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Les Sorcières de la fin du Monde

Les flammes de la

peur ravagent les

cœurs et celles de

l’innocence les

réchauffent…

Les Sorcières de la Fin du Monde est un Josei de Kujira. Au Japon la publication a duré de 2018 à 2020 avec un total de 3 volumes. En France, ce sont les éditions Akata qui s’occupent de ce titre depuis 2021, le dernier tome venant quant à lui de sortir en Février 2022.

 

Le nom de l’auteur ne vous est peut-être pas inconnu et cela vient du fait que ce n’est pas sa première œuvre à être éditée chez nous. Kujira est surtout connu pour sa série Switch Me On, mais aussi Entre/Deux !

 

Les sorcières, malgré toute leur bienfaisance, ont subi un lourd tribut et beaucoup d’entre elles ont alors connu le tragique sort du bûcher. Afin de ne pas finir exterminées, un accord a été conclu dans le plus grand secret. Désormais, des écoles ont été créées afin de répondre à un nouveau besoin, les sorcières étant formées afin d’être encore plus puissantes. C’est dans un environnement bien différent du commun des mortels que Mari Muguruma va tomber et va tenter de garder foi en ses propres convictions…

 

Je ne vais pas entrer en détails dans l’accord qui a été passé mais je soulignerai un point, l’explication donnée est simple, basique mais bien efficace. L’autrice a, en quelques pages, légitimé son univers et franchement, on s’en contente.

Toutefois, cette simple explication mène à bien d’autres choses, et notamment beaucoup de mystères et de questions. Le monde dans lequel évolue la protagoniste est déjà bien avancé, on est loin de la chasse aux sorcières et les citoyens lambda sont passés à autre chose depuis belle lurette. Mais pas les sorcières. On apprendra assez vite que de l’animosité reste présente et que si la chasse en elle-même n’est plus qu’un lointain passé, le sort des sorcières n’en n’est pas moins difficile. Si Jaskier n’a plus à chanter burn, butcher burn, il devra sans doute préparer une musique annonciatrice d’un soulèvement.

En effet, si l’établissement, l’Hexenschule Sternenlichtl (à vos souhaits) paraît dans son fonctionnement assez classique et si on le compare à d’autres univers, il reste dans de “simples” cours de magie, un détail y est ajouté, celui de ne pas oublier ce qu’ont fait les humains. Oui, ils entretiennent leur haine de génération en génération façon Iruma à l’école des démons avec leur hymne.

Ce désir de vengeance permet de donner un côté plus adulte à l’œuvre qui tombe parfois un peu dans “l’enfantillage”. La vengeance et l’amour sont construites de manière à faire réfléchir et rendre le tout moins manichéens, alors qu’à contrario, un autre sentiment est présent dans ce premier tome: la jalousie. Et c’est lui qui me pose un peu plus problème. En effet, Mari, la nouvelle élève va être prise sous l’aile d’Alice Keating, l’idole de l’école en quelque sorte, et bien évidemment comme toute idole qui se respecte, elle a ses groupies qui trainassent derrière et vous l’aurez compris, c’est surtout d’elles dont vient la jalousie. Je ne vous fais pas un dessin, vous aurez le droit à de la catinerie sans profondeur, juste bête et méchante. Rassurez-vous cependant, ça ne dure pas longtemps, ça reste assez secondaire et la fin du tome devrait expédier et enterrer ce problème pour le restant de la série (je l’espère).

Eh oui, c’est secondaire, car le principal c’est la pièce réunissant l’amour et la haine. En un sens, le duo principal est comme les deux faces de cette pièce. L’une est emplie d’amour et ne souhaite que du bien, quant à l’autre, elle est en partie aveuglée par cette haine qui lui a été transmise. Et c’est super intéressant de voir comment ce duo va se compléter et s’influencer. Elles vont beaucoup se parler et exposer leur point de vue mais sans jamais porter atteinte aux pensées de l’autre, elles vont garder une sorte de distance de respect où elles vont être juste elles-mêmes, être franches et cela va s’arrêter là. Car, lorsqu’elles sont l’une à côté de l’autre, leur désir et leurs problèmes personnels ont tendance à devenir presque secondaires… Sans s’en rendre compte elles vont rire, sourire et s’enfermer dans une bulle rien qu’à elles seules. Eh oui, Les Sorcières de la Fin du Monde n’est pas considéré comme un shôjo-aï pour rien ! Leur relation est ambigüe mais jamais forcée. Elle est si douce et naturelle qu’elle en est touchante. Voir ces deux Êtres meurtris se panser leurs plaies simplement en étant ce qu’elles sont au fond d’elles, c’est beau, sssplendide je dirais même. On voit que Kujira n’est pas à son coup d’essai à cette relation si bien construite.

Le premier tome s’arrête d’une manière très intéressante mais qui fera que vous aurez forcément envie de vous procurer la suite, un paquet de questions s’étalent tout au long et bien qu’il n’y a que trois tomes au total, je sens que le rythme a été suffisamment bien géré pour nous proposer une bonne fin avec les deux derniers volumes.

Quant aux dessins, on est sur une majorité de trames pour les décors. Si vous êtes familiers des shôjo cela ne devrait pas vous déranger, pour les autres, ne vous attendez pas à des décors grandioses, cela n’empêche toutefois pas d’avoir de très belles planches.

Le chara-design, lui, est à mon goût sympathique, je dois cependant avouer qu’il semble un peu particulier par moment mais rien qui ne vous fera fuir. Les expressions faciales sont propres et agréables à l’œil, les traits sont simples et jolis. Un dessin maîtrisé donc qui ne vous fera peut-être pas de “wouah” mais qui ne vous fera pas non plus avoir l’expression inverse !

 

Les Sorcières de la Fin du Monde est à n’en pas douter un bon manga qui présente, certes, de légers défauts mais surtout beaucoup de qualités ! Il est indéniable que la relation entre Mari et Alice est un énorme plus qui ne peut pas vous laisser indifférent. Les dessins sont beaux et vous permettent de correctement profiter de l’histoire en étant simple et direct. Le rythme est agréablement bien géré, j’ai fini le tome sans même m’en rendre compte tellement j’étais immergé dans le récit.

Si vous êtes friand de relations yuri sachez que pour le moment on reste sur du shôjo-aï pur et dur, donc on est sur de l’ambiguïté, du psychologique bien que très explicite. Pour les autres, à vous de voir si vous souhaitez vous laisser tenter, cela pourrait vous apporter un nouveau point de vue sur un genre auquel vous êtes moins familier.

H.

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