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L’île aux Escaliers

Les escaliers du

mystère, du songe et

du mensonge

L’île aux Escaliers est un Shônen écrit par Yutaka Kono, l’auteur du Light Novel d’origine, et illustré par Ai Uzuki. Publié au Japon en 2018, il se déroule sur trois tomes. En France, nous avons eu le premier volume en Juin 2021 par les éditions Delcourt Tonkam dans leur magnifique collection Moonlight.

 

Après de nombreux escaliers se trouvent une école, et encore plus haut, là où personne n’a jamais pu aller se trouverait vraisemblablement une sorcière. Si personne ne connaît la véracité de cette information, une chose est sûre, ceux qui vivent sur cette île ne savent pas comment ils sont arrivés. Ils ont été rejetés, et doivent désormais trouver ce qu’ils ont perdu afin de pouvoir sortir et retourner de là où ils viennent…

Ça annonce la couleur n’est-ce pas ? L’île aux Escaliers est enveloppé d’un voile mystérieux qui nous prend également sans que l’on puisse détourner le regard. Il n’y a quasiment pas de certitude sur cet endroit, sur comment ils arrivent ici, ce qu’il y a réellement en haut des escaliers, ce qu’il faut retrouver, pourquoi il est impossible de s’enfuir… Et ça, ce n’est qu’une partie du mystère ! Par ailleurs, personne ne sait non plus pourquoi ils sont ici, ils auraient été abandonnés mais personne n’a vraiment une idée là-dessus, notamment à cause du fait qu’ils perdent la mémoire des événements se passant avant leur arrivée sur l’île. En effet, ils peuvent perdre plusieurs mois de souvenirs, ce qui doit être assez déroutant.

Sur cette île aux escaliers il y a tout ce qu’il faut, de quoi se lotir, de quoi se nourrir, et surtout de quoi étudier via la grande école qui surplombe le village. On y retrouve même un taxi pour tous les “habitants” ainsi qu’une poste. La vie y est paisible, agréable, elle est comme un long fleuve tranquille… mais “ce sont les rives qui sont dangereuses” disait l’expression !

Il fait bon vivre sur l’île, c’est le constat que font les élèves, et en tant que lecteur, nous ne pouvons qu’acquiescer. Car oui, malgré toutes les étrangetés dont je vous ai parlé, cela semble couler de source, comme si tout était normal et que des personnes qui apparaissent et disparaissent soudainement d’une île coupée du monde avec un accès unilatéral pour les personnes voulant rentrer était une chose banale ! Ce petit air de The Truman Show (un excellent film un poil vieux mais qui n’a pas perdu de sa superbe) n’est vraiment pas pour me déplaire.

C’est impressionnant à quel point Yutaka Kono arrive à nous faire penser que ce n’est “rien” alors que littéralement, on parle d’enfants kidnappés et séquestrés sur une île où ils n’auraient d’autres choix que d’étudier et de travailler. Á force on finit même par se rapprocher d’un épisode de Black Mirror ! Et pourtant, on est à deux doigts de penser comme ces adolescents, que l’endroit n’est pas si mal et qu’il serait bon d’y continuer sa vie. Est-ce un effet de groupe, une sorte de lavage de cerveau, je ne sais pas, mais une chose est sûre, cela cache encore quelque chose !

Ce qui va bouleverser cette paisible île, c’est le personnage de Yû Manabe. Elle est tellement importante qu’elle est la seule à avoir son nom complet -à une autre exception mais chut- ! Et par-dessus tout, elle est une connaissance de Nanakusa, le personnage principal. BOUM.

Manabe possède un caractère bien différent des autres, elle n’est pas du genre à se laisser marcher dessus et elle a un sens de la justice, disons… très aiguisé. Elle ne va pas du tout apprécier le système de l’île et va chercher par tous les moyens possibles comment sortir d’ici. Elle est un peu comme Emma de The Promised Neverland, une fois qu’elle a une idée en tête, difficile de la résonner ! Et la comparaison n’est pas sortie de nulle part, puisque d’une certaine manière, leur sort est un peu le même, l’endroit où ils vivent est un mensonge, et leur destin ne leur appartient plus totalement…

 

“C’est souvent le soir que la solitude vient m’enserrer le cœur. Elle me prend par surprise, et ne me lâche pas avant des heures. Mais ça ne veut pas dire que je déteste cette île pour autant. Après tout, c’est comme si nous étions tous sur une sorte de paradis stagnant.”

– Nanakusa.

 

Outre cette atmosphère passionnante, les personnages participent grandement à l’intérêt du manga. Ils possèdent tous une particularité qui leur est propre et qui les rend uniques. L’une porte continuellement un masque, l’autre est d’une droiture digne des plus japonais, ou encore un qui ne peut s’empêcher d’incarner divers personnages. Ces spécificités permettent également de les identifier facilement tout en laissant des indices sur la raison pour laquelle ils sont ici et sur ce qu’ils ont “perdu”.

Qui plus est, ils sont pour la plupart très attachants ! Il n’y a pas de personnages que l’on déteste, et c’est agréable.

 

 

Nanakusa lui est plutôt du type renfermé, un peu absent qui ne se met pas en avant et par moment il revient par un charisme naturel au devant de la scène en proposant soit des idées un peu folles, soit au contraire en résonnant les autres afin de calmer le jeu et proposer quelque chose de plus terre à terre. C’est un protagoniste contrasté et passionnant à suivre.

Il fait une très bonne paire avec Yû Manabe qui est très énergique, impulsive et qui n’hésite pas à se mettre en danger s’il le faut. Pour elle, l’action passe avant la réflection mais elle ne perdra jamais le nord et suivra toujours la voie qu’elle trouvera juste. L’auteur, dans son postface, racontait que c’était le genre de personnage qui pouvait être détesté mais que grâce à Ai Uzuki, elle devrait finalement être plutôt appréciée. Et bien je confirme totalement, elle possède l’archétype du personnage un peu chiant, et pourtant, impossible de la trouver comme telle. Un tour de force remarquablement bien réussi !

Je pourrais aussi vous parler de Sasaoka, qui, bien que secondaire, est très intéressant et possède un temps d’apparition bien élevé ! Il est marrant, casse de temps à autre le quatrième mur, et il ajoute une note différente au manga, sa présence semble clairement indispensable surtout qu’il est le type de personnage auquel, finalement, on se rapproche le plus en tant que lecteur.

Tout ceci est accompagné par un bon relationnel entre les personnages. Leur relation est agréable à suivre et on sent une certaine unité entre eux étant donné qu’ils vivent tous la même chose. On ressent également une acceptation pour ce qui est question des choix de chacun, voire peut être une résignation dans certains cas. La seule vague à avoir fait surface est celle causée par Yû Manabe.

L’histoire est vraiment bonne,  les personnages aussi, et savez-vous ce qui sublime le tout ? Ai Uzuki et ses dessins ! Elle a parfaitement su adapter les idées de Yutaka Kono pour en faire quelque chose qui se marie à merveille au récit. Mais il ne faut pas non plus oublier Hagû Koshijima qui était responsable des chara-designs et qui a fait un travail formidable. Je suis clairement tombé sous le charme des designs des personnages et les émotions transmises par ces derniers sont une cerise sur le gâteau.

Et en parlant de gâteau, une des couches est composée d’une mise en scène aux petits oignons. L’ambiance y passe beaucoup par là et on peut dire que c’est une réussite.

Je souhaite également mentionner la couverture sous la jaquette qui est plutôt intéressante je trouve. Nous avons la face avant, assez claire avec deux personnages et derrière, c’est sombre, sans personnages, le contraste y est net et je trouvais ça sympathique, surtout après avoir lu le tome.

Vous l’aurez compris à mon emballement global, je suis fan. J’ai presque envie de dire, comme toujours avec la collection Moonlight, mais je n’y peux rien, c’est le genre de manga qui marche sur moi. C’est rempli d’émotion, c’est assez différent de ce qu’on a habituellement et c’est des séries courtes.

Il est clair que si vous aimez les œuvres mystérieuses, L’île aux Escaliers vous plaira, et si vous aimez le relationnel avec un côté psychologique, il vous plaira tout autant !

C’est un manga perturbant et fascinant à la fois, et qui plus est, vous ne vous ruinerez pas avec ces trois tomes terminés.

Au vu de ce donne le manga, une étape semble à faire sur le support d’origine ; le Light Novel ! Il est également dispo chez Delcourt Tonkam, et mériterait de s’y pencher. Et en parlant de support, une adaptation en film existe aussi pour les curieux et les intéressés.

Alors, L’île aux Escaliers, c’est validé !

H.

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