Critiques,  M-N-O,  Maisons d'Edition,  Manga,  Vega-Dupuis

Manchuria Opium Squad

La délivrance au prix de vies sans valeurs…

Manchuria Opium Squad est un Seinen écrit par Tsukasa Monma et illustré par Shikako. Publié initialement au Japon en 2020, c’est en Janvier 2022 que nous le voyons paraître en France. Ce sont les éditions Vega-Dupuis qui s’en occupent et le quatrième volume vient tout juste de nous parvenir !

Isamu Higata est un jeune homme de Mandchourie qui s’est retrouvé blessé au combat et en est ressorti invalide. Il travaille désormais dans les champs en subissant les abus de ses supérieurs, violents et cruels. Malheureusement, avec sa mère gravement malade, et sa jeune famille, il ne peut prétendre à la riposte et doit simplement encaisser tout ça dans l’espoir que cela s’arrange. Mais une découverte va tout changer pour lui et va lui permettre d’arpenter une autre voie, pas moins difficile cependant…

/!\ Drogue, violences, trash, sexe /!\

Manchuria Opium Squad a été à de nombreuses reprises encensé, que ce soit par la presse ou bien les lecteurs eux-mêmes. Comme souvent, lorsqu’il y a beaucoup de hype sur un titre, cela nous met dans deux camps, soit on se laisse porter et on a envie de le découvrir à notre tour en étant rempli d’attentes, soit cela nous braque et on devient sceptique.

Pour tout vous dire, je suis passé par les deux étapes mais je me suis finalement laissé porter, et cela s’est fait sans regret.

Manchuria Opium Squad est un manga plus ancré dans le réel, similaire à Jormungand par exemple. Et quand je parle de réel, ce n’est pas anodin puisque le contexte historique y est très important.

C’est l’heure du cours d’histoire du Passeur Lunaire !

La Mandchourie a été pendant de longues années divisée par la Russie et la Chine. La situation y est très compliquée et chacun souhaite s’emparer du territoire entier. Et oui, le gâteau est toujours plus apprécié au complet qu’à moitié. Mais en 1931, soit un siècle plus tard, c’est le Japon qui s’y mêle, enfin en réalité cela fait déjà un moment qu’il s’y intéresse mais c’est cette année-là qu’il décide d’envahir la Mandchourie et de créer le Mandchoukouo.

L’histoire de Manchuria Opium Squad se passe 6 ans plus tard, soit en 1937, vous comprenez alors dans quel contexte géopolitique se déroule le manga. C’est la me*** disons-le. Et c’est dans ce giga bordel qu’Isamu Higata va se faire un nom malgré lui…

Le cours est fini, on entre dans le vif du sujet !

Notre protagoniste se retrouve avec pas grand chose une fois revenu blessé de la guerre, car malgré le rôle important des agriculteurs, ils étaient très loin d’être respectés. Et comme souvent dans les endroits malfamés où les moyens se font quasi inexistants, les maladies se répandent comme une traînée de poudre. C’est le cas de la peste qui atteindra malheureusement sa mère. Un médicament existe bien mais il est bien trop coûteux pour une telle famille, une vie toute entière ne saurait suffire. Toutefois, dans ce genre de conditions, les maladies ne sont pas les seules choses qui se répandent facilement, la drogue y trouve aisément sa place… Et quoi de mieux qu’une terre agricole pour faire pousser discrètement des plantes bien pratiques, et plus précisément des fleurs de pavot…

 

“Il y a deux façons de gagner de l’argent ici. Vendre des enfants ou vendre de l’opium.”

– M. Jinnai

 

Et comme l’argent est le nerf de la guerre, vous comprendrez vite qu’il n’y a pas pour Isamu trente-six solutions. Vendons les organes de ses frères et sœurs !! Euh non pardon, ce serait malhonnête, alors, il va décider de profiter de ce joli petit champ qu’il a découvert pour fabriquer son propre opium et le vendre à une société secrète chinoise. Bon, soyons honnête, quand on sait la haine que se prennent les japonais à cause de leur invasion, ce n’est pas forcément la meilleure des idées… Coup de génie ou coup de pied dans la fourmilière ? Ça, je vous laisse le découvrir.

 

 

Isamu Higata est un bon garçon qui ne souhaite pas faire de mal. On le voit dès les premières pages, et cette bonté, c’est ce qui lui a coûté son œil. Il est indéniablement gentil, mais le tout est aussi entouré d’une bonne dose de naïveté. Sans doute à cause de son jeune âge, il se laisse avoir facilement, et il a beau voir le mal se propager tout autour de lui, il ne tombe pas directement dedans. Même lorsque sa vie est menacée, c’est d’abord à sa famille qu’il pense, il la met même bien avant lui.

Ce qui va le faire évoluer, c’est un personnage externe à la fois différent et similaire à lui, Lihua Yuesheng. Et ce personnage est important ! Elle va avoir beaucoup d’influence sur Isamu, en bonne comme en mauvaise pour le coup, mais ses rêves de grandeur et son charme certain vont avoir raison de lui (et puis bon, il a surtout besoin d’argent ne l’oublions pas).

Pour repartir sur un peu d’histoire, je n’ai pas trouvé mention de cette femme. Il faut savoir que si certains personnages sont tirés de personnes ayant réellement existées, certains ont été un peu modifiés pour le bien de l’histoire. Du Yuesheng par exemple à réellement existé…

Pour le moment, c’est le duo principal qui nous attire dans cet univers dangereux, mais d’autres personnages, dont des antagonistes piquent également notre curiosité et devraient se développer au fur et à mesure.

 

 

Mais actuellement, ce qui nous prend le plus aux tripes, ce sont les dessins ! Shikako est incroyable sur ce point. De la première à la dernière planche, les traits sont propres, parfaits, enivrants… La noirceur, la violence, la douleur, le charisme, le charme, tout y est. Et ce n’est pas la mise en scène qui viendrait contredire tout ça tant elle est percutante. L’aspect graphique est redoutable d’efficacité et on a rien à y redire, c’est puissant, tout simplement.

La détermination d’Isamu est limpide à nos yeux, le charme incontestable de Lihua n’est plus à démontrer après ce premier tome, et la folie des Hommes nous fait bien comprendre dans quel monde ils évoluent.

Alors, Manchuria Opium Squad, on le conseille ? Réponse du Passeur Lunaire : Oui.

Cela me manquait personnellement ce genre d’œuvre plus réaliste, façon Black Lagoon ou Jormungand. Ici, c’est en un sens encore mieux car c’est en partie basé sur des faits historiques ce qui implémente une notion toujours plus réelle à l’histoire.  Le manga est parfois comparé à Breaking Bad, c’est une bien belle comparaison je trouve, en un sens on se retrouve avec un duo comportant quelqu’un du milieu, et un autre qui semble ne plus rien avoir à perdre d’autre que sa famille. Mais pour être tout à fait honnête avec vous, bien que j’adore BB, pour le coup ma préférence ira à Manchuria Opium Squad dont le but est plus grand et spectaculaire. J’ai déjà hâte de savoir comment tout cela va continuer et se finir.

Si vous appréciez ce genre d’œuvres moins fantaisistes, c’est clairement un manga pour vous, à noter toutefois qu’il n’est pas classifié Seinen pour rien, et qu’entre les scènes de violence, de torture, de désespoir et tout ce qui va avec, ce n’est pas un manga à mettre entre toutes les mains.

H.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *