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A Tail’s Tale

Une différence 

difficile à vivre

A Tail’s Tale  est un Seinen de Sahara Mizu publié au Japon depuis 2018 où il comporte 4 tomes au total. Il nous arrive en France en Août 2021 chez Noeve Grafx.

 

 

Hiyama Nachi est une collégienne membre du club de Softball où elle n’a jamais un rôle bien important. Elle est complexée par sa peau qui ne bronze pas et aimerait être comme les autres. Mais sa rencontre avec Utsumi va peu à peu lui faire oublier cette différence, tandis qu’elle apprend à connaître celle de ce garçon qu’elle trouve plutôt mignonne.

 

J’ai d’abord longuement hésité à me prendre ce manga à cause de sa couverture qui me paraissait des plus étrange. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir des collégiens enlacer un cochon et sans lire le synopsis, difficile de se faire une idée de ce que peut être l’histoire. En tout cas, il ne faut pas juger un livre à sa couverture et ici c’est bien vrai.

J’avoue qu’initialement je m’attendais à un manga vraiment étrange, qui nous aurait retourné le cerveau avec une histoire de cochon. Mais ce n’est pas du tout le cas. Vous retrouverez un soupçon de fantastique mais enveloppé d’énormément de réalisme. Je dirais en effet qu’il s’agit plutôt d’un manga relationnel, dénonçant la différence physique et les moqueries qui en découlent.

On peut effectivement voir dans ce titre que la différence physique n’est pas forcément bien vue, que ce soit chez les adultes ou chez les enfants. Nachi est la première à en faire les frais, les gens se moquant de sa peau pâle sans comprendre qu’elle ne peut pas bronzer. Mais celui qui subit une discrimination bien plus importante est Utsumi. À cause d’une différence physique minime que quasi personne ne peut remarquer, il est considéré comme dégoûtant et est obligé de déménager régulièrement à chaque fois que cela se sait. Ce point là nous révolte mais dénonce pourtant une dure réalité, surtout au japon. La différence et ce qu’on ne connaît pas, ce qui sort du moule est vu comme effrayant et dégoûtant. C’est un fait vrai et étudié, l’Homme a peur de ce qu’il ne connaît pas. Et la différence que possède Utsumi n’est malheureusement pas du tout fréquente et il en découle donc une haine de la part des enfants comme des adultes.

Mais ce que l’auteur nous montre aussi, c’est que la différence, aussi difficile à supporter soit-elle, peut permettre à des personnes de se rapprocher. Tout comme dans Blue Flag, des relations se tissent entre des êtres différents et tout comme dans Comme les autres, la différence les rapproche et ils se réconfortent mutuellement. La rencontre de Nachi et de Utsumi va permettre à l’un de mieux s’accepter comme il est, et à l’autre de s’opposer aux regards mauvais des autres, même si vous verrez, cela ne fonctionne pas toujours.

Ce manga, en plus de dénoncer les brimades données à cause des différences, nous propose une romance racontée par le couple lui-même. On le sait aux premières pages quand on voit Nachi en train d’accoucher. On se doute donc que le couple va vite se former, mais aussi que malgré les obstacles ils se retrouveront. Et heureusement qu’on sait qu’il y aura une fin heureuse, car notre petit cœur va être de plus en plus malmené à mesure qu’on va avancer dans le tome. On va être touché lorsque le couple va se former, émerveillé par cet amour mignon et innocent, et déchiré quand les obstacles vont commencer à se dresser. Je ne détaillerais rien de ce qui va se passer, mais j’ai vraiment été pris aux tripes et au cœur lors de la fin du tome grâce à la mise en scène et l’enchaînement des événements qui m’ont bouleversée. L’auteur a su créer une montée en climax assez impressionnante et qui nous arrive dessus comme un coup de massue et cela m’a vraiment donné envie d’en lire plus.

 

Je veux en savoir plus sur Utsumi. Plus que sur n’importe qui d’autre!

– Nachi

 

En plus de cela, l’auteur a su habilement jouer avec l’atmosphère de son tome. On ressent vraiment l’apaisement lorsque notre couple se forme et commence à vivre des moments mignons et heureux, mais également énormément de nervosité lorsque la différence éclate au grand jour et menace la douceur de notre duo. Enfin la fin du tome nous plonge dans une espèce de tension mêlée de tristesse et on en finit pantois, choqué par cette fin et ce changement si soudain qui s’opère notamment dans le personnage de Nachi.

On peut le dire clairement, A Tail’s Tale est un manga qui brille aussi bien par son scénario prenant, que par ses personnages marquants si différents et semblables à la fois. On peut en mettre plusieurs en relation bien qu’ils soient bien différents et c’est ce que je trouve le plus passionnant dans ce type de mangas relationnels, mettre côte à côte deux êtres totalement dissemblables et remarquer qu’ils se ressemblent plus que prévu.

On pourrait d’abord mettre en relation notre couple, Nachi et Utsumi. Ils se ressemblent énormément dans le sens où tous les deux vivent avec une différence dont ils peuvent subir des brimades et des moqueries. À la différence que Nachi semble le vivre moins violemment et paraît gagner confiance en elle grâce à Utsumi. Utsumi lui, subit cette différence de manière bien plus violente quand elle est découverte, au point qu’on le traite de monstre ou de dégoûtant. Et contrairement à Nachi qui semble prête à affronter sa différence et les autres, Utsumi est plus fuyard et ne parvient pas à être accepté comme il est. On pourrait également dire qu’ils sont différents dans leur manière d’être. Nachi est pétillante, garçon manqué, parfois un peu idiote et à côté Utsumi est plus calme, mignon et terre à terre. Ce sont deux personnages qui se ressemblent, qui sont faits l’un pour l’autre et qui pourtant possèdent des différences.

Il y a également une légère ressemblance entre la mère de Utsumi et Nachi. La mère est pétillante, un peu folle mais à cause d’une culture différente et elle semble profondément gentille. Nachi a aussi ce petit côté fou qui fait qu’on la trouve bizarre et elle est aussi pétillante et profondément gentille. On sait donc, par sa ressemblance avec la mère de Utsumi qu’elle est faite pour être avec lui. L’auteur pourrait également pointer du doigt la discrimination par rapport à la culture en nous présentant deux personnages aux caractères semblables, où l’une est acceptée car elle est de la région et où l’autre est traitée comme folle par sa différence culturelle.

Enfin, il y a deux derniers personnages qui peuvent être mis en relation. La sœur de Nachi est entrée dans une case de la société, elle semble très mature et avoir énormément de sagesse, elle conseille et rassure toujours. Le freeter du magasin de bronzage, quant à lui, est son total opposé, il est bronzé, semble un peu libre d’esprit et en dehors de la case de la société, et pourtant lui aussi est prêt à écouter et à conseiller. J’aimerais en voir un peu plus sur eux deux et je pense qu’ils pourraient faire un couple bien intéressant.

Enfin, j’aime beaucoup la manière de dessiner de l’auteur qui colle parfaitement à son titre. Les chara designs des personnages sont très différenciables et ce qui m’impressionne vraiment c’est l’émotion qui passe sur leur visage et qui nous rend empathique. Les décors sont assez effacés c’est vrai, mais la mise en scène donne des planches magnifiques qui vous prennent au tripes et vous bouleversent. La fin du tome le prouve d’autant plus avec des pages quasi sans dialogues et qui nous montrent une évolution surprenante et choquante qui nous brise le cœur et nous donne vraiment envie de lire la suite. Son dessin a quelque chose de poétique par moment qui nous emporte et on comprend immédiatement ce que l’auteur veut nous faire ressentir ce qui est un excellent point, et un énorme atout.

Le dessin de la couverture est certes bizarre, peut en interpeller plus d’un, donner ou non l’envie de lire le tome, et au fond il va plutôt bien avec le thème abordé et la peur de l’inconnu marquée qui y est détaillé. Cette couverture qui ne me donnait pas envie au début, me plaît finalement plutôt bien parce qu’elle rentre vraiment dans les thèmes abordés.

 

En conclusion, A Tail’s Tale est une excellente découverte que je conseille à tous ceux qui aiment lire des œuvres plutôt engagées contre les discriminations  faites aux différences physiques et culturelles. J’aime beaucoup le fait que la différence montrée ne soit pas un réel handicap, mais juste une petite différence qui ne change rien à la vie des autres et qui ne devrait rien changer de la vie de nos protagonistes. L’auteur a su créer un titre qui nous prend au tripes, nous déchire le cœur et nous révolte, tout en montrant du doigt un problème réel et inné chez l’Homme: La peur de l’inconnu.

C’est un manga où il ne faut pas se fier à la couverture qui peut paraître déconcertante au début, mais qui mène à une romance prenante, poignante, qui ne promet que du bon pour la suite des événements. On sera par contre loin des romances mignonnes et sans souffrance, ce qui amène un réalisme prenant à un récit par moment légèrement fantastique.

L.

Un commentaire

  • Kitano

    Ce manga me tente, surtout pour le sujet abordé.
    Au sujet de la mangaka, je reste sur ma faim, j’avais lu l’adaptation manga de « Voices of a distant star » mais les dessins m’avaient fortement déçus, je les trouvais trop clair, sans contraste mais là ça semble être totalement autre chose.

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