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Don’t Call it Mystery

Dialogues en

huis clos

 

Don’t Call it Mystery est un Josei de Yumi Tamura, déjà connu chez nous pour ses mangas Basara et 7 Seeds. Don’t Call it Mystery est publié au Japon depuis 2017 où il comporte 10 tomes toujours en cours. En France le tome 3 est sorti aux éditions Noeve Grafx en Décembre 2021.

 

Totonô Kunô est un étudiant solitaire, ordinaire, qui ne souhaite qu’une vie tranquille et préparer de bons curry. Cependant un jour la police sonne chez lui et de fil en aiguille il se retrouve accusé du meurtre d’une de ses connaissances. Heureusement, grâce à ses incroyables capacités de déduction, il va chercher le moyen de se sortir de cette affaire et de l’élucider par la même occasion.

 

Don’t Call it Mystery est un manga qui peut en décontenancer plus d’un par la manière dont il est écrit et dont on avance dans l’histoire. En effet, les chapitres sont très longs et se passent en quelque sorte en Huis Clos, c’est-à-dire principalement dans un même endroit ce qui rappelle la manière dont se déroulent souvent les pièces de théâtre. C’est un procédé que je trouve vraiment intéressant, rarement vu dans un manga et qui doit être maîtrisé à la perfection pour emporter le lecteur.

Et c’est le cas ici. J’ai été emportée pendant les discussions de Totonô avec les autres protagonistes. Sa capacité de déduction est incroyable et donne parfois l’impression qu’il est omniscient si bien qu’on ne peut que le lire avec attention. D’autant que ses dialogues sont vraiment intéressants et montrent une grande capacité de réflexion qui nous fait réfléchir avec lui pour trouver des réponses peu à peu.

En plus de nous permettre de résoudre peu à peu l’enquête en cours, Totonô répond régulièrement à des questions existentielles, donnant un point de vue qui peut se voir juste la plupart du temps et on est rarement contre sa réponse. Certes, ce manga n’est quasiment fait que de dialogues, mais ceux-ci sont passionnants, très instructifs et parfaitement rythmés. On a régulièrement un élément plus léger voire amusant qui permet de se détendre un instant avant de reprendre la réflexion de plus belle.

 

“ Je n’ai jamais volé, jamais tué personne, je me retrouve bloqué ici, on me prend mes empreintes, je n’ai pas pu aller à mes rendez-vous chez le dentiste ni chez le coiffeur, et je ne peux plus prétendre à la mention très bien pour mon diplôme…Mais à part ça, un banal étudiant.”

– Totonô

 

En plus de ça, la manière d’approfondir les personnages est vraiment originale puisqu’on apprend à les connaître une fois en dialogue avec Totonô, et ce n’est pas eux qui commencent à raconter leur vie, c’est lui qui déduit des choses et qui va ensuite en profiter pour en apprendre plus sur d’autres personnages à qui il va parler ensuite.

Au fond, Totonô a un talent inné pour enquêter et ça se voit. C’est lui qui, peu à peu, trouve les réponses et guide les autres vers la vérité. Mais il a aussi un grand talent pour se mettre dans des situations embarrassantes, comme vous le verrez dans la deuxième partie du tome qui nous laisse d’ailleurs coi sur sa fin soudaine aux airs de cliffhanger. Quoi qu’il en soit, on a un personnage principal jeune, au look marquant, qui parle beaucoup mais qui est capable de trouver des réponses à des questions que des plus âgés se posent, et de résoudre des enquêtes de police sans avoir étudié pour.

En plus de ça, on a toujours l’impression qu’il mène la discussion où il veut et ça appuie bien le fait que ce manga entre dans les thèmes policier et enquête. Normalement je ne suis pas très fan de ce genre, mais la manière dont l’auteur l’amène par un personnage extérieur bavard, capable de manipuler une discussion à son avantage, et à la capacité de déduction incroyable m’a particulièrement plu.

Cette manière de parler énormément et calmement d’une situation critique, tout en développant peu à peu les personnages me rappelle des animes comme Ranpo Kitan: Game of Laplace et Kubikiri Cycle qui brillent aussi par leur originalité. Et j’aime vraiment ce développement des personnages et de l’histoire non pas par un enchaînement de scènes et de moments de vie, mais par une réflexion intense sur des faits et des questions existentielles.

Bien que le manga possède énormément de dialogues, la manière dont les avancements et le scénario sont amenés sont donc vraiment intéressants, et le personnage de Totonô permet un récit passionnant, original et prenant.

Il me sera difficile de parler en détails des personnages de cette histoire. J’ai déjà beaucoup parlé de Totonô tout au long de ma critique et c’est le seul personnage vraiment récurrent et intéressant. On pourrait bien sûr s’intéresser à Shô Kumada, un des protagonistes qui apparaît lors de la deuxième partie du tome. Il est plutôt obsessionnel et ça se voit. En effet, au fur et à mesure de la discussion avec Totonô il se rapproche de lui, s’intéresse à lui, et est même plutôt tactile. C’est à se demander s’il n’en tombe pas amoureux. Je le trouve d’ailleurs plutôt étrange et me dit qu’il y a peut être moyen de creuser et de découvrir des choses à son sujet et ce sera sûrement fait lors du second tome. Parmi ceux que l’on voit dans la seconde partie du tome c’est probablement celui qui m’intrigue le plus en tout cas et je trouve qu’il agit un peu comme Totonô mais avec un aspect peut être un peu plus fou (dû à son côté obsessionnel). Il me tarde d’en apprendre plus sur lui en tout cas.

 

 

Pour ce qui est du style de Yumi Tamura, je le trouve un peu vieilli malheureusement. On le voit notamment aux coupes et aux styles des personnages. Elle a en plus une manière de dessiner assez particulière avec des traits peu précis qui donnent des visages parfois un peu cabossés. Par contre je pense que ça colle plutôt bien au style du titre. Pour ce qui est des décors, je les trouve largement suffisants pour un huis clos et l’auteur travaille beaucoup sur ses trames.

La mise en page contient énormément de dialogues, et pourtant reste parfaitement lisible malgré des cases très resserrées. Il faut donc juste s’habituer au style particulier et ancien de l’auteur.

L’édition quant à elle possède un papier très fin et un format plutôt petit, se rapprochant des formats japonais. La couverture est la même qu’au Japon, cependant, un travail en plus a été effectué avec un effet relief spiralé agréable en main et joli à la vue. Noeve Grafx essaie vraiment d’innover en matière de couverture et ça fait vraiment plaisir.

En conclusion, Don’t Call it Mystery est un manga d’enquête particulier mais prenant avec un personnage principal charismatique malgré sa choucroute et qui semble manipuler l’art de la parole et de la déduction comme personne. C’est un titre qui décrit ses personnages d’une manière assez spéciale, le faisant à travers des dialogues plutôt qu’en montrant un flashback ou des scènes de vie quotidienne. Il se passe en huis clos, ce qui amplifie la pression de l’enquête bien que Totonô ait régulièrement des remarques amusantes avec ses interlocuteurs. J’ai parfois eu l’impression d’assister à une scène de théâtre, je trouve que ce titre s’y prête plutôt bien et j’aime beaucoup les questions qui y sont traitées et les réponses que peut donner notre personnage principal. La fin du tome se termine sur un suspense, ne pouvant que vous donner envie de lire la suite. Si vous aimez les enquêtes, ou avoir un personnage principal charismatique, intelligent et original, ce manga est fait pour vous.

 

L.

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