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Autour d’elles

Rien ne vaut 

son chez soi

Autour d’elles est un Josei de Shino Torino, publié au Japon en 2010 où il comporte 6 Tomes. En Octobre 2021 le dernier tome nous parvient chez Akata.

 

Après cinq ans de disparition inexpliquée, l’ancienne colocataire et amante de Maya refait surface, accompagnée d’un enfant. Il s’agit de son fils qu’elle a mise au monde et elle est à présent mère célibataire. Encore attachées l’une à l’autre, Michiru et Maya décident d’emménager ensemble en tant que simples colocataires. Commence alors une nouvelle vie en colocation entre Michiru, Maya et le petit Yûta, entre vie professionnelle, affective et éducation, le tout parsemé d’une part d’ombre.

 

Pour débuter cette critique, on peut dire que Autour d’elles nous propose un récit du quotidien qui aurait pu être simple et léger, mais qui est en vérité bien plus complexe et sombre que ça.

En effet, on ne se contente pas de suivre le quotidien joyeux de trois personnages, le tout saupoudré de romance et de bonne humeur. Il est au départ hors de question que les deux femmes se remettent ensemble et ils sont bien loin d’être seulement trois, Nico venant souvent s’incruster dans l’histoire. Mais la complexité du récit ne vient pas du nombre de personnages, mais bien de la relation passée de ceux-ci, mais également celle qui se développe dans le présent. On découvre alors des protagonistes bien plus torturés qui n’y paraissent, qui ne parviennent pas à oublier certaines choses et qui ont peur de se retrouver seuls, que tout recommence comme il y a cinq ans.

Et cette peur que ressentent les personnages crée une part d’ombre à l’histoire, accentuée par la disparition du père de Yûta qui est un lien macabre entre Yûta, Michiru, Nico et du coup indirectement de Maya aussi. J’ai trouvé ça vraiment intéressant tout au long du premier tome de commencer à voir les personnages se dévoiler, à montrer leurs faiblesses et la culpabilité qui les ronge et c’est vraiment ça qui rend ce titre palpitant.

En plus de nous proposer des personnages aux relations assez ambiguës, qui pourraient aussi bien finir en couple avec un homme, qu’une femme, l’auteur a trouvé le moyen de les relier aussi bien par une même peur, que par une même personne. J’ai dis que le père de Yûta créait un lien macabre entre tous les personnages, mais c’est en vérité Michiru le véritable lien puisqu’elle est la mère de Yûta, l’ancienne amante de Maya, mais qu’elle possède aussi une relation particulière avec Nico que je vous laisserais découvrir par vous même.

C’est ces liens entre les personnages et la relation qui va en découler qui va faire ressortir les souffrances passées, mais qui va également commencer à les soigner. Pour le moment dans le premier tome on n’est vraiment qu’aux prémices de ce soin et de cette relation, tout est encore embrumé et enveloppé d’un certain mystère, mais j’ai bon espoir que tout finira bien et que la disparition du père de Yûta, tout comme les démons passés seront vaincus.

 

Le lointain vacarme de la ville, semblable au bruit des vagues, nous a tous bercés…Et dans mon rêve, j’ai appris la formule magique à la petite Michiru. Claque trois fois des talons et pense très fort…Rien ne vaut son chez-soi

– Maya

 

En plus d’un scénario intéressant et bien plus sombre qu’il n’y paraît, l’auteur nous propose vraiment des personnages atypiques puisqu’ils sont plutôt réalistes et possèdent des caractères qu’on peut détester comme adorer, avec leurs petits défauts et leurs fragilités.

Par exemple, j’ai commencé par véritablement détester Michiru que je trouvais insupportable et irresponsable. Mais au fil du tome on se rend compte qu’elle porte en elle un fardeau bien plus sombre qu’elle ne peut le laisser paraître et j’ai hâte d’en apprendre plus sur sa disparition 5 ans auparavant et sur les raisons de celle-ci. On voit qu’en vérité c’est une jeune femme perdue, qui s’est retrouvée soudainement mère et qui a peur de ne plus avoir de chez elle. Si ses réactions peuvent souvent paraître gamines, on se rend compte qu’elle tient tout de même à son enfant même si elle n’est pas la mère parfaite et qu’elle fait beaucoup d’erreurs. C’est un peu la mère au bord de la rupture qui essaie de tenir bon malgré tout et qui a besoin d’aide pour s’en sortir avec son enfant.

Maya quant à elle, est un personnage responsable que j’apprécie, mais qui est capable de tout abandonner d’un coup et de se laisser submerger par les ténèbres. J’y reviendrai un peu après, mais je trouve vraiment intéressante la manière dont sont représentées ses pensées noires. Même si elle paraît plus adulte, elle semble prendre énormément sur elle afin d’aider Michiru et le petit Yûta, le tout parfois sans que cela ne lui soit vraiment profitable. J’ai souvent de la peine pour elle quand Michiru n’agit pas comme il faut en retour. En tout cas, si Michiru montre par ses gestes son mal être, nous lecteurs sommes les seuls à pouvoir vraiment nous rendre compte de celui de Maya tant il est enfoui en elle.

Enfin, Nico quant à lui est un peu le personnage qui apparaît comme un cheveux sur la soupe. On ne comprend pas trop au début d’où il sort, mais petit à petit on le découvre et on apprend à le supporter et même à l’apprécier. C’est un personnage qui se veut joyeux, mais qui en vérité cache une part d’ombre comme tous les autres et une blessure profonde qu’il a du mal à guérir. Au fond je me demande si ce n’est pas celui qui me fait le plus de peine, bien qu’il ne soit pas un personnage principal, et j’aimerais vraiment qu’il puisse se soigner et se sortir de ce faux rôle qu’il s’attribue.

Enfin, parlons un peu des dessins et de la mise en scène. Les dessins sont un peu particuliers, les chara-designs ont un style qui me rappelle parfois un peu des mangas comme En Proie au Silence. Ce n’est pas forcément le style de dessin que j’apprécie le plus et je trouve qu’il vieillit plutôt mal. Mis à part cela, pour ce qui est des décors il y en a peu mais c’est parce que la mise en scène est souvent particulière.

Cette mise en scène est d’ailleurs parfois plutôt impressionnante quand on a affaire aux démons intérieurs des personnages, que ce soit avec l’animation de la peluche pour Maya et cette noirceur qui représente ses peurs, ou encore la représentation d’une multitude de chemins sous forme de branches d’arbre pour Michiru et sa peur de ne plus savoir où aller.

Si vous avez du mal à comprendre ce que je dis, je vous conseille vraiment d’aller lire le premier tome, car cette mise en scène particulière nous plonge sincèrement dans une ambiance poignante et nous happe dans notre lecture.

Si le dessin n’a pas vraiment l’air d’être le fort de cette œuvre, on peut néanmoins dire que sa mise en scène particulière en est vraiment l’un des points forts et marquants.

 

En conclusion, Autour d’elles est véritablement une très belle découverte que je regrette d’avoir faite à la sortie de son dernier tome. C’est un titre qui met en place un relationnel omniprésent et poignant entre les personnages qui possèdent tous une part d’ombre qu’ils ont du mal à soigner. C’est également un manga qui nous représente les relations LGBT d’une autre manière, plus posée, moins dans la démonstration de l’acte, mais plus sous des sous-entendus et des ambiguïtés qui en font une vision plus réaliste de la relation des personnages. Car oui, les personnages sont vraiment réalistes dans leur manière d’être et dans leur caractère. Si vous raffolez des mangas qui mettent en avant le relationnel et des personnages torturés qu’on doit sonder pour comprendre, si vous aimez que chaque relation, chaque passé soit lié l’un à l’autre, ce manga est vraiment fait pour vous.

L.

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