Akata,  Chroniques,  M-N-O,  Maisons d'Edition,  Manga

Our Love language

Être

malentendant, 

être

incompris,

être aimé

Our Love Language est un Boy’s Love (Yaoi) de Rin Teku. Il est édité depuis 2023 au Japon tandis qu’en France, ce sont les éditions Akata qui l’éditent depuis 2025. Nous devons la traduction à Blanche Delaborde.

 

Keito est atteint de surdité tandis que Fujinaga Aoi rêve de devenir acteur mais peine à se faire comprendre. Pourtant, de leur rencontre fortuite, va naître une complicité allant au-delà des mots et qui leur permettra d’étendre leurs horizons.

 

Our Love Language nous propose une romance poignante où la communication est le maître mot. Ce manga n’est pas qu’une simple histoire d’amour, c’est une ode à l’expression sous toutes ses formes. En effet, si l’œuvre va traiter de handicap avec un personnage atteint de surdité, l’auteur Rin Teku va explorer d’autres éléments qui compromettent la communication et la compréhension entre interlocuteurs.

La partie surdité est très bien traitée, passant par les différents points de vues, allant d’un point de vue extérieur qui ne remarque pas le handicap, qui évite le contact, à un point de vue qui s’y intéresse avec bienveillance comme avec maladresse, mais également un qui s’y investit réellement avec l’usage de la langue des signes. L’auteur n’oublie pas le point de vue de la personne concernée qui peut être un mélange d’acceptation et d’habitude, voire d’abandon. Toutefois, qu’importe le statut de base, il y a toujours ce petit plaisir lorsque les choses arrivent à être transmises comme souhaitées.

Ce sujet qui peut parfois être délicat à aborder est ici magnifiquement bien traité et surtout de manière plutôt complète et accessible. Le fait d’avoir un aperçu de la manière dont chacun réagit permet de comprendre les différents points de vues et d’avoir une vision d’ensemble du sujet. Je ne suis pas moi-même malentendant, je ne me permettrai donc pas d’en parler comme d’une vérité absolue, toutefois je trouve le sujet abordé de manière intelligente.

 

 

Il n’est cependant pas uniquement question de ça, mais bien d’une romance rondement ficelée. Une histoire d’amour qui se veut être naturelle puisque leur rencontre est en partie un hasard bien qu’ils soient dans la même université et leur rapprochement en est la suite logique. La communication est un point important du manga puisque Keito, par sa surdité, a évidemment eu un premier contact rempli de quiproquos avec Aoi qui a parfois autant de mal à comprendre les autres qu’à se faire comprendre. La communication ne passe pas uniquement par la parole et bien souvent, deux individus peuvent discuter sans réellement se comprendre. Aoi est ici le parfait exemple, il souhaite devenir acteur mais son jeu est incompris sans que lui-même ne sache pourquoi. Des reproches lui sont faits mais ces derniers ne l’aident pas à savoir ce qu’il doit changer. Keito quant à lui fait régulièrement face au problème de ne pas être compris par autrui et va toutefois apporter un regard neuf sur le jeu d’acteur d’Aoi, en offrant une vision unique qui va complètement changer son point de vue sur la question.

 

 

“Ça me fait plaisir si c’est le cas, j’ai envie de faire encore mieux la prochaine fois… pour arriver à exprimer tout ce que je veux.”

– Fujinaga Aoi.

 

L’auteur va au fil des chapitres mettre en avant ce point fatique, la communication présente différentes formes et les plus courantes ne sont pas toujours celles qui nous permettent de nous comprendre l’un l’autre.

De ce fait, nous évoquerons évidemment la langue des signes, qui n’est pas la même que l’internationale en explorant notamment les différentes manières que les japonais ont de signer, la Japanese Sign Language (JSL) ainsi que le japonais signé. L’autre façon de communiquer n’est pas si éloignée mais ne provient pas de la surdité puisqu’il s’agit des gestes de manières plus larges, avec notamment l’iconicité et pour ça, on va devoir parler plus en profondeur de Fujinaga Aoi.

Aoi souhaite devenir acteur et comme dit plus haut, sa manière de jouer ne passe certes pas inaperçue, mais le dessert car son jeu est bien souvent jugé trop extravagant. Il aurait probablement pu devenir rakugoka (forme de théâtre japonais, cf. nos chroniques sur Le Rakugo à la vie à la mort (chronique ici) ainsi que Akane Banashi (chronique ici)), toutefois il persiste à vouloir suivre la voie qui l’anime. Si je parle du rakugo ici, c’est car il s’exprime beaucoup par les gestes, réussissant à transmettre un message par son corps en plus de sa parole et ça, c’est quelque chose auquel notre cher Keito va être très sensible. Pour lui, son expression corporelle est d’une grande beauté, plutôt poétique même et c’est quelque chose qui va le toucher et qui va offrir une nouvelle vision de son jeu d’acteur à Aoi.

C’est vraiment par le prisme de la communication en dehors des mots que l’œuvre va tirer son épingle du jeu en proposant quelque chose de fort, de réconfortant et de beau. Leur relation va évoluer naturellement dans ce sens avec des hauts et des bas car les incompréhensions peuvent avoir lieu sous n’importe quelle forme. De ce fait, la lecture se veut fluide, nous avons constamment la sensation d’avancer, que ce soit dans leur relation, dans leurs aspirations, et lorsque l’on pourrait croire à un retour en arrière à cause d’un malentendu, cela ne dure pas et continue de faire progresser l’histoire. C’est un point que j’ai beaucoup aimé, nous sommes avec des adultes qui ont certes leurs doutes, leurs défauts mais ils font tout de même preuve de réflexion et d’une certaine “sagesse” profitant de leur jeunesse sans pour autant être complètement insouciants.

 

“Peut-être que j’ai trop peur de ne pas réussir à transmettre ce que je veux par mon jeu. J’ai beau faire, je n’arrive pas à changer ma manière de jouer. Je persiste à m’exprimer avec mon corps entier… Je m’en rends compte, pourtant, que c’est pas la peine d’en faire autant mais… je me dis “si quelqu’un dans le public ne peut pas entendre le dialogue, comment est-ce que je peux lui faire comprendre la scène ?” “

– Fujinaga Aoi.

 

Tout ceci est encore embelli par le trait de Rin Teku. Elle arrive à transmettre beaucoup d’émotions dans son dessin, les scènes où les personnages signent sont belles et j’ai beau ne pas avoir en parlé jusqu’ici, oui, ça vous rappellera A Sign of Affection (chronique ici), ce sont toutes les deux des œuvres magnifiques que ce soit en termes d’histoire que de dessin. Mais finalement, les plus belles scènes sont celles où Aoi nous montre l’étendue de son jeu d’acteur, les mises en scène sont absolument somptueuses et offrent ce petit effet “wouah” lorsqu’on les découvre.

De plus, nous avons le droit à un très beau chara-design qui a beaucoup de charme et qui nous propose une pléthore d’expressions faciales aussi mignonnes que drôles.

Petit mot également sur l’édition et le tome en lui-même, qui est un beau morceau, si vous l’avez croisé en librairie, c’est un beau bloc fort sympathique ! Quant aux couvertures, j’apprécie cette complicité que l’on retrouve sur chacun des tomes, ils ne sont pas en opposition mais bien en complément l’un de l’autre avec une évolution au fil du temps, c’est appréciable aussi bien pour le visuel que pour sa signification.

 

 

En conclusion, Our Love Language est sans aucun doute un immense coup de cœur, une romance MM (BL, yaoi) tendre, remplie d’émotions et de poésie que vous n’aurez pas envie de lâcher. Pour toutes les personnes ayant apprécié A Sign of Affection (chronique ici), ce titre ne fera absolument pas doublon, bien au contraire, Our Love Language apporte sa touche personnelle bien que le sujet initial soit le même. C’est une excellente lecture qui peut plaire à un public très large même si vous n’êtes pas habitué à lire du MM (boy’s love, Yaoi), le titre est soft mettant en avant la psychologie des personnages, leurs relations et émotions.

Je ne peux que vous conseiller cette lecture qui offre une bonne histoire, de bons personnages avec un dessin subtil et joli… une petite pépite à découvrir !

Si vous souhaitez vous procurer les tomes sur notre site internet c’est par ici !

H.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *