon le vent hissez haut.

Il lui faudra beaucoup de courage pour résister à tout ce qui va lui arriver et certaines parties ne seront pas sans rappeler le célèbre Rainbow où la dureté et l’inhumanité de la prison étaient fortement mises en avant. Vous devez sans doute commencer à comprendre pourquoi ce n’est pas un simple Shônen, on est loin des histoires de prison de Nanbaka (enfin de la première partie surtout) qui se voulait bien plus humoristique. Par contre là encore, la situation géographique du centre de détention est similaire à celle de la célèbre prison d’Azkaban euh d’Alcatraz, c’est-à -dire au beau milieu de l’eau et avec une solide réputation sur l’impossibilité de s’en évader, et sur sa dureté au passage.

À ce moment-là, on se dit que 30 ans dedans, ça va être aussi compliqué qu’une partie de prop hunt dans une salle sans objets. ça parait clairement impossible. Mais c’est sans compter sur le message du grand méchant de l’histoire qui, pour tout vous dire, est franchement réussi. Son apparition bien que courte, est très impactante et relance d’un coup d’un seul l’histoire en insufflant une colère au sein de Riku qui fait que désormais, qu’importe ce qu’il va vivre, il va avoir cette hargne en lui qui va le faire avancer, tout ça pour pouvoir quitter cette maudite prison et se venger de cette personne.

Attention toutefois, ce manga ne raconte pas qu’une histoire de vengeance, Riku n’est pas un Sasuke obsédé par l’idée de se venger, c’est un peu différent. Il reste bon, il reste en accord avec ses principes et ne les trahit pas simplement pour pouvoir arriver à ses fins. Il va même parfois faire des choix qu’on pourrait juger d’irrationnels simplement pour rester fidèle à lui-même et ça c’est beau. C’est aussi ce qui refait pencher la balance du côté Shônen il est vrai, mais cela n’est pas un défaut pour autant.

 

 

Riku n’est pas un idiot aveuglé par la gentilesse et la bienveillance. Il sait se remettre en question, réfléchir à ses actes quitte à penser à des scénarios qui lui feraient lui aussi passer la porte de l’inhumain. Pour autant ses actes dépassent souvent ses pensées et il est plutôt du genre à agir malgré lui -un véritable héros vous dis-je- ce qui le rend attachant. Il sait que ce n’est pas en perdant ses principes et ses valeurs qu’il va arriver à faire ce qu’il souhaite, ou en tout cas, que ce n’est pas comme ça qu’il veut y arriver. Il garde quand même conscience que ce n’est pas qu’en restant comme ça qu’il arrivera à faire quoi que ce soit, il se retrouve alors dans ce dilemme où il ne sait pas comment agir. Ceci offre un développement intéressant à son égard et l’éloigne des protagonistes classiques de Shônen qui se veulent parfois trop plats.

Et il n’est pas le seul dans cette prison (eh oui curieux hein ?), ne serait-ce que dans sa cellule il y a de quoi faire. On y retrouve le souffre douleur qui préfère passer du côté des bourreaux, on a les gens énervés pour un rien et la personne qui est un peu au-dessus du reste et qui est considéré comme le chef.

Ce dernier par ailleurs va être un élément central. En effet, Sasaki Rénoma a beaucoup d’influence, il est forcément une personne de choix pour Riku s’il veut mettre à bien ses plans, mais ce n’est pas la personne la plus facile pour discuter.

 

 

“Je ne fais confiance à personne !! Et je ne veux pas de la confiance des autres ! J’écrase ceux qui se dressent contre moi ! C’est le seul pouvoir dont j’ai besoin !”

– Sasaki Rénoma

 

 

Suguru Nogita est également un personnage intéressant à sa façon. Il est le souffre douleur dont je parlais. Il est par ailleurs celui qui a la peine la plus courte mais aussi sûrement l’une des plus ridicules. Il apparaît certes comme faible aussi bien physiquement que mentalement, mais il est le premier allié de Riku et ça, c’est important !

Côté dessin, c’est vraiment sympa. On a pas un style aussi brut et dur que pour un Rainbow ou un Green Blood (les deux sont du même dessinateur, Kakizaki Masasumi) mais tout de même, le dessin reste assez dur. Le personnage de Riku est un enfant mais ses traits sont loin de l’être, sans connaître le scénario, juste en voyant les dessins on ressent que ce n’est pas une histoire joyeuse.  Leur visage blessé, ensanglanté est pas mal détaillé, les décors le sont aussi nous montrant clairement dans quel genre d’environnement ils évoluent.

Alors c’est un style particulier oui, mais on s’y fait vite et je dirais même qu’on s’y attache.

Je pense que vous l’aurez compris, dans la globalité je suis clairement emballé par ce manga. Nous avons une histoire qui, à première vue, pourrait sembler banale mais qui n’en est rien, elle est unique, tout comme son personnage principal. L’œuvre comptabilise un total de 38 tomes, ce qui est conséquent mais qui permet de se plonger entièrement dans un récit qui sait prendre son temps sans ennuyer son lecteur. Après tout, la vengeance est un plat qui se mange froid et ça, Riku l’a bien compris !

H.

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