Critiques,  Glénat,  Maisons d'Edition,  Manga,  P-Q-R

Pour le Pire

Tissu de mensonges

et lune de sang…

Pour le pire est un Seinen écrit et dessiné par Taro Nogizaka. 4 volumes sont actuellement édités au Japon. La publication a commencé en Mars 2021 aux éditions Glénat et le deuxième tome vient tout juste de paraître.

Arata Natsume est un homme trentenaire employé au service d’aide sociale à l’enfance. Chaque jour il s’occupe à sa manière de dénicher les enfants en difficultés et de les aider, même si cela sort du cadre légal. Un jour il se retrouve face à un enfant du nom de Takuto qu’il avait auparavant aidé et qui est le fils d’une des victimes de la célèbre tueuse en série Bozo Shinagawa. Takuto quémande Natsume afin de l’aider à soutirer des informations à Shinagawa bien que cela sorte un peu de son rayon d’action.

Il accepte de la rencontrer au parloir mais il ne pensait pas une seconde qu’il allait devenir prisonnier de cette affaire, obligé d’aller loin, très loin pour découvrir la vérité…

Le speech initial a de quoi piquer notre curiosité, mais ce qui suit dépasse encore nos attentes.

Arata Natsume est un travailleur acharné qui ne se sent pas vraiment à sa place là où il est. Il est bien trop impliqué émotionnellement et cela le pousse à aller trop loin par rapport à la loi. Alors qu’il souhaite démissionner après avoir servi en quelque sorte de “kamikaze”, il se retrouve à parler à Takuto, jeune enfant d’une victime de meurtre en série. Ce dernier a établi un contact avec la célèbre criminelle mais doit désormais la rencontrer en personne, ce qui est bien évidemment impossible pour lui, d’autant plus qu’il a « emprunté » le nom de notre protagoniste. C’est donc lui qui va voir en personne Shinju Shinagawa, meurtrière psychopathe âgée de 21 ans.

 

 

Quelqu’un a dit que nous n’avions qu’une seule chance de faire une première bonne impression et dans la situation d’Arate, cela est d’autant plus vrai. Cependant, savoir comment se comporter avec une tueuse en série est digne des missions impossibles ! Pour ne pas manquer sa chance, il improvise une demande en mariage afin de retenir son attention. Mission complete ! Il est désormais piégé ! C’est un peu comme s’il avait ouvert malencontreusement la boîte de pandore au lieu de celle remplis de chocolats.

Le fil rouge est fixé et les rouages du destin sont en marche, – bonne chance soldat, vous partez en guerre !-  et pas n’importe quelle guerre. En effet, nous sommes plus sur une bataille psychologique entre deux manipulateurs. Pendant un instant j’ai cru revoir Light Yagami et L de Death Note en pleine discussion !

Arata Natsume cherche des informations pour le compte de Takuto, alors que Shinju tente d’utiliser tout ce qu’elle peut pour sortir de prison. Pour ce faire, notre protagoniste va continuer dans son sens en lui faisant miroiter un mariage qu’il ne souhaite en aucun cas. Par ailleurs, le décalage entre les paroles de Natsume et ses pensés rendent certains dialogues exquis. De parfaites contradictions parsemées de si bonnes manières qu’elles m’ont fait sourire plus d’une fois malgré l’ambiance pesante. N’oublions pas qu’il parle avec une tueuse en série qui découpait le corps de ses victimes !

Toutefois, il joue à un jeu délicat où il a plus à y perdre qu’à y gagner. Dans certains cas, la folie peut être contagieuse et Arata n’y est pas immunisé, à force de la côtoyer, son avis sur elle risque de changer, et ce pour le meilleur et pour le pire…

 

“Quand le temps est compté et qu’on ne peut attendre ni les flics, ni le feu vert du juge ou quand on sait qu’on a affaire à une vraie crevure qui maltraite ses gosses mais qu’on a les mains liées… Bref, quand il faut jouer des poings pour protéger un enfant. Moi, je suis votre Homme pour ce genre de mission kamikaze !”

– Arata Natsume

 

Du côté de Shinju Shinagawa, c’est assez différent et perturbant. Contrairement à notre personnage principal, nous n’avons pas ses pensées à elle, nous n’avons que ses paroles, probablement en grande partie mensongères et sa gestuelle plutôt sordide qui laisse place à des expressions faciales déroutantes. Elle arrive sans mal à percer à jour ses interlocuteurs et à s’en servir sans remords. Elle semble lire à travers eux et réussit à leur montrer ce qu’elle veut, comme un côté attendrissant et attachant par exemple. Elle fait preuve de beaucoup de subtilité contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, ce qui est pour le moins déconcertant. Il est quasiment sûr qu’elle est la criminelle en question et pourtant elle arrive à insérer le doute dans ceux avec qui elle converse.

À sa façon, Shinju est impressionnante, alors que tout l’accable on sent qu’elle est capable de renverser la situation, elle est insaisissable et chacune de ses interventions semble être calculée alors même qu’elles ont l’air des plus naturels.

Par sa mise en scène, ses personnages et ses dialogues, Pour le pire nous plonge dans une affaire prenante où le moindre détail peut avoir une grande importance. En seulement 1 tome, nous découvrons un univers unique qui nous coupe le souffle jusqu’à la fin de la lecture. Une fois le tome pris en main, impossible de le lâcher jusqu’à la dernière page.

Tout ceci est sublimé par le coup de crayon de Taro Nogizaka qui nous offre des planches épatantes où les personnages dégagent une aura forte et impactante. Même quand on pense avoir tout vu, de nouvelles planches se découvrent à nous, toutes plus travaillées les unes que les autres. Si se sont essentiellement les personnages qui sont mis en avant par le trait de l’auteur, nous avons tout de même le droit à certains décors travaillés, certes bien plus rares car une grande partie de l’histoire se déroule majoritairement dans des lieux clos. Ils sont jolis à l’œil et font plaisir quand ils sont là, je pense notamment à une double page sur la fin du tome 1 qui est vraiment agréable, sans doute la plus belle en termes de décors.

 

 

En fin de compte je crois que vous l’aurez compris, je suis tombé sous le charme de cette œuvre. La psychologie des personnages possède une grande place ici et cela amène à tout un tas de questions, que ce soit vis à vis de Shinju Shinagawa, de son avocat ou bien d’Arata Natsume mais aussi de son travail. On voit au départ qu’il a tendance à outrepasser ses fonctions pour tenter de faire ce qu’il croit juste, ce qui est discutable mais louable. En fin de compte chacun aura son avis sur la question et sur ce qui est bon ou non de faire.

En cherchant à aider un enfant en deuil, il commence à aider une tueuse en série, comment compte-t-il gérer la situation et surtout jusqu’où peut-il aller pour arriver à ses fins ? Est-ce qu’il va garder en tête ses priorités ou est-ce qu’elles vont finir par changer ? Beaucoup de questions que l’on peut se poser après ce premier tome et une seule hâte se fait sentir, celle de lire la suite !

Le titre ne plaira sans doute pas à tout le monde mais si vous aimez les histoires plus tournées sur la psychologie, cette œuvre a de quoi vous plaire ! Dans ce genre de registre vous pourrez aussi trouver votre compte avec des mangas comme Harmony qui lui se base sur une dystopie, ou bien encore Bâtard, sorti récemment chez Ki-oon qui relate la vie d’un adolescent dont le père est un tueur psychopathe.

H.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *