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Sex Education 120%

Le biscuit, la tasse et tout ce qui va avec…

 

Sex Education 120% est un Seinen écrit par Kikiki Tataki et dessiné par Hotomura. Publié initialement au Japon en 2020, il compte un total de 3 volumes. En France, le premier tome nous est parvenu en Septembre 2021 aux éditions Ototo dans leur collection Mues.

 

Le sexe est bien souvent un sujet traité de manière tabou bien que l’on peut en voir partout, dans les publicités, sur internet, dans les magazines et les livres. Le sujet est omniprésent mais manque pourtant parfois de présence dans un milieu ; le scolaire. Naoko Tsuji, professeure d’EPS en a bien conscience et souhaite mettre sa propre curiosité au service de ces jeunes lycéennes qui ne demandent qu’une chose, en savoir plus.

 

Dans ce lycée pour fille, l’éducation sexuelle se limite à un manuel mal fourni qui ne fait généralement que survoler la sexualité. C’est là que Naoko Tsuji intervient à l’encontre des directives afin de proposer aux élèves une véritable éducation sexuelle en limitant les tabous. Elle ne se cantonne pas à parler du pénis et plus globalement, elle ne se limite pas aux relations hétérosexuelles. Elle parle de sujets divers à la fois simples et primordiaux: la masturbation, les idées reçues, l’acceptation et la connaissance de soi et tout ce qui englobe de près comme de loin le sexe.

 

Kikiki Tataki réussit à merveille son pari de proposer un sujet sérieux avec humour et légèreté tout en abordant autour des thèmes plus durs comme la pression sociale. Et oui, la pression des autres, le regard des autres est un facteur important dans n’importe quel pays du monde, mais ce poids se ressent parfois de manière plus importante au Japon. Les publicités incessantes visant des complexes créés de toute pièce, le jugement des autres ainsi que leur parole cherchant toujours à pousser les personnes à faire ce que la société voudrait qu’elles fassent. Ce que vous retrouverez dans ce manga se croisera avec des éléments que vous avez pu entendre dans des vidéos youtube comme dans certaines de Tev et de Louis san par exemple. Mais ne vous y méprenez pas, ces sujets-là sont distillés de manière à paraître en arrière-plan, c’est une sorte de parenthèse car le but initial de l’œuvre reste de faire passer tous ces messages avec un ton humoristique. Le fond est sérieux mais pas la forme, c’est un point important à ne pas oublier. L’auteure parle dans le postface de la difficulté d’adapter le récit dans une forme humoristique tout en proposant un dessin “sain”. Il est clair que c’est un franc-succès malgré la tâche ardue que cela représentait !

 

« Décidément, tout le monde aime les anecdoctes sur le sexe.”

– Kashiwa

 

Je vous disais que des mentions à des sujets difficiles étaient présentes, je pourrais citer celui-ci par exemple : la pression sociétale imposée sur l’apparence des femmes. Mais ceci est à nuancer avec des sujets certes sérieux qui peuvent cependant être abordés de bien des manières, la masturbation par exemple ! C’est étonnamment addictif grâce à la mise en scène façon sketch.

Tout d’abord la mise en page est particulière, vous pouvez apercevoir un intitulé au dessus de beaucoup de pages, ce dernier apporte un nom sur le sujet qui sera traité juste en dessous comme si cela allait être un podcast. C’est un détail qui apporte son originalité et ajoute un plus au côté léger de la série.

Afin d’accentuer ça, un autre élément plus commun est utilisé, le manzai ! J’en ai parlé dans ma critique du LN de Durarara mais pour faire court, c’est un duo comique comportant le “boke”, le personnage un peu bébête, et le “tsukkomi”, le personnage sérieux qui remet “l’idiot” à sa place. C’est un peu ce qu’il se passe entre la professeure d’EPS Tsuji et l’infirmière Nakazawa. Cela détend l’atmosphère lorsque le sujet est évoqué pendant un certain temps ou lorsqu’il commence à aller plus/trop loin.

Et pour finir, un point montré dès le début et qui nous poursuit tout au long du tome rendant la chose drôle lorsqu’elle est sérieuse, c’est l’anecdote. Je m’explique, chacun des personnages possède une particularité, un goût, un hobby ou un fait sur elle qui la dissocie des autres personnages. C’est un moyen simple de montrer les différences sans les pointer du doigt, attention. Ce fait n’a pas pour but de définir la personne mais de créer d’innombrables situations tirant sur le comique. C’est étonnamment efficace et utile tout au long du tome.

 

« Ça me rassure tellement ! Par contre, ses baisers sentent la digue dentaire !”

– Hikari Moriya.

 

Naoko Tsuji possède une grande place dans l’œuvre. C’est elle qui amène la discussion et qui, par conséquent, provoque le comique. Cela est ensuite amplifié par les élèves jusqu’à l’apogée avec l’infirmière. Tsuji est une femme plutôt jeune qui possède un grand cœur mais surtout une immense curiosité en ce qui concerne la sexualité. Bien que cela puisse la mettre en défaut par moment, elle souhaite à tout prix partager ça avec ses élèves, non pas pour les pervertir mais simplement pour leur culture et pour qu’elles puissent aborder leur jeunesse bien plus simplement. Répondre à leurs interrogations sur le sexe, leur donner de quoi se protéger et finalement, de quoi profiter au mieux de cette période en limitant au maximum leurs inquétudes.

Nakazawa, elle, est plus standard disons. Elle est plus d’avis à suivre le manuel comme le demande les directives mais n’est pas toujours contre les interventions de Tsuji lorsqu’il est question de sujets plus sociétaux et non uniquement sexuels. Cela-dit, c’est majoritairement elle qui va couper la professeure d’EPS dans ses élans (le fameux manzai donc 😉 !). Elle va amener contre son gré d’autres éléments de comique dont je vous laisse le plaisir de découvrir !

S’ensuivent les trois autres personnages vraiment importants de ce premier tome, Shun Matsuda, Hikari Moriya et Kashiwa. Ce sont surtout elles qui possèdent un fait les différenciant. Leur singularité ne les rendent pas moins bienveillantes et fleurissent agréablement leurs discussions. Leur vision des choses diffèrent, ainsi que leurs besoins et envies, ceci créant un tout plaisant à lire car cela en devient enrichissant.

 

 

Pour ce qui est du dessin, c’est un style qui convient bien à ce genre de manga. Vous y retrouverez les traits fins sans trop de détails communs aux comédies, cela donne plus de place aux réactions des personnages qui sont immanquables.

L’autrice ne voulait pas que les personnages soient sexualisés, avec le travail réalisé avec Hotomura, c’est réussi, nous ne sommes pas sur un ecchi et si les femmes ont des formes, et bien cela ne va pas plus loin, ce n’est pas spécialement mis en valeur et même lors de scènes plus dénudées, l’accent n’est pas mis là-dessus mais sur un sujet plus profond, le tout, fait intelligemment.

Pour ce qui est de l’édition elle-même, Sex Education 120% possède un grand format semblable à ceux que l’on retrouve communément chez Meian par exemple. Ototo font le choix de ne pas apporter de synopsis (ce qui est rare mais préférable je trouve, je ne suis habituellement pas très fan des synopsis et je ne les lis généralement pas pour éviter de me faire spoil des éléments d’histoire). À la place, nous avons le droit à une planche en quatrième de couverture qui ressemble bien au manga ! Par ailleurs, le papier est de plutôt bonne qualité pour ceux qui veulent savoir.

 

En conclusion, Sex Education 120% est légèrement différent de ce à quoi je m’attendais, et de manière positive. Je m’étais basé inconsciemment sur Love Instruction, à tort. Le titre se veut très comique aussi mais aborde le sujet de manière plus concrète. Une véritable volonté de partager et d’apprendre des choses en ressortent. C’est traité de manière à répondre à “toutes” les sexualités, si ça ne rentre jamais dans des détails trop profonds, cela donne tout juste assez d’informations pour ne pas avoir la triste impression d’avoir survolé le sujet sans vraiment en avoir parlé. Que vous souhaitiez vous en servir pour vos propres questionnements ou que vous vouliez simplement vous détendre avec une comédie, ce manga est fait pour vous. Si habituellement vous lisez des comédies romantiques cela vous changera un petit peu mais sans vous perdre non plus !

H.

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