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Terrarium

Humanité

chimérique…

Terrarium est un Seinen écrit et dessiné par Yuna Hirasawa. Il fût édité entre 2018 et 2020 au Japon avec un total de quatre volumes. En France nous le voyons pour la première fois en 2021 aux éditions Glénat. Le dernier tome nous est tout juste parvenu en ce début de mois de Février 2022.

 

L’humanité a fondé l’arcologie qui devait lui permettre de subvenir à ses besoins en toute autonomie et sans dépendre de l’extérieur, mais le monde est désormais en ruine, le déclin semblant inévitable. Personne ne connaît réellement les raisons de cet effondrement, pour le découvrir, des technologues sont envoyés pour chercher des réponses et sauver l’humanité (rien que ça). Mais le voyage est éprouvant aussi bien physiquement que mentalement car sur les épaules de Chico et Pino, ne reposent pas seulement le poids de leur terrible mission…

 

C’est dans un champ de fleurs sous un large dôme que nous décrivons les deux protagonistes de l’histoire Chico et Pino. Le premier est un humain, quant au deuxième c’est un robot, nul doute là-dessus avec son apparence peu trompeuse. Malgré l’environnement somptueux, on remarque tout de même le côté post-apocalyptique qui ne fera que s’amplifier à mesure que l’on avance. On apprend également l’existence d’une grande guerre qui a eu lieu dans le passé mais cette dernière ne semble pas si éloignée que ça.

Avant d’aller plus loin, on va mettre au clair plusieurs choses sur l’univers de Terrarium. Tout d’abord, qu’est-ce que “l’arcologie” dont on va vous bassiner tout le tome ? La définition simple que l’on peut trouver c’est le mélange entre “l’architecture” et « l’écologie / la nature”, en gros pour notre époque, c’est les toits végétalisés que l’on peut voir -sans doute- dans des villes. Sauf qu’ici le concept est poussé plus loin avec, par ailleurs, un peu de détails dessus au milieu du tome. Ce qu’il faut savoir c’est que le but ici était de créer un espace autonome qui ne dépendrait pas de l’extérieur et qui se suffirait en terme d’énergie et de consommation. C’est imprécis, mais c’est l’important à savoir pour comprendre pourquoi l’arcologie est primordiale et pourquoi son effondrement peut causer la fin de l’humanité.

Ensuite, l’arcologie n’est pas la seule invention futuriste puisque les robots sont de la partie, on parle même d’une évolution telle qu’il n’est plus possible de faire la distinction entre humain et robot, cela est vrai physiquement pour certains mais surtout moralement. Dernièrement Alma chez Panini Manga utilisait aussi ce parallèle entre humain et robot mais aussi Lonely World, d’une manière un peu différente avec toutefois un duo similaire.

Bien d’autres éléments sont à savoir car l’univers est très complet mais c’est déjà bien, le reste vous allez pouvoir le découvrir en le lisant !

Le but de Chico et Pino est “simple”: identifier la cause de l’effondrement de l’arcologie et ainsi sauver ce monde en déclin. Chico est également motivée par un mystérieux message laissé par sa mère, on n’en sait guère plus mais cela suscite notre curiosité ce qui n’est pas sans rappeler Made in Abyss, la comparaison s’arrêtant ici.

Pour des raisons qui nous sont encore inconnues, nos deux protagonistes tentent de récupérer des noyaux appartenant à divers robots, des êtres encore actifs pour être plus précis. Cela peut sembler anodin mais n’oubliez pas, la frontière entre les robots et les humains n’existe plus complètement, de ce fait, leur devoir leur demande, d’une certaine façon, d’ôter des vies pour le bien commun. Si la quête peut être considérée comme noble, elle n’a rien d’évident surtout pour Chico qui, vous le verrez, éprouve à l’égard des autres beaucoup d’empathie et fait preuve d’une grande humanité. Entre sa conscience, sa mission, le poids des Hommes sur ses épaules, cela fait beaucoup à gérer pour une personne qui a plus de questions que de certitudes en son sein.

L’histoire se veut donc assez psychologique comme l’indique Yuna Hirasawa à la fin du volume. Beaucoup de questions existentielles se posent et l’on retrouve des interrogations légères sur la condition humaine, celle des robots, le lien entre les deux et ce genre de questions que l’on a dans des œuvres de SF tirant parti des androïdes ou se basant sur le cyberpunk. Donc rien de spécialement nouveau, il est vrai, cependant tout ceci colle bien à l’univers et cela ne sonne pas redondant au cours de ce premier tome. Qui plus est, l’héroïne semble plutôt jeune et au vu du monde qui l’entoure, cela est compréhensible.

 

Rongés par l’angoisse, la souffrance et l’adversité, ils n’ont pas pu s’empêcher de bâtir un lieu qui leur rappellerait ce qu’est un sourire…

 – Chico

 

Toutefois, le côté psychologique n’est pas simplement dû à ces questionnements, mais aussi grâce aux rencontres faites au cours de leur aventure. Ces dernières sont touchantes, impactantes en seulement quelques pages. On y éprouve nous-même une forte compassion à l’égard de robots programmés initialement dans le seul but de réaliser une tâche précise.

C’est beau, mais généralement triste, après tout, le déclin du monde est une dure réalité qui frappe sur plusieurs niveaux.

Et Chico y est confrontée de plein fouet. Elle paraît d’abord être une enfant presque gâtée, elle est capricieuse, parfois peu avenante, ne semble pas aimer les compromis. Mais en réalité, elle est très humaine et fait preuve d’une empathie sans égal qui peut entrer en conflit avec son devoir. Sa volonté et son entêtement sont certainement ses plus grandes forces pour tenir malgré les difficultés.

Surtout que Pino a tendance à agir comme le petit diable à son épaule. Je ne pense pas qu’il manque à proprement parler d’humanité bien qu’il soit un robot, mais plus qu’il possède une vision des choses très tranchée et qu’il fait preuve d’un grand franc parler. Ce qu’il pense il le dit et qu’importe que cela puisse sembler méchant. Cependant, il arrive parfois à se retenir lorsque cela va à l’encontre de Chico, après avoir déjà tenté de s’opposer à ses choix bien entendu.

Le duo se complète bien, il permet aussi bien de ne pas trop s’éparpiller mais de tout de même de créer des moments insolites, en dehors de la préoccupation d’une quelconque mission. Bien qu’en minorité, vous aurez même le droit à un peu d’humour !

Tout ceci est sublimé par les dessins qui passent merveilleusement bien. L’autrice nous propose à de nombreuses reprises de magnifiques planches bien détaillées. On peut dire que c’est à l’image de la couverture qui en mettait déjà plein la vue ! Par ailleurs, le tome commence avec quelques pages couleurs qui font vraiment plaisir.  Les décors sont réguliers et sympathiques, un bon point donc !

Pour le chara-design, on est par contre sur quelque chose de plus classique donc rien d’impressionnant de ce côté-ci mais il n’est pas moche pour autant et permet diverses bonnes expressions faciales pour notre héroïne. En ce qui concerne les machines, les designs sont variés, on peut avoir des choses plus habituelles comme inhabituelles ! Rien que dans le premier tome on y voit bien quatre robots totalement différents les uns des autres. En effet, selon leur fonction et leur époque, il y a bien des changements !

 

Terrarium est à la hauteur de ce que j’attendais pour ce premier tome, je n’ai pas encore eu l’occasion de lire les trois derniers volumes mais si je ne m’attend pas à quelque chose d’incroyable au niveau du récit, je pense tout de même qu’il restera une bonne lecture courte. L’univers a du potentiel, les mystères disséminés sont résolvables en quatre tomes et qui plus est les dessins sont beaux !

Si vous aimez le post-apo et que vous en avez déjà lu un certain nombre, ça ne sera peut être pas votre préféré mais il vous fera passer sans aucun doute un bon moment. Les personnages sont attachants, l’histoire possède des éléments intéressants, les dessins sont beaux, vous ne risquez pas grand chose en soi. Je pense qu’il faut simplement ne pas avoir d’attentes trop hautes pour un titre de cette taille mais si le genre vous plaît, je vous le conseille !

H.

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