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Kowloon Generic Romance

Amour et 

nostalgie

Kowloon Generic Romance est un Seinen de Mayuzuki Jun (connu chez nous pour son manga Après la pluie), publié au Japon depuis 2019 où il comporte 4 tomes en cours. Les éditions Kana nous font le plaisir de l’éditer à partir de fin Mai 2021.

 

Kujirai Reiko est une trentenaire qui travaille dans une agence immobilière de Kowloon à Hong-Kong. Dans cette ville aux airs parfois de bidonvilles empilés les uns sur les autres, le nombre d’habitants ne désemplit pas et son travail non plus. Avec son collègue Kudou Hajime, elle va devoir résoudre des problèmes de voisinage, tout en repeignant parfois les appartements délabrés afin de les vendre plus facilement. Mais de cette ville se dégage une certaine nostalgie entre ancienneté et modernité, et Kudou semble l’attirer de plus en plus. Kujirai est loin de se douter que ses sentiments pour lui vont vite progresser et que ceux qu’il a pour elle sont plus profonds que ce qu’elle pense.

Si je n’avais pas vraiment su apprécier son premier titre Après la pluie qui mettait en scène une lycéenne et un homme adulte (ce qui est clairement ce qui me dérangeait), je peux vous avouer dès le début de cette critique que je suis entièrement conquise par Kowloon Generic Romance qui est, je trouve, un titre plein de poésie et d’interprétations.

Ce titre est bon aussi bien par ses décors, sa mise en scène qui donne une ambiance particulière, son scénario, son mystère soigneusement mis en place que ses personnages.

En effet, on peut dire que l’auteur nous propose un scénario original, se déroulant dans une ville de Hong-Kong aux allures de bidonvilles à mi-chemin avec le cyberpunk. On y retrouve une sorte de dystopie, pour le moment pas très méchante, ou du moins pas encore assez détaillée dans ce sens pour se faire un véritable avis, contrairement à celle omniprésente de Harmony. On sait juste qu’une société riche a pris de l’ampleur et tente de construire une nouvelle Terre, le tout en visant sur des goodies dérivés mignons de masse afin de faire sa propagande. Cette propagande est d’ailleurs assez intéressante à suivre puisqu’elle est tantôt dissimulée dans les cases, apparaissant au loin à travers un écran, ou alors avec un objet, et tantôt clairement pointée du doigt par les personnages et notamment par Kudou. Il est assez captivant d’essayer de déceler toute cette propagande au fil du tome pour se rendre véritablement compte de la dystopie camouflée que nous présente ce titre.

En outre de nous proposer une histoire originale, se déroulant dans une ville étrange, l’auteur nous propose de suivre la vie quotidienne et sentimentale de deux agents immobiliers (métier rarement mis en avant dans un manga si ce n’est vite fait dans Sans expérience), et si cette relation semble rapidement se développer, un certain mystère l’entoure également. Et ce mystère ne fait qu’augmenter au fur et à mesure que vous progressez dans les chapitres, au fur et à mesure que Kujirai en apprend plus sur Kudou, sur son ancienne relation, et ce, jusqu’à atteindre un Climax à en perdre le souffle. Mayuzuki Jun est parvenu à me surprendre et à me captiver, par une relation qui s’emballe très vite et une révélation que je vous laisserais découvrir par vous-même. En tout cas, celle-ci vaut véritablement le coup et ne fait que rehausser le charme de ce manga déjà incroyable.

En plus d’un scénario original et d’un mystère mis en place autour d’une relation plutôt intéressante, l’ambiance qui se dégage dans ce manga et plus particulièrement de cette ville captive le lecteur. On pourrait interpréter cette ville comme un personnage à part entière, qui ne fait qu’évoluer avant de régresser à nouveau, dans un mouvement perpétuel, un peu comme si elle vivait. On nous la présente comme un endroit complexe, vivant, aux rues étroites et bondées, aux boutiques sans cesse changeantes, un peu comme les caprices et la complexité d’un corps humain.

Pour moi la nostalgie est pareille à l’amour. C’est la même chose pour tous les gens qui vivent ici. Ils sont tous amoureux de Kowloon! Ce quartier exerce sur eux une fascination nostalgique.

 – Kudou

Cette personnification de la ville est également très présente à travers le personnage de Kudou qui passe son temps à parler de la nostalgie que dégage cette ville, mais aussi des pointes de modernité qui apparaissent parfois et qui l’agacent.

Peut être que cela ne passionnera pas tout le monde mais moi je trouve vraiment captivant le fait qu’on puisse trouver différentes interprétations en lisant un manga, comme on lit un roman classique. J’en viens à me souvenir un peu de mes années d’études avec nostalgie et à apprécier la lecture sous un autre œil, et je pense que c’est ce qui m’a véritablement conquise dans ce titre, le fait que tout soit fait et mis en place pour que le lecteur puisse réfléchir et interpréter ce qu’il voit.

Pour continuer sur l’interprétation, je pense que la ville peut totalement être mise en relation avec le personnage de Kujirai Reiko qui est vraiment intéressante à étudier, et encore plus après avoir lu le premier tome. J’éviterais de trop pousser mon interprétation pour ne rien révéler, mais d’après moi on pourrait considérer la ville comme une image de Kujirai, de ses sentiments et de ses souvenirs changeants, notamment si on regarde ce personnage des yeux de Kudou. Lisez le premier tome et dites-moi si cela vous parait juste!

Parlons d’ailleurs un peu des personnages de manière plus concrète et non plus métaphorique. Si la ville peut être considérée comme un personnage, il y en a deux réels qui m’ont marqués, Kujirai et Kudou.

Kujirai est une trentenaire au visage impassible au début mais qui ne fait que changer et s’épanouir au fil de la lecture, progressant à une vitesse fulgurante. C’est un personnage vraiment intéressant qui ne met pas longtemps à s’avouer ses sentiments pour son collègue. C’est également une travailleuse qui aime être ponctuelle et qui semble s’intéresser aux pointes de modernités qui apparaissent dans Kowloon.

Kudou lui, est aussi trentenaire, c’est un homme qui est souvent en retard au boulot et qui se fait parfois passer pour malade pour sécher le travail et prendre des nouvelles des petits vieux du quartier. C’est un homme généreux malgré son air renfrogné, mais également incroyablement nostalgique. Il déteste les changements modernes de Kowloon et préfère se souvenir du passé. C’est d’ailleurs lui qui crée ce mystère dans le manga avec son ancienne connaissances qui a les mêmes goûts que Kujirai. Mis à part ça, sa manière d’être permet des pointes d’humour dans l’œuvre ce qui allège parfois l’ambiance sérieuse.

Parlons maintenant un peu des dessins mais aussi de la mise en scène de ce manga qui rend le tout si passionnant. L’auteur a un style bien à lui pour les chara-designs qui peuvent paraître un peu anciens à première vue mais qui rendent finalement plutôt bien, on s’y habitue vraiment rapidement.

La mise en scène est incroyable, alliant des pages aux décors si détaillés qu’on pourrait s’y croire. Rien n’est laissé au hasard et le tout crée une ambiance à la fois oppressante et dépaysante. Mayuzuki Jun est particulièrement doué pour prendre le temps de dessiner l’émotion qu’il veut retranscrire, à travers des scènes parfois sans paroles, mais d’un visuel très poétique qui nous happe dans son univers. Et les décors ne sont pas les seuls points détaillés présentés par le mangaka, on a également des vêtements toujours changeants qui sont plaisants à l’œil.

Franchement le dessin est parfait et mon seul regret est que Kana n’ait pas gardé la couverture japonaise qui était bien plus épurée et jolie à mon goût.

En conclusion, Kowloon Generic Romance est une réussite, aussi bien sur le plan scénaristique, que sur les personnages, l’ambiance ou encore le dessin et la mise en scène. C’est un titre d’une poésie incroyable où on pourrait faire un article entier et très complexe sur l’interprétation de la dystopie et la personnification de la ville. Le mystère qui se développe au fil du tome ne fait que rendre le manga plus intéressant et je ne peux que vous encourager à l’acheter pour vous faire votre propre interprétation, d’autant que cela semble complexifier certains personnages et ne les rend donc que plus passionnants. De plus, je suis curieuse personnellement de voir jusqu’où cette dystopie va se développer et à quel point l’auteur parviendra à maintenir son originalité qui en fait un titre unique.

L.

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