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L’Oxalis et l’Or

Aller de famine

en problèmes…

 

L’Oxalis et l’or est un Seinen du mangaka Eiichi Kitano. Au Japon, la publication a commencé en 2019 et compte actuellement 5 tomes toujours en cours. En France, c’est en Septembre 2020 que les éditions Glénat nous le proposent. Le quatrième volume venant tout juste de paraître en ce mois d’Août 2021.

 

Le nom de l’auteur peut vous parler puisqu’il a également écrit Karate Heat, une série courte qui a commencé sa publication chez nous en Juin 2021.

 

En 1849, l’Irlande connaît une grande période de famine. Celle-ci décime une partie de la population, réduisant certains survivants à survivre en fouillant les cadavres. C’est le cas pour Amelia et Connor qui ont tout perdu. Jusqu’au jour où ils retrouvent une chose, l’espoir. De l’or a été trouvé en Californie et c’est sans plus tarder que la fameuse ruée vers l’or se met en route. Il n’en faut pas plus à nos deux rescapés pour se plonger dedans et rêver de devenir riche, de sortir de la misère. Cependant, le voyage sera long, très long et semé d’embûches alors que le rêve Américain n’est pas toujours ce que l’on croit…

 

Eiichi Kitano aborde une période de l’histoire très intéressante mais assez peu traitée en manga, et encore c’est un euphémisme. Nous allons donc découvrir le fruit des recherches de cet auteur innovant.

On remarquera vite le contexte difficile dans lequel vivent Amelia O’Neal et Connor Bowen, les paysages autour d’eux sont vides et les seules habitations qu’il est possible de voir sont quasiment en ruine. Il n’y a rien pour faire rêver et les seuls échappatoires semblent plutôt indiquer la mort, ceci annonce la couleur. Les pommes de terres ne poussant plus, les agriculteurs ne peuvent subsister, la survie en devient terriblement éprouvante aussi bien physiquement, que mentalement.

Un homme tente de leur redonner courage, il s’agit d’Irel. Ce personnage, on va le voir assez peu finalement dans ce premier tome et pourtant il a un rôle déjà décisif. C’est un homme bon qui a tout fait pour les aider et qui les a finalement laissés rejoindre l’Amérique et les a même aidé à le faire ! J’ai eu un peu de peine à ce moment-là pour Irel qui s’était attaché à eux et notamment à Amelia pour certaines raisons (autre que le fait qu’elle soit le personnage principal hein) et pourtant ce n’était rien comparé à ce qui allait suivre…

 

 

Nous connaissons tous des voyages dans des animes ou des mangas qui se sont mal passés, ou en tout cas où il y a eu de fortes émotions. Et bien dans tous les cas, vous pourrez ajouter le nom de l’Oxalis et l’or. Ce jeune auteur sait rendre  les événements prenants en l’espace de quelques pages, et c’est ce qui va arriver durant le long voyage entre Cove (actuellement Cobh) et New York…

À l’époque, un tel voyage à travers l’Atlantique était toujours difficile, tant au niveau de la durée qui était d’environ six semaines que des conditions déplorables sur le bateau. Bien qu’en ayant conscience et connaissance de ce qui pouvait arriver sur les navires à cette période, j’étais loin d’imaginer que j’allais en ressortir bouleversé. Tout a été mis en place pour, aussi bien la mise en scène qui a été fabuleuse de bout en bout, que les personnages qui nous ont permis de plonger la tête la première dans le récit et de nous secouer au gré des flots tumultueux. Et tout ça passe par nos bien aimés Amelia et Connor mais pas que, ils feront aussi la rencontre d’un certain “Darragh Murray” qui possède une histoire à prendre aux tripes. Il en devient presque principal dans cette partie du manga et c’est lui qui va la rendre aussi palpitante. C’ est leur première véritable rencontre depuis Irel, et cela leur fait du bien, on s’en rend vite compte grâce au visage si expressif d’Amelia…

Darragh n’est évidemment pas seul sur ce bateau qui compte une pléthore d’Irlandais et qui permet d’accentuer le côté difficile du voyage. Déjà avec le nombre, les lits manquent et ils doivent se les partager, et ça ce n’est que le moins horrible. Ce qui rend le voyage plus éprouvant pour l’équipage, c’est de voir les visages autour de soi changer, fatiguer… En effet, il n’est pas rare dans ce genre de voyage qu’il n’y ait pas le même nombre de personnes au départ et à l’arrivée. La plupart du temps, des maladies en sont la cause, c’est certainement le plus dangereux.

Mais, notre chère Amelia a le cœur sur la main et ne supporte pas ce triste spectacle et aide les passagers comme elle le peut, elle est aux petits soins avec eux  avec le soutien de son serviteur Connor. Même Darragh qui était pourtant du genre à rechigner, se met à les aider. Comme on dit, il vaut mieux prévenir que guérir ! Et on sait très bien que l’hygiène est une grande cause de problèmes, ils décident donc de tenter de remédier un maximum à ça en faisant le ménage par exemple, ce qui permet une plus grande cohésion de groupe plutôt que de rester seul dans un coin en espérant faire partie des survivants. Si la scène est digne d’un épisode de Shingeki no Kyojin avec Levi aux commandes, ce n’est qu’une petite partie des aventures de notre duo, bien des choses sont à voir sur ce bateau qui est censé les amener à leur future gloire….

 

 

“Nous devons devenir riches ! Tellement que nous ne connaîtrons plus ni la faim, ni la maladie et que nos enfants et nos petits-enfants seront pour toujours à l’abri du besoin !”

– Amelia

 

 

Ce qui rend toutes ces aventures aussi extraordinaires alors qu’elles sont initialement “banales” pour l’époque, c’est le talent de l’auteur pour écrire de bons personnages, en commençant par Amelia O’Neal, jeune femme qui a son âge à déjà connu un petit enfer où toute sa famille à dépérit à ses côtés. Les seules choses qui lui restent sont son serviteur Connor et le rêve et l’espoir de devenir riche en Californie grâce à l’or. C’est bien peu et fragile et pourtant elle va y placer toutes ses espérances. On pourrait y voir une certaine insouciance mais au vu de sa situation où elle n’a plus rien à perdre, elle préfère parier sur ce voyage qui est si incertain mais qui paraît à ses yeux être la meilleure solution. Outre le courage de quitter ses terres natales, elle est forte au quotidien, elle tente de paraître inébranlable à l’extérieur même si cela va mal et va avoir plutôt tendance à s’occuper d’autrui avant d’elle-même , sans non plus tomber dans la naïveté. Elle rejoint aisément les personnages de mangas forts psychologiquement et ce grâce à son mental solide et à son caractère.

Quant à Connor Bowen, il n’est pas en reste non plus. Il est plutôt du genre silencieux mais il suit sans rechigner Amelia et lui apporte son soutien à sa manière. Amelia n’attend pas de lui qu’il soit une nounou et ça, il l’a très bien compris. Il en ressort de ça une amitié particulière mais pérenne, qui ne vacille pas. C’est beau de voir la confiance qui règne entre les deux au vu de la situation si dure, Amelia ne le considère pas comme une sous personne qui lui serait utile et Connor pense de même en ne la considérant pas comme un simple “employeur”, il garde ce côté : je sers ma maîtresse, mais pas de manière négative. Il est très content de pouvoir continuer de s’occuper d’elle et ne compte pas survivre sans elle. Il est le plus fidèle allié d’Amelia et c’est beau.

Malgré le fait qu’il ait un peu un air de Hodor de Game of Thrones, il sait réfléchir par lui-même et prendre l’initiative si celle-ci sert dame Amelia. De ce fait, on s’attache facilement à lui en le voyant faire son possible pour elle.

Et ce n’est que le duo principal, il y aurait bien d’autres choses à dire sur des personnages que nous voyons qui, même en étant secondaires, sont traités avec beaucoup de soin et de détails. Tous ont une histoire à raconter.

 

 

Cette histoire passe également par les dessins qui sont très efficaces. Beaucoup de choses passent par le regard, je pense surtout à celui de notre protagoniste qui est vraiment riche. On pourrait raconter un paquet de faits à son sujet rien qu’avec ses yeux comme fil rouge. Cependant, cela ne s’arrête pas là. Le chara-design complet retranscrit à merveille l’espoir, le désespoir, la pauvreté et la richesse, on se sent rapidement dedans grâce à ça et c’est sans compter les décors ! Ces derniers sont suffisamment présents à mon goût et nous permettent de situer facilement l’action et de nous montrer la dureté de leur survie. Bien évidemment tout n’est pas non plus parfait mais j’accroche vraiment à son style !

En conclusion, c’est pour moi une petite pépite d’or à suivre car elle pourra mener à un grand trésor ! L’auteur avait commencé avec une petite série qui, malgré le potentiel, n’était pas allée suffisamment loin dans ses idées, ici ça rattrape le coche. L’histoire est plus longue et permet à Eiichi Kitano de s’en donner à cœur joie pour déployer son imagination et nous faire voyager ! Je ne serai pas surpris de le revoir dans le futur avec d’autres séries intéressantes, en tout cas je l’espère.

On peut également parler de ce manga en faisant un parallèle à Green Blood qui relate un rêve américain qui tourne au cauchemar, on est dans un cas de figure pas si éloigné finalement…

Dans tous les cas, ce premier tome nous offre à lui seul un lot d’émotions et sa fin en est son paroxysme. Vous n’aurez alors plus qu’une envie, voir comment ils vont se défaire du pétrin dans lequel ils se sont accidentellement fourrés.

H.

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