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Ayako, l’enfant de la nuit

La fin justifie

 

les moyens…

 

Ayako, l’enfant de la nuit est un Seinen et une réinterprétation de Kubu Kurin d’après l’œuvre originale d’Osamu Tezuka. Sorti initialement en 2018 au Japon, c’est en Février 2021 que la version française voit le jour sous l’éditeur Delcourt Tonkam. La série sera composée d’un total de 3 tomes.

 

 

⚠ Petit disclaimer, cette œuvre possède plusieurs scènes à caractère érotique  ⚠

 

Tokyo grandit de jour en jour et désormais dans les projets du “Grand Tokyo”, des routes en lignes pour rallier des petites villes isolées à la capitale doivent voir le jour. Parmi ces voies souhaitées, l’une demanderait d’acquérir des terres des Tengé, les plus grands propriétaires terriens de Yodoyama.

Mais alors, au même moment, Jin le fils cadet décide de revenir après sept années d’absence et il découvre à quel point la situation a empiré. Entre naissance dû à de l’inceste, des accords passés aux termes affreux et la maltraitance envers certains, si on ajoute à cela, le fait que tout le monde semble accepter ce qui se passe, cela en est trop pour Jin qui va tant bien que mal essayer de régler la déviance de sa famille, tout en continuant à côté son travail quelque peu particulier…

Le synopsis peut vous faire dire : “ouah c’est un bordel ça” et en soit, difficile de le nier. On découvre en même temps que Jin l’horreur de la situation et notamment du paternel, Gôki qui est certainement l’un des pires. Cette famille semble détruite dans le fond, quasiment plus rien ne les lie en dehors de la saleté commune qui émane de leurs arrangements et de leurs non-dits. Parfois en lisant Ayako, j’ai eu l’impression de me replonger dans Called Game où tout le monde se joue de tout le monde et où plus rien n’a d’importance en dehors de sa personne et de sa réussite. Le pire, c’est que cela ne se joue pas qu’entre adultes, des adolescents y sont mêlés et même des enfants, je pense notamment à Ayako, petite fille de sept ans née de l’inceste qui se retrouve en plus à être aggréssée par le fils aîné, Kazuma.

 

 

“Leurs tronches me donnent envie de vomir, aussi bien mon père que mon frère… Rien ne changera donc jamais, ici… Tout le monde est fou dans cette famille…”

– Jin

 

 

La fin justifie les moyens, cette phrase colle parfaitement à ce premier tome, à tel point que cela fait froid dans le dos quand on repense à ce que les personnages sont capables de faire et de penser pour leur propre intérêt. Tout est monnayable ici, qu’il s’agisse de terres, de corps ou de silence, qu’importe les conséquences, personne ne perd le nord sur ses objectifs. Certains visent l’héritage, d’autres simplement  de s’en aller (en étant bien confortable niveau argent évidemment) et d’autres ont des objectifs encore flous mais nul doute qu’ils y trouveront un intérêt à leurs actes.

Cela dit, cela ne concerne pas que la famille Tengé et ses proches. Il y a d’autres affaires en parallèle plus ou moins liées à eux, mais qui sont en tout cas fortement liées à Jin et à son employeur.

C’est grâce à ceci que l’histoire prend deux chemins, celui où l’on s’intéresse principalement à la famille Tengé et ses dérives où cette partie se concentre sur les relations de chacun et leurs objectifs.

Dans un second temps, on va plutôt parler des terrains dont ont besoin certains politiques afin de créer les grandes voies qui relieront Tokyo aux régions plus lointaines. Il est toujours question de l’influence des Tengé mais bien moins de leurs pratiques douteuses. En effet, on va plutôt se concentrer sur Kurenari Kinjô, le fameux employeur de Jin, mais aussi sur un aspect bien plus politique avec des éléments externes comme Tadashi Eno qui est une gêne aux projets de développement de Tokyo. Mais vous allez voir que tout cela va être étroitement lié aux Tengé et surtout à certains des leurs membres dont Jin et Nanako, une des sœurs.

Sur ce point l’histoire est très bien ficelée, tout ce que vous verrez est digne d’intérêt et chaque petites actions peuvent avoir des conséquences futures, cela créer un enchevêtrement très plaisant au fil des chapitres, en voyant divers éléments se recroiser, une toile se tisse peu à peu…

 

 

Pour ce qui est des personnages, vous serez servi, il s’agit d’une famille nombreuse, il y en a un certain nombre et ils apportent tous un plus à l’histoire, même si cela s’avère généralement être pour le côté sordide du titre. En ayant parlé tout au long de la critique, je ne m’attarderais pas plus sur ce point. Ce fut cependant un plaisir de rencontrer le petit Kyôshirô qui est en fin primaire et qui semble avoir un peu trop pris du père…

Malgré toutes ces horreurs il y a bien une chose de magnifique dans ce manga, il s’agit des dessins. Ils sont d’une justesse et d’un détail impressionnant. Vous ne manquerez pas non plus de décors puisque Kubu Kurin ne laisse pas ses pages blanches, loin de là ! En plus, les scènes et paysages présentés sont d’une beauté et d’un réalisme à vous en ravir les yeux.

En conclusion, cette réinterprétation est excellente, tant au niveau du dessin qui est sublime que de l’histoire et l’univers où  l’auteur a tout de même tenté de s’éloigner un maximum du titre original d’Osamu Tezuka, le plaçant dans un monde plus moderne avec des thématiques politiques des années 2000.

Kubu Kurin arrive à nous marquer et à nous choquer autant qu’à nous faire plonger dans ce monde abject qui pourtant, nous happe du début jusqu’à la fin…

H.

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