Critiques,  J-K-L,  Ki-oon,  Maisons d'Edition,  Manga

Léviathan

Toute véritée n’est

pas à dire…


Tout bon secret

doit être gardé…

 

Léviathan est un Seinen de Shiro Kuroi. C’est une création originale qui nous est présentée par les éditions Ki-oon ! Actuellement, seule la version française existe et elle a commencé en Janvier 2022. Le deuxième tome quant à lui vient tout juste de sortir ! Ce manga a été traduit par : Alex Ponthaut.

 

Voici le lien du site de l’auteur où vous pouvez retrouver différentes œuvres, son activité étant plutôt variée : https://www.kuroishiro.com/ (il fait des illustrations magnifiques !)

 

/!\ Violence, folie… /!\

 

Dans un monde futuriste, les voyages scolaires peuvent se dérouler sur une autre planète, le bus devient alors un vaisseau spatial ! Génial hein ? Bon à deux trois détails près puisqu’il aurait fallu que le vaisseau reste intact pendant toute la durée du voyage…

Entre secrets et folie, jusqu’où peut s’enfoncer la noirceur de la nature humaine ? Leur vie ne tient plus qu’à un fil et personne ne garde fermement son destin en main, plus personne ne peut empêcher l’irréparable de se produire…

Shiro Kuroi nous plonge ainsi dans un univers sombre, effrayant, où les langues se lient et se délient au gré des aléas du vaisseau. Monsieur Senda, un des deux professeurs avec Mademoiselle Momose tente au départ de garder la situation sous contrôle. En effet, après un impact avec des objets d’origine inconnue, le vaisseau est grandement endommagé et M. Senda essaie de trouver une solution. Malheureusement, il se rend bien vite compte que la situation est encore plus désespérée qu’il ne l’imaginait. C’est à partir d’ici que le récit prend véritablement son envol. L’accident n’est qu’un moyen pour l’auteur de tester les limites psychologiques des personnages.

En présence d’une situation inédite avec un danger important et imminent, il est parfois difficile de savoir comment réagir. Dans ce cas précis, on parle tout de même d’un danger de mort en présence d’une classe de jeunes lycéens (certainement l’équivalent des secondes en France). Par ailleurs, lorsque l’on sait que sauver une tierce personne équivaut à se condamner soi-même, le choix est d’autant plus difficile. Il faut tout de même avoir de giga grosses c******* pour causer notre propre mort pour sauver quelqu’un qui n’est même pas un proche. Alors évidemment on va plutôt sauver notre peau, et comme à peu près tout le monde veut faire la même, le mieux, c’est d’avoir le contrôle. Et comme le savoir est une arme, celui qui sait, aura un avantage net sur les autres.

Deux personnes plus que quiconque vont comprendre ça et vont se mettre en tête de garder le plus possible le secret sur l’intégralité des événements. Cependant, ce n’est pas à la portée de tous de pouvoir garder un tel poids sur ses épaules, car si naturellement la majorité aura tendance à vouloir sauver sa propre vie, condamner celle des autres reste un choix très dur. C’est quelque chose que des pilleurs vont rapidement comprendre.

Oui, des pilleurs. En effet, Léviathan nous propose un double point de vue avec deux timelines différentes ! Vous commencez par des pilleurs qui voyagent à travers l’espace afin de chercher des épaves de vaisseaux et y dérober des objets de valeur. C’est une petite équipe de trois personnes dont l’un d’eux va trouver un journal appartenant à l’un des passagers. Ce journal a été écrit par l’un des lycéens, Kazuma Ichinose. Au fur et à mesure que le bandit lit le journal afin d’y récupérer des informations, l’histoire avance au travers des yeux des précédents passagers dont l’enfer est loin d’être terminé…

 

 

Comme le dit Shiro Kuroi, il n’est pas ici question de montrer de vulgaires bains de sang afin de ne proposer que du gore, non. Ici l’intérêt est de “profiter” des réactions des personnages. C’est pour nous et l’auteur une sorte d’expérience où un groupe d’individus est poussé dans ses derniers retranchements et où l’on souhaite voir jusqu’où ils seront capables d’aller. Certains restent dans le déni, d’autres sombrent dans la folie, certains deviennent des meurtriers prêts à tout pour leur survie, et d’autres souhaitent simplement assouvir leur vengeance avant un trépas assuré. Chaque individu réagit différemment et c’est le véritable enjeu de Léviathan.

Selon les gens, l’humain naît naturellement bon, pour d’autres naturellement mauvais, et pour le reste, il ne naît ni bon, ni mauvais. En tout cas, quelle que soit la vérité, il est clair que la nature humaine reste chaotique et que face à ce genre de situation, nul ne peut savoir comment il réagirait…

Je pense que Shiro Kuroi réussit à nous proposer un bon manga psychologique, un très bon même au vu de l’ambiance poignante. Certaines scènes sont un poil trop prévisibles mais ça n’empêche pas le nombre important de scènes marquantes, impressionnantes, voire choquantes par moment. Enfin, je dis ça, mais en réalité j’ai surtout trouvé que ça donnait lieu à de bien belles planches ! Suis-je fou ?

 

“Mon pauvre Kazuma… Tu débloques complètement !”

– Futaba Nikaido.

 

Et en parlant de folie, on a tout un passage sur ce point via le personnage de Kazuma Ichinose. Ce dernier connaît le secret et pourtant, pendant un temps il croit que tout est faux et qu’il est cinglé. Ce passage-là m’a rappelé le personnage de Nick Clark dans la première saison de Fear The Walking Dead. Cela a été intelligemment réalisé et cela a permis d’observer un point important de Léviathan, la folie.

On peut observer aussi bien dans l’œuvre que dans la réalité plusieurs formes de folie. Dans le cas ici, on va partager ça en deux. La folie qui a un impact pour soi-même, comme celle de Kazuma où il croit devenir fou et ne sait plus si ce qu’il a vu et entendu est vrai ou s’il a tout inventé. Puis… il y a la folie qui touche les autres, on parlera notamment de la folie meurtrière. Celle où l’Homme a perdu pied et devient violent avec les autres d’une manière ou d’une autre. Cette folie est presque comme une malédiction qui envahit l’espace et pousse les autres à se méfier de tout le monde. Elle se propage et les gagne tous un par un, les forçant à commettre d’horribles actes. Trahisons, mensonges, meurtres, tout s’enchaîne sans que rien ne puisse empêcher cette avalanche de prendre de l’ampleur.

Mais la folie peut se montrer de bien des manières. Parfois elle est presque imperceptible comme avec Futaba Nikaido, une fille d’apparence calme, plutôt du genre solitaire. Elle n’apprécie pas beaucoup les autres, ce qui n’est pas étonnant au vu du comportement de certains à son égard. Elle est un personnage en un sens vraiment puissant dans sa façon d’être. Elle rappellera peut-être à certains Nakamura Sawa dans Aku no Hana. Elle est dérangée et possède une aura vraiment particulière et dans le cas de Futaba, elle en devient même effrayante. Sa folie égale celle de Vaas de Far Cry 3 (je ne pouvais pas parler de folie sans le citer, désolé) ou même à L’École emportée !

C’est clairement mon personnage coup de cœur de ce manga. Quoi que… j’admets que j’ai également un petit faible pour le robot…

 

 

Maintenant que nous avons évoqué ceci, nous devrions nous attaquer aux dessins ! Et là, je pourrais utiliser un comme mille mots. C’est beau, c’est carrément superbe. Les décors sont sympas, j’ai pas souvent l’occasion de le dire mais là, Shiro Kuroi a fait un effort dessus, et ça se voit. C’est bien détaillé de manière générale mais ceci dit, certaines planches le sont énormément et sortent encore plus du lot, notamment lorsque l’on voit le vaisseau de l’extérieur ou certains lieux à l’intérieur…

Les personnages sont a priori faits à partir de modèles 3D, ça les rend plus réalistes et ça colle super bien au titre. Je ne suis généralement pas fan de ça, mais là, force est de constater qu’il ne s’est pas raté en utilisant cette technique. Ça rejoint par ailleurs les détails sur certains décors, sur les personnages c’est systématique. Ils possèdent tous beaucoup de détails et c’est assez impressionnant !

Je ne vous ai pas non plus parlé de l’encrage qui ajoute une note supplémentaire à l’ambiance qui était déjà oppressante.

Un petit mot également sur l’édition qui est toute jolie avec les tranches noires qui rendent super bien et les pages sont par ailleurs plutôt épaisses.

C’est sans dire que j’ai vraiment été conquis par Léviathan. Aussi bien par son univers qui m’a fait penser par moment à The Expanse, une série se passant également dans l’espace dont le vaisseau, le Canterbury, a subi un sort similaire avec potentiellement des causes semblables.

Sauf qu’ici, le but est bien différent, et cet effort de la part de Shiro Kuroi de garder son manga centré sur la psychologie est vraiment cool. Ce n’est pas toujours évident de maintenir le cap et pourtant l’auteur le fait pour notre plus grand plaisir.

J’ai l’air d’un sadique comme ça, mais quelle expérience que de voir ces personnages survivre dans de telles conditions ! C’est impressionnant et étrangement passionnant…

Le système de double point de vue et d’avancements parallèles sous deux timelines est vraiment chouette, ça donne une tournure originale et intéressante au récit.

Si vous aimez les œuvres se passant dans l’espace et que le côté psychologique vous intrigue, ne passez pas votre chemin, ça va vous plaire ! L’ambiance, les personnages, les dessins, tout y est ! On placera au minimum un Pegi 16 là-dessus au vu des scènes violentes !

 

H.

3 commentaires

  • Kitano

    Je viens de lire le tome 2, l’ambiance est encore plus oppressante et rappel forcément « battle royale » pour le jeu de massacre et d’alliance qui va suivre.
    J’espère qu’aucun des deux personnages principaux autant Futaba, qui est dérangée à souhaits, que ce pauvre Kazuma qui se fait manipuler comme un pantin par ce monstre.
    Certes, la survie l’emporte sur tout (les amitiés, les amours, la raison), mais Futaba me fait vraiment peur.

    Le tome 1 était déjà très sombre et annonçait que ça allait mal finir, et bien le tome 2 met directement le couteau dans la chair ! Pas de dentelle, ça va saigner.

    Petits reproches, autant dans le tome 1 que dans le 2, il y a des petites ficelles scénaristiques, mais bon, vu que c’est une série en 3 tomes on peut pardonner cela car il faut aller à l’essentiel.

    Graphiquement, c’est vraiment bien fait, c’est sale, dégoûtant, vide, rien ne respire la joie dans ce vaisseau.

    • Kitano

      Petite erreur dans mon commentaire, je suis allé trop vite :

      J’espère qu’aucun des deux personnages principaux autant Futaba, qui est dérangée à souhaits, que ce pauvre Kazuma qui se fait manipuler comme un pantin par ce monstre ; ne survivra, ils méritent d’y passer.

    • lepasseurlunaire

      Merci encore ^^

      Ça me rassure pour le deuxième tome et ça me donne encore plus envie de le lire ! J’ai adoré l’ambiance du premier et je suis ravie d’entendre que c’est aussi le cas sur le deuxième. J’avais peur qu’on perde un peu cet aspect là avec le passage en « battle royale ».

      Je suppose que nous avons tout les deux hâte de voir ce que donnera le troisième volume !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *