Critiques,  Maisons d'Edition,  Manga,  Mangetsu,  S-T-U

Shigahime

Glouton attrape

jeune garçon…

 

Shigahime est un Seinen de Satô Hirohisa. Publié au Japon en 2017, et le manga s’est fini deux ans plus tard avec un total de 5 tomes. En France, nous devons sa parution à la récente maison d’édition Mangetsu qui nous édite la série depuis Février 2022. Le quatrième volume venant tout juste de paraître, nous nous rapprochons grandement de la fin.

Nota bene : Satô Hirohisa possède déjà un passif chez nous puisqu’il est l’auteur d’Assassins, aux éditions Komikku.


/!\  BOOM, gros disclaimer pour te prévenir que ce titre n’est pas à la portée de tous ! /!\

       /!\ Violence, Gore, Sexe et j’en passe et des meilleurs /!\ 

 

Miwako est un être à part, nourrissant les fantasmes de nombreux hommes, et surtout jeunes hommes… Son charme envoûtant ne laisse peu de place à la raison et rapidement, ce sont les désirs qui viennent s’exprimer.  C’est le cas pour Soïchi, dont les sentiments à son égard sont aussi clairs que de l’eau de roche, ça été le cas pour d’autres également, seule exception, Osamu Hirota, qui… a bien trop à perdre…

Shigahime est un manga qui a suscité mon intérêt, il faut dire que j’ai lu assez peu de titres horrifiques et que c’est une chose à laquelle je voulais remédier. Dans le cas de Shigahime, plus que par une ambiance stressante et pesante, c’est véritablement par l’horreur et la cruauté que la peur va s’exprimer. Les scènes peuvent rapidement devenir gores, si des passages peuvent faire penser à Tokyo Ghoul pour certains, sachez que clairement, il n’y a pas de comparaisons possibles. Miwako est dénuée de toute empathie et sa malice n’a d’égal que sa cruauté sans fin. Elle manipule les sentiments, les espoirs et se nourrit du désespoir -et de beaucoup de sang-, on est clairement sur une version bien plus sombre de Lize de Tokyo Ghoul.

Pour le coup, le personnage de Miwako semble plutôt inspiré de Kuchisake-onna, une des légendes urbaines les plus connues parlant d’une femme à la bouche fendue. Rien qu’à la couverture du premier tome, vous devriez apercevoir de quoi je parle. Notons toutefois une différence: Kuchisake-onna demande si elle est belle, Miwako apparaît naturellement comme attirante auprès du sexe opposé. C’est un point sur lequel joue beaucoup Satô Hirohisa, cela apparaît presque comme une caractéristique propre, tel un talent “charme” voyez-vous ? Mais… Ne vous y trompez PAS, cela ne rend pas le tout moins horrifique, oh que non !

En tout cas, ce n’est pas Osamu Hirota qui vous dira le contraire. Ce lycéen s’est retrouvé face à elle malgré lui et, toujours malgré lui, il finit par devenir son “familier”. Ce n’est clairement pas une bonne chose pour lui bien que cela lui permet au moins de “vivre”. Il faut cependant bien comprendre une chose, un familier est un familier, il n’est pas humain… Par ailleurs, la transformation est quant à elle à la hauteur, puisqu’elle est plutôt du genre inhumaine. Rien à voir avec Tokyo Ghoul (c’est là où je voulais en venir toute à l’heure), enfin pour la transformation en elle-même, ceci dit, pour ce qui est de l’acceptation, on peut observer un développement assez semblable (au manga attention, pas à l’adaptation anime).

À partir de là, le manga prend une autre dimension avec Osamu qui va découvrir tout un monde à ses dépends. Il est désormais une bête qui n’a qu’un but, offrir des vies à sa maîtresse. J’ai par ailleurs beaucoup apprécié la dualité qui s’installe dans la tête d’Osamu qui est partagé entre ses pulsions de monstre, et son côté humain qui est amoureux de cette lycéenne avec qui il sortait depuis déjà quelque temps.

Jusqu’où va-t-il aller pour protéger ce à quoi il tient ? Est-ce qu’il va tenter de rester humain malgré tout, ou bien est-ce qu’il va sombrer dans l’abîme et devenir véritablement un monstre craint de tous ? Quel que soit son choix, est-ce qu’il aura toujours une place dans le cœur de sa bien aimée ?

À la fin du premier tome, Miwako lui parle de son secret, mais… Bien que celui-ci lui donne un but précis à atteindre, ce qui n’est pas pour nous déplaire puisque cela intensifie l’histoire, elle ne semble pas tout lui dire non plus. Je ne vais pas spoil le secret mais clairement, cela soulève une question importante, et la réponse risque d’être énoncée seulement au moment fatidique.

Et vous savez quoi ? J’adore ça. Il y a cette espèce de tension palpable quant au fait d’être en terrain inconnu et de se dire qu’à chaque pas, c’est peut-être une mine qui fera tout péter. Miwako sait sans doute tout, et le fait qu’elle laisse un flou constant devant chaque information donnée renforce son côté sadique et manipulateur.  Il y a par contre bien une chose qu’elle ne semble pas transgresser, elle ne ment jamais. Elle se contente de tourner les phrases de façon à ce que son ou ses interlocuteurs entendent ce qu’elle veut leur faire entendre, de ce fait, certaines précisions sont simplement omises ou dites de façon détournée, mais elle n’a jamais menti. Et ça, c’est une information intéressante, pouvoir lire entre les lignes n’est pas chose aisée lorsque votre vie est menacée, elle le sait et joue là-dessus afin de toujours garder l’avantage.

Miwako est donc “belle”, dotée d’une intelligence certaine et d’un don pour la manipulation. Elle a la faculté de lire dans le cœur des gens et d’en tirer toutes les informations dont elle pourrait avoir besoin. Son pouvoir est démesuré bien qu’on ne sache encore que très peu de choses à son propos. Aussi proche pouvons-nous être qu’elle semble inaccessible, comme venue d’un autre monde…

Osamu Hirota, lui, était plutôt du genre pur et innocent même si cela s’est brusquement fini pour lui. Comme je le disais plus haut, il est complètement dépassé par les événements et il se fait malmener de tous les côtés par son lui humain et son lui familier. Il est détruit aussi bien psychologiquement que physiquement et seuls deux buts le protègent encore d’une folie totale, sa bien-aimée Chika, ainsi que son désir de “vengeance”.

Satô Hirohisa ne s’arrête pas là puisqu’il nous propose de superbes dessins. Enfin je dis ça, mais quand je reregarde certaines planches j’en ai encore des frissons. C’est vraiment dégueulasse ! Et je ne parle pas de sa technique qui est impeccable. Les chara-designs sont vraiment bons, et le travail réalisé sur les expressions faciales le sont encore plus. La déformation sur le visage est spectaculaire par moment, on peut en voir une démonstration tôt dans le tome via le personnage de Soïchi.

Les décors sont comme souvent le point le moins travaillé, mais derrière, en plus des chara-designs, vous avez toute la partie sanglante qui est vraiment au point. Certaines scènes ne sont pas entièrement montrées afin de garder une limite, mais elle est assez loin donc ne soyez pas déçu. En plus on a même le droit à un tuto sur comment arracher un cœur ! Merveilleux non ?

 

 

Amateurs d’horreurs, présentez-vous ! Soyez au rendez-vous, ce manga est fait pour vous ! C’est un style encore différent de ce qu’on peut avoir avec la collection Junji Ito, ce qui permet de faire varier les plaisirs. On aurait pu se rapprocher de Gannibal, mais c’est là également un peu différent, la part de fantastique est plus importante bien qu’elle reste malgré tout discrète dans Shigahime.

Je ne sais pas si on peut dire que j’ai pris du plaisir à le lire m’enfin j’ai bien aimé ma lecture, ça c’est sûr ! C’est un bon manga d’horreur fantastique et surtout gore. La partie psychologique n’est pas en reste non plus et nous propose un “méchant” intéressant ainsi qu’un personnage principal torturé -dans tous les sens du terme- aux multiples oppositions.

Ma seule crainte se situe dans la façon dont les prochains tomes vont se dérouler. En effet, la fin du premier tome est assez riche en révélations sur le monde, et j’espère que l’auteur aura su gérer tout ça afin qu’on n’ait pas une sensation de manque à la fin de la série.

À part ça, je dois dire que je suis vraiment emballé par ce manga, et punaise, parlons rapidement des couvertures, elles sont sublimes ! La deuxième et troisième couverture sont clairement au-dessus, elles sont stratosphériques ! Ce sont d’ailleurs des bouts de celles-ci que j’ai utilisé pour la pour la bannière en haut de la critique.

 

H.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *