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Otome Game

Réincarnée en

vilaine d’Otome

 

Otome Game est un Shojo de Yamaguchi Satoru au scénario et Nami Hidaka au dessin. Paru au Japon en 2017 où il comporte déjà 7 tomes, il nous arrive en France aux éditions Delcourt/Tonkam avec un premier tome en Avril 2021.

 

Catarina Claes est une jeune fille de huit ans, fille du Duc Claes, qui après une chute se retrouve blessée au front et fiancée au Prince Geordo Stuart. Mais si cela était la seule conséquence de sa chute…Catarina se rend compte qu’elle est en vérité une autre fille de 17 ans, morte d’un accident de la circulation qui s’est retrouvée dans le corps d’une vilaine d’un Otome game qu’elle affectionnait. Elle va alors tout mettre en œuvre pour éviter la fin tragique qui l’attend à ses quinze ans.

 

Ce n’est pas la première fois qu’on retrouve un semblant d’Otome game dans un manga ou un anime. Amnesia en était un bon exemple puisqu’il s’agissait réellement d’un Otome game adapté en anime mais qui gardait tout de même pas mal en tête cette histoire de routes avec des couples différents dedans. C’est un peu le même ressenti que j’ai eu en lisant Otome Game. On a l’impression d’une histoire qui veut, en fond, nous proposer plusieurs routes possibles pour le personnage principal, à la différence qu’ici notre héroïne n’est pas une gentille fille naïve, mais initialement la méchante et qu’elle possède une personnalité haute en couleurs.

 

Et si ce monde était réellement celui du jeu vidéo?

 – Catarina

 

On est donc plongé dans une espèce d’Isekai plutôt original, sur le thème de l’Otome qui est un style de jeu de drague pour fille où vous devez conquérir le cœur de personnages masculins, et franchement, c’est plutôt bien. On voit directement des changements comparé à ce que Catarina nous raconte sur l’Otome game qu’elle a joué et du coup on ne connaît pas directement la fin. Le caractère imprévisible de la protagoniste donne du piquant et du mystère quant à la fin puisqu’elle n’apparaît plus comme une méchante, mais comme une personne normale, dynamique, qui aime aider les autres et qui soigne les cœurs blessés, souvent sans s’en rendre compte. On ne sait donc pas si Catarina va subir une bad end, ou si elle va avoir une bonne fin, et si c’est le cas, avec qui? Quoi qu’il en soit, l’auteur a trouvé un moyen vraiment efficace de rendre son histoire totalement imprévisible aux yeux du lecteur, qui, s’il a pu se croire au début dans un terrain connu puisque Catarina avait énoncé les différentes fins de l’otome, se retrouve vite avec un scénario qui n’a absolument rien à voir.

En effet, oubliez bien vite la Catarina méchante et les personnages aux vies sombres. Ici vous commencez l’histoire durant l’enfance de Catarina et avec la personnalité japonaise de l’héroïne qui en fait tout sauf une fille méchante. Cela ne semble par ailleurs pas choquer plus que ça les autres personnages, ce que je trouve un peu dommage étant donné qu’elle avait auparavant un tempérament exécrable et qu’elle a totalement changée du jour au lendemain après sa blessure. J’aurai peut être aimé que comme dans La petite faiseuse de livres les personnages aient un peu de doutes quant à sa personnalité et la questionnent à ce propos. Mis à part ce petit point de chipotage, l’histoire me plaît totalement pour le moment et j’ai bien envie de voir ce que la fin nous réserve. Je pense que l’auteur est parvenu à donner envie au lecteur de savoir si Catarina va avoir une bonne fin ou pas.

Le tome un reste tout de même une grosse mise en place de l’histoire et des personnages, ainsi que des stratagèmes de Catarina pour assurer sa survie. En effet, quasiment chaque chapitre va vous introduire un personnage important pour la suite, le tout enveloppé de scènes d’humour et enfantines car il ne faut pas l’oublier, à ce moment-là, Catarina n’a que huit ans. Mais ne pensez pas que l’histoire fera grandir progressivement les personnages, en vérité on fait rapidement un saut dans le temps, une fois toute la mécanique de l’œuvre mise en place, afin de rentrer pleinement dans le vif du sujet: les 15 ans de Catarina, le moment où tout a basculé et où l’héroïne de l’Otome doit apparaître.

L’auteur sait nous laisser un suspense pour le tome suivant puisqu’on ne voit pas encore l’héroïne de l’Otome, fruit de tous les malheurs de Catarina, ce qui nous donne envie de nous procurer la suite.

 

En plus de nous proposer une histoire plutôt intéressante et attrayante, l’ambiance bon enfant et parfois drôle qui s’en dégage grâce au personnage de Catarina rend le titre encore plus captivant.

En effet, Catarina est vraiment un protagoniste que j’apprécie beaucoup. Elle est dynamique, ne se laisse pas abattre et a toujours des idées farfelues pour s’en sortir. De plus ses réunions intérieures sont plutôt amusantes à observer, nous rappelant un peu le film Vice-Versa, et en faisant véritablement un personnage atypique. J’ai hâte de la voir évoluer davantage durant ses quinze ans et d’observer la fin qu’elle pourrait avoir.

Les autres personnages en général ont leur caractère initial lors de leur enfance et se voient changés grâce à l’intervention voulue ou non de Catarina, ce qui fait qu’on ne sait pas encore vraiment comment ils sont une fois plus grands. Ils sont dans l’ensemble très variés, que ce soit dans leur physique, leur caractère ou leur sexe et il y en déjà beaucoup rien que dans le tome un. J’ai hâte de voir leur évolution une fois l’apparition de l’héroïne de l’Otome passée. Je ne vous les décrirais pas plus pour vous laisser les découvrir par vous même et apprécier leurs caractères hétéroclites. En tout cas je peux dire que fille comme garçon vous avez le choix en personnage favori!

Enfin, parlons un peu des dessins. Les chara-designs sont assez uniques rendant les personnages plutôt reconnaissables. Catarina n’a clairement pas le chara-design d’un personnage classique et ça fait plaisir à voir, tout comme la plupart des autres personnages. Ceux qui ont des designs classiques sont vraiment des personnages qui ont un caractère bien habituel, les autres ont vraiment leur style à eux. Pour ce qui est des vêtements, ils sont reconnaissables mais plutôt simples, j’aurai peut-être aimé un petit peu plus de travail sur les plis et les ombrages. Les décors sont eux aussi simples mais on n’a pas une case où on ressent un vide, tout est bien rempli. Pour ce qui est de la mise en page des planches, le texte est plutôt dense mais la disposition des cases permet une lecture assez fluide et sans prise de tête. De plus, le dessinateur a su proposer des dispositions intéressantes en fonction des situations, comme la représentation intérieure de Catarina ou la représentation de la colère de la mère. L’ensemble est donc dans le fond plutôt bon et appréciable.

 

En conclusion, Otome Game  est un excellent isekai qui propose une revisite discrète et humoristique des Otome Game. Il s’agit d’un Shojo à la portée de tous de par son humour déjanté et sa mise en place scénaristique originale. Même si j’aurai voulu plus de doutes quant au changement de personnalité de Catarina, je ne suis pas mécontente de la tournure que prend l’histoire. Ce premier tome nous permet notamment d’éviter d’interminables futurs flashback et l’utilisation de l’ellipse par l’auteur donne envie d’acheter le tome deux afin de voir l’évolution de Catarina à 15 ans dans l’académie. En plus, Catarina petite était plutôt intéressante à côtoyer et cela ne m’aurait franchement pas gênée de passer un peu plus de temps avec elle.

 

Pour ceux qui le souhaitent, il existe une adaptation anime vraiment réussie, je trouve même certaines scènes mieux représentées que dans le manga. Il s’agit de My Next Life As A Villainess: All Routes Lead To Doom disponible sur ADN et Crunchyroll!

L.

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