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Lonely World

Une enfant 

dans un monde 

vidé des 

Hommes

Lonely World est un Seinen de Iwatobineko publié au Japon depuis 2019 où il comporte pour le moment 3 tomes. Le tome 3 arrive chez nous aux éditions Ki-Oon en Mai 2022.

 

 

Shii, une petite fille, se réveille seule et se retrouve à errer dans une ville remplie de golems: des robots autonomes créés pour remplir toutes les fonctions nécessaires à la société. Cependant, elle ne trouve aucun être humain et des golems à tête de cônes la poursuivent. C’est alors qu’elle se réfugie dans un transport en commun et qu’elle va faire la rencontre de Bulb, un golem percevant les émotions et la protégeant du danger. Celui-ci la mènera à sa maison où elle fera la rencontre de Mui-Mui un autre golem qui lui, peut parler. Ainsi, elle se retrouvera à devenir la maîtresse de Bulb avec pour mission de découvrir qui elle est, pourquoi elle est amnésique et pourquoi elle est poursuivie par des golems à tête de cône.

 

Tout d’abord, on peut dire que l’histoire du golem et de l’enfant me fait immédiatement penser à Somali et l’esprit de la forêt, un autre manga assez contemplatif et dramatique qui s’est malheureusement vu annulé à cause de l’état de santé de son auteur. Au vu de la sortie proche des deux mangas j’ai eu très peur au début que l’un ne soit la copie conforme de l’autre. Heureusement, cela ne semble pas le cas. Ici le monde est rempli de golems, les Hommes ont disparu, mais c’était les deux seules espèces qu’on pouvait retrouver. Au fond on est dans un monde plus proche du nôtre et le but n’est pas du tout le même que pour Somali qui voulait retrouver des humains. Et puis vous allez voir que si la couverture peut rappeler Somali et l’esprit de la forêt, l’histoire est en vérité totalement différente.

On est, semble-t-il, dans une espèce de dystopie qui a très mal tourné. Le monde est vidé des humains, un peu comme dans Alma. On se doute du scénario catastrophe qui s’est produit. La création de golems a remplacé les emplois humains, ceux-ci se sont en partie appauvris, la création artificielle d’êtres humains à pris place sur les relations, les dérives illégales sur les golems ont probablement créées des monstres tueurs d’hommes, et la fin de l’humanité est arrivée, enfermant les golems dans un travail à la chaîne perpétuel. Si c’est vraiment ce qui s’est passé, l’auteur insiste alors sur le danger de trop se reposer sur la nouvelle technologie et l’automatisation de tout, pointant du doigt les dérives illégales qui peuvent en découler et la manière tragique dont tout ça peut se terminer.

 

Vous êtes la première humaine depuis 400 ans!

– Mui-Mui

 

Shii se retrouve à évoluer dans un monde où le mal a déjà été fait. Cela ajoute un côté dramatique puisqu’elle ne peut rien faire pour changer les choses, d’autant qu’elle reste une enfant qui ne comprend pas encore tout sur les golems, qui a pour le moment plus urgent à s’occuper entre les cônes qui la poursuivent, le besoin de s’adapter à sa nouvelle vie, les recherches de réponses à ses questions. Cela nous mène à un côté découverte et aventure qui me plaît énormément. Tout au long du tome on va commencer à s’habituer aux golems et à leurs fonctions, on va apprendre à les connaître tout en découvrant différents lieux, différents automatismes et si certains sont assez dramatiques comme avec le recyclage des golems ou le gaspillage alimentaire qui découle du circuit de production, d’autres nous émerveillent et nous donnent envie d’en apprendre plus.

En plus de ça, les moments de voyages et de découvertes sont ponctués de pas mal d’action, Shii étant poursuivie sans cesse et Bulb devant toujours se battre pour la protéger. Cela permet d’éviter la redondance et de créer un titre beaucoup plus dynamique et captivant.

Mais cette action sait laisser place à un côté plus mignon. Shii est une enfant amnésique. Elle ne se souvient pas de ses parents et commence à s’attacher aux golems, si bien qu’elle peut s’émouvoir lors de la perte de l’un d’entre eux, les considérant comme ses semblables, ne les traitant pas comme des robots. Elle en vient même à prendre Bulb pour un père et je suppose Mui-Mui pour un frère. Mais cet attachement peut être dangereux pour elle, la perte d’un des golems pourrait la détruire, et surtout faire confiance à des golems potentiellement dangereux suite à des modifications pourrait être mortel. On garde en tête que l’humanité a disparu et on a donc quelques réserves à propos de ce côté relationnel, surtout que certains golems semblent capables d’émotions, si certains sont attachants d’autres ressentent également de la jalousie, ce qui a peut être causé la perte de l’Homme.

D’autant que ce qui prône le plus dans toute cette histoire, c’est le côté mystérieux de l’univers dans lequel évolue Shii. On veut en apprendre plus sur la disparition des Hommes et j’espère qu’on aura un flashback l’expliquant. De même, le mystère est prolongé par le fait que Shii soit recherchée par les têtes de cônes. On ne comprend pas pourquoi c’est le cas et j’espère qu’on aura très vite la réponse à tout ça, surtout que ce point est accentué par l’amnésie de Shii.

On a alors un côté enquête qui se développe peu à peu avec la recherche de la vérité et des souvenirs de Shii et ce point rend vraiment le manga passionnant. On la voit suivre des indices, essayer de trouver des réponses, tout en s’adaptant à son nouvel univers et en apprenant les faits et gestes des golems.

Lonely World nous propose un univers très riche, mêlant plein de thèmes différents entre aventure, enquête, drame et action dans un monde de science-fiction où l’humanité s’est éteinte. C’est un manga bien plus passionnant qu’il n’y paraît au départ scénaristiquement parlant, et je suis bien curieuse de découvrir la suite et le fin mot de l’histoire.

 

En tout cas, ce qui ne manque pas d’originalité dans tout ça, ce sont les noms des personnages. Entre Bulb, Mui-Mui, Shii et Teefer, il y a de quoi rire et être marqué, ce n’est pas des noms que j’oublierais personnellement. Je me contenterai cependant de parler de notre trio, et vous laisserai découvrir Teefer par vous-même, celui-ci arrivant assez tard dans le tome.

Bulb est un golem supposément de surveillance. Sa fonction est de protéger et il a le moyen de ressentir les sentiments de son maître. Il sait se battre mais pas parler et ressemblerait presque à un père avec son côté protecteur. Je me demande si à l’avenir Shii le modifiera pour qu’il puisse parler. Si des fois ses choix semblent discutables, on voit qu’il fait tout pour son bonheur et on peut se demander s’il n’a pas développé une âme au fond de lui.

Mui-Mui me fait beaucoup rire avec son côté boîte de conserve blasée. Je m’attend à ce qu’il ait du répondant et pour le moment c’est un de mes personnages préférés. Surtout que lui peut parler et qu’on s’attache donc plus facilement à son personnage, et puis il est petit ce qui le rend mignon. Il sert un peu de compagnon explicatif à Shii, lui décrivant les endroits où ils vont et ce que sont certains mécanismes, même si cela est dit parfois de manière complexe.

Shii quant à elle est la seule humaine. C’est celle qui dégage la chaleur et l’amour dans le trio et qui donne l’impression d’une famille à eux trois. Elle est un peu naïve et profondément gentille si bien qu’elle devient émotive si un golem se blesse. C’est une jeune fille assez peureuse, et qui ne le serait pas en se réveillant dans un monde pareil, sans souvenirs. Elle est cependant forte puisqu’elle n’hésite pas à enquêter pour trouver la vérité, malgré sa peur et ses assaillants. C’est une bonne petite qui allège un peu l’ambiance de l’œuvre et la rend par moment plus douce et agréable à lire.

Pour ce qui est des dessins, je n’aime pas trop le charadesign de Shii, mais il faut avouer que les détails chez les golems sont impressionnants. Et pas que sur les golems d’ailleurs, on a régulièrement le droit à des décors incroyables, bien que parfois j’ai un sentiment de vide sur certaines planches. En tout cas on voit bien que tout est dessiné à la main par les traits parfois un peu irréguliers au niveau des bâtiments et le côté par moment plus crayonné des mouvements. La composition des planches, elle, est contemplative. On a peu de dialogues, si bien que ce tome épais se termine plutôt vite et s’observe plus qu’il ne se lit. Le contemplatif donne un côté plus poétique, agréable et entraînant.

Pour ce qui est de l’édition, la couverture est très colorée, détaillée et douce en main. Le lettrage est uniquement mis en avant avec un vernis mais ça suffit largement. Je trouve cependant le nom de l’auteur pas très lisible sur la face de la couverture. Le papier quant à lui est assez épais et heureusement car l’auteur semble beaucoup encrer ses cases.

 

En conclusion, Lonely World est une bonne surprise, présentant un monde où l’humanité à disparue, plein de mystères, d’action, d’aventures, de découvertes et d’émotions. C’est un titre riche qui nous fait voyager autant qu’il nous inquiète pour Shii. Notre trio de personnages est attachant et le côté relationnel avec les golems est vraiment intéressant. On a beaucoup de questions après notre lecture et j’espère que les prochains tomes nous apporteront plus de réponses. C’est un titre à lire si vous aimez la contemplation et la science-fiction, ou si vous avez apprécié Somali et l’esprit de la forêt et Alma. J’émet quand même quelques réserves sur la parution très lente au Japon et j’espère que l’auteur terminera son œuvre.

L.

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