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Le Bateau de Thésée

Lorsque la folie

emportée par la

tempête déferle sur

un petit village…

Le Bateau de Thésée est un Seinen écrit et illustré par Toshiya Higashimoto. Disponible depuis 2017 au Japon avec un total de 10, c’est en 2019 que nous le voyons paraître chez les éditions Vega-Dupuis. Les 10 tomes sont sortis, le dernier venant tout juste de sortir début Novembre !

 

Bungo Sano est un ex-policier. À l’âge de 32 ans il est accusé d’un massacre réalisé dans une école où 21 personnes sont mortes dont des enfants. Plus de 28 ans après, il clame toujours son innocence bien que sa famille ne le soutienne plus depuis longtemps. Ces derniers ont énormément souffert de la situation et des répercussions qu’a eu la société sur eux. Le harcèlement et la discrimination fut monnaie courante les empêchant de se reconstruire.

Malgré ça, Shin Tamura, son fils qui a changé de nom, essaye tant bien que mal de refaire sa vie, et c’était presque chose faite: il avait une femme qui l’aimait sincérement même en connaissant son passé, il allait bientôt avoir un fils mais… Le destin en a voulu autrement, il a perdu ce qui lui était cher et l’affaire a ressurgi. Il décide donc d’aller dans ce village où le massacre a eu lieu lorsqu’un étrange phénomène l’embarque dans le passé, avant les tragiques événements qui ont  détruit leur vie.

 

“Le bateau de Thésée est le nom donné à un paradoxe. Pour perpétuer le souvenir de Thésée, leur héros, les Athéniens ont entretenu son bateau en remplaçant petit à petit ses planches usées par des neuves, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus une seule d’origine. D’où ce paradoxe… Peut-on dire que ce navire est resté le même ?” – Narration.

Vous l’aurez compris à cette phrase, qui est notamment la première que vous lirez en ouvrant ce tome, l’histoire se base sur ce paradoxe afin de vous transporter dans une enquête passionnante mêlant le passé et le futur.

Tout d’abord, l’auteur commence par vous exposer le triste présent de cette famille qui ne cesse de vivre dans la honte et la peur. Rejetés de -presque- tous, ils sont isolés, ne peuvent avoir de vie stable bien que la culpabilité de Bungo Sano n’a jamais été entièrement prouvée, le doute subsiste toujours et aux yeux des gens, il est le coupable. Il est bon de rappeler que la présomption de culpabilité a tendance à prévaloir au Japon, enfin là qui plus est, cela se situe dans un “passé d’autant plus vrai”. Il n’est donc pas étonnant de le voir considéré comme coupable dans ces circonstances.

Mais mener simplement une enquête et se battre des mois voire des années durant aurait été trop ennuyeux, à la place on nous invite à nous plonger dans le passé et à résoudre le mystère à mesure qu’il se construit. Autant la façon dont c’est fait c’est un peu du “tg c’est magique” autant la suite est vraiment passionnante !

 

 

En effet, ne cherchez pas d’explication sur le fait qu’il se retrouve dans le passé, je ne suis même pas sûr qu’il y en ai une, c’est plus un prétexte pour la suite qui s’avère radicalement différente.

Tout d’abord on va gérer plusieurs paradoxes, et oui, il a voyagé dans le temps et a rencontré sa famille alors qu’il est encore dans le ventre de ses parents, et plus encore, il aperçoit rapidement que ses actions peuvent réellement influencer le déroulement des événements. Pour ce faire, il va se baser sur les notes de sa femme qui avait fait des recherches sur l’incident, il est donc tout à fait au courant de quels drames se produit, avec qui et quand. Ceci va aussi bien lui donner un net avantage, qu’un problème dur à cacher, car à force de savoir tout ce qu’il va se passer il va attirer les regards suspicieux, surtout qu’une personne venant de Tokyo qui se perd dans un village reculé éveille déjà l’intérêt, alors le reste ne dessert pas sa cause non plus !

Bien évidemment il va suspecter son propre père au début bien qu’il aura rapidement des doutes. Effectivement des faits étranges vont se produire remettant sans cesse Bungo Sano dans la balance. Il ne faut pas oublier non plus que Shin, étrangé au village, devient lui-même un suspect pour d’autres et il n’est pas forcément aisé de se défendre en répondant “c’est pas moi je viens du futur, je suis pas né à votre époque”, c’est certes la vérité mais niveau crédibilité ça n’ira pas loin aux oreilles des villageois.

Et pourtant, on ne va pas tourner en rond sur ce principe là puisque l’histoire va décemment avancer nous procurant toujours plus de plaisir, de doutes et d’intrigues ! Le premier tome se finit sur un excellent cliffhanger qui nous met l’eau à la bouche !

Par ailleurs, Toshiya Higashimoto a eu la brillante idée d’ajouter de temps à autre, des notes de l’assassin qui ne sont connues que de nous bien entendu, et ce ne sont que quelques phrases mais cela donne une ambiance très sympa, enfin très glauque, mais j’adore ! Cela reflète bien la folie du meurtrier.

On va un peu tous apprendre à les connaître, voire pour certains, apprendre comment ils étaient avant. Le changement le plus drastique concerne la mère de Shin, on la voit mal en point mentalement au début du tome, on ressent que tout ceci l’a usé et qu’elle n’a plus pris de plaisir dans la vie alors la voir sourire de plein cœur ça fait du bien à Shin comme à nous !

On remarque d’ailleurs la joie de vivre au sein de cette famille malheureusement détruite dans l’autre réalité.

Bungo Sano paraît en tout cas bien loin des idées reçues, c’est un policier de village qui a l’air bien heureux avec un grand sourire sur les lèvres. Malgré les doutes, on a envie de croire à son innocence, et quand on le voit soulagé de voir que sa fille va bien après son accident domestique cela est touchant et l’on en vient à se demander, si c’est vraiment lui le coupable, comment aurait-t-il pu faire ça ? Il fait de son mieux, possède une grande famille, de bons enfants, une femme aimante, il a en soit une très bonne situation, mais comme on dit, on ne connait pas vraiment les autres…

 

“Laissez-moi me présenter ! Je m’appelle Bungo Sano mais tout le monde m’appelle “Bun” par ici… et je suis le policier du village !”

– Bungo Sano.

 

Pour l’instant on ne sait pas grand chose à propos du reste des villageois, cela va s’approfondir au fil des tomes, surtout qu’il s’agit d’un petit village donc là bas tout le monde se connaît ce qui nous laissera le temps d’en apprendre plus sur chacun.

Niveau dessin, l’auteur a un style bien à lui mais qui n’a rien qui pourrait déranger. C’est beau, simple, avec un jolie chara-design, je dirais que de ce côté-là, même s’il n’y a rien de transcendant c’est un sans faute. Les décors sont un peu simplistes, l’histoire se déroulant principalement dans un village enneigé, mais certaines planches sont plus détaillées et plutôt réalistes, rendant le tout agréable à la lecture.

 

En conclusion, Le Bateau de Thésée est une bonne œuvre qui porte sur une enquête mais de manière originale et prenante. Nous sommes rapidement plongés dedans et on n’a qu’une seule envie : y rester et découvrir la suite ! C’est un titre qui se base sur un concept simple mais qui a su enrichir son histoire et cela fonctionne très bien, ce premier tome n’est qu’une mise en bouche pour ce qui va suivre et le rythme est loin de décélérer !

H.

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