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Fenrir

À la conquête de la

planète

Fenrir est un Seinen de Chugaku Akamatsu au scénario, déjà connu pour Hidan no Aria, et Mioko Ohnishi au dessin. Il est publié au Japon depuis 2018 où il comporte bientôt 4 tomes. En France le tome 3 nous parvient dans la collection Sakka de Casterman en début d’année 2022.

 

Au XIIe Siècle, les clans Mongols se battent sans relâche pour protéger les leurs, s’entretuant les uns les autres afin d’obtenir plus de vivres et de terres dans les steppes. Temüjin est le second de son clan malgré sa petite taille et se bat pour la paix et la survie des siens. Mais un jour, alors qu’il part chercher de l’eau, il rencontre Fenrir, une entité tombée du ciel qui lui sauve la vie et le conseille en échange de sa liberté. Malheureusement, le clan Qiyat dont fait partie Temüjin n’est plus en sécurité face au clan Tayichiud et, se retrouvant projeté à la tête des siens, Temüjin doit à présent chercher des solutions et des alliés afin de mettre à bien ses rêves d’unification les plus fous face à des clans et des ennemis toujours plus virulents.

 

On peut dire que Fenrir m’a emmené de surprises en surprises. Le début du tome, plutôt calme, plaçant lentement l’univers dans lequel va évoluer notre personnage principal, m’a fait penser à Bride Stories et ses négociations entre clans pour la paix, mais avec un style graphique proche de Katanagatari. Je m’attendais donc à ce que le récit prenne son temps pour tout placer et soit très contemplatif (Oui je n’avais pas lu le synopsis avant j’aime bien être surprise et tout découvrir par moi-même). Cependant, ça n’a pas tout à fait été le cas, et c’est loin d’avoir été un mal d’ailleurs.

Après nous avoir habilement et rapidement présenté un univers qui semblait vaste et complexe avec des termes mongols pas toujours traduits et expliqués mais étonnamment plutôt compréhensibles, et des personnages qui m’ont l’air, ma foi, tous sympathiques, on comprend vite que Fenrir ne va pas simplement être une œuvre contemplative, mais également un récit possédant une pointe de fantastique. En effet, la découverte de Fenrir, un personnage haut en couleur dans la peau d’une femme, va totalement changer l’aspect réaliste du récit pour y incorporer un côté plus fantastique, donnant l’impression d’une déité supérieure. Fenrir vient initialement de la mythologie nordique et scandinave et se réfère au loup géant, élevé par les dieux mais qui, derrière sa loyauté et sa férocité, ne veut que la liberté. Cette rencontre avec Fenrir va signer la fin de la tradition et du côté réaliste du titre, pour pousser Temüjin à assumer ses rêves et à s’imposer comme chef de clan pour mener les siens. Il semble gagner en puissance après cette rencontre et paraît également réfléchir autrement, comme habité par une nouvelle quête et une ambition grandissante.

Si on aurait pu avoir peur que le côté fantastique casse un peu le récit du guerrier mongol, c’est tout sauf le cas en vérité. Il apporte bien plus de profondeur à l’œuvre lui permettant de se démarquer de ses collègues Vinland Saga et Kingdom qui relatent également les guerres et voyages d’autres contrées. D’ailleurs, l’aspect fantastique du titre nous permet d’introduire un thème plus mystérieux, que ce soit par la présence de Fenrir, que par les pouvoirs qu’elle semble conférer à Temüjin, ou encore par la toute autre partie du monde qui nous est présentée en fin de tome et qui promet une histoire bien plus palpitante et vaste que prévue. On se rend compte par le biais de tous ces mystères que Fenrir a un scénario plus gigantesque et riche que l’on peut le penser au départ et s’en est fascinant à suivre. C’est, d’après moi, un manga qui a le potentiel pour faire de nombreux tomes et qui n’est pour l’instant que dans les prémices de son histoire.

C’est également un titre qui vous emportera par son aspect nomade, aventure et voyage très prononcé, et par le fait qu’il s’emballe très vite, enchaînant les actions incroyables, bousculant la quiétude du clan, le détruisant et le poussant à se reconstruire autrement. C’est un manga qui évolue énormément rien qu’en un tome et qui nous propose de passer par toutes les émotions et toutes les phases possibles: du calme au combat, de la négociation à la détente, du rire à l’inquiétude. Fenrir est un titre qui ne vous laissera aucun répit mais qui vous empêchera de détacher vos yeux de lui du début à la fin de votre lecture malgré un tome plutôt imposant.

 

Le combat appelle le combat. Il doit bien être possible pour tous les clans de mener une vie paisible et heureuse dans les steppes…Mais j’ai beau y réfléchir, je ne vois pas comment.

– Temüjin

 

Fenrir, c’est également des personnages prenants, malgré des noms parfois compliqués à retenir et à écrire. Pour le moment on n’en détaille que peu, c’est pourquoi je me concentrerai sur Fenrir et Temüjin et vous laisserai découvrir les autres, même si j’aime beaucoup Qasar.

Temüjin est le premier fils de l’ancien chef du clan Qiyat. Cependant sa petite taille semble lui faire défaut face à son frère Behter et il se retrouve second du clan. Il semble s’en contenter même s’il paraît avoir des avis différents du chef. Heureusement pour lui et malheureusement à la fois, sa rencontre avec Fenrir va changer les choses et lui permettre de prendre de l’assurance quant à ses idéaux. Mais je trouve que c’est un personnage assez influençable. Il semble presque contrôlé par Fenrir et son envie de liberté. On peut au final se demander si ses objectifs sont bien le fruit de ses envies, où ceux dictés par Fenrir. Il n’empêche qu’il paraît plutôt bien s’adapter à son nouveau rôle et à ses potentiels pouvoirs qui semblent le rendre plus puissant mais aussi plus intelligent que les autres.

Fenrir quant à elle, ou à lui, je ne sais pas trop, est “celui qui fait trembler la terre”. Ce n’est clairement pas pour rien que le titre porte son nom car je pense qu’il est le véritable personnage principal de toute cette histoire et que Temüjin est plus une distraction, ou un pantin pour atteindre son objectif de liberté. Il paraît également un peu fou dans sa manière d’être, ainsi que vraiment mystérieux. Il me tarde d’en apprendre plus à son sujet car c’est un personnage qui ajoute un sacré piquant à l’œuvre.

Enfin, Fenrir est un titre avec un style graphique bien à lui, que je trouve vraiment beau, avec des chara designs très reconnaissables et des expressions bien marquées. Les planches sont parfaitement remplies, les combats sont clairs et prenants, l’encrage est juste magnifique, on a l’impression d’un trait calligraphié et ça semble d’ailleurs le cas pour les onomatopées. Le trait du dessinateur est vraiment impactant et génial à contempler, c’est un style qui change, qui est détaillé et qui ravît les yeux. Les planches possèdent énormément de cases assez larges, ce qui permet une grande liberté et beaucoup de détails dans les dessins, rendant les mises en scènes encore plus prenantes.

Pour ce qui est de l’édition de Casterman, comme la plupart des gens je suis déçue des couvertures françaises et je trouve que les japonaises étaient plus détaillées et représentaient bien mieux l’esprit du titre. Celle de Casterman est malheureusement assez vide, pâle en couleurs et ne se dénote pas des masses dans une collection. C’est une couverture vraiment simple qui risque de rebuter les gens plus que de leur donner envie d’acheter et je trouve ça bien dommage.

Pour ce qui est du papier, on voit parfois au travers à cause du côté très encré du titre, mais avec un tome aussi gros, difficile d’en prendre un plus épais. Je ne pense pas que les choix de l’éditeur aient tous été bons mais j’espère vraiment que les gens donneront quand même sa chance à Fenrir et que d’autres personnes plus influentes que nous en feront la publicité car c’est un titre qui vaut le coup.

 

En conclusion, Fenrir est une surprenante et excellente découverte, débutant sur un récit qui aurait pu sembler calme et traditionnel, pour nous mener sur une histoire plus fantastique, palpitante, remplie de combats, d’aventures et de mystères, qui ne nous laissent aucun repos. L’univers du titre est bien plus vaste que ce qu’il n’y paraît au premier abord et si vous avez aimé Vinland Saga et Kingdom, je pense que ce manga peut largement vous plaire, même si pour l’instant le côté stratégique est un peu absent. C’est une œuvre qui possède des personnages forts intéressants dont j’ai hâte de découvrir toutes les facettes. En plus de ça, si notre couverture française porte un peu préjudice au titre, le dessin à l’intérieur est en vérité sublime, que ce soit dans les scènes contemplatives que dans les combats, proposant de magnifiques planches qui vous raviront les yeux. Ne vous fiez pas à la couverture du livre et foncez, ce titre vaut vraiment le coup d’œil.

L.

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