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My Elder Sister

Un doux parfum de camélia 

aux portes de la mort

 

My Elder Sister est un Seinen écrit par IIda Pochi. S’il était initialement un doujinshi en 2015, il a été cependant quelque peu modifié afin de paraître sous la forme que l’on connaît en 2016. 5 tomes sont disponibles au Japon, chez nous, ce sont les 3 premiers qui sont d’ores et déjà publiés via les éditions Meian dans leur collection Daitan!.

 

Yuu est un jeune garçon qui a perdu ses parents dans un accident alors qu’il n’avait que cinq ans. Depuis, il passe de famille proche à éloignée sans jamais se faire accepter. Il finit par vivre avec son oncle, pas de paroles blessantes cette fois-ci mais des règles à la fois simples et strictes, que chacun fasse sa vie sans se marcher dans les pattes et surtout, ne pas aller dans la remise.

Malheureusement, comme si le sort s’abattait sur lui, son oncle finit hospitalisé et Yuu doit, malgré les contres indications, entrer dans la remise afin de chercher des affaires pour ce dernier.  À ce moment-là, il est loin d’imaginer sur quoi il va tomber…

Déesse, démon, chèvre noire des bois aux milles chevreaux ou bien… ange, quelque soit le nom que vous utiliserez pour la définir, cela semblera toujours assez personnel. Pour Yuu, la personne aux origines incertaines est une bénédiction tombée des cieux. Elle est ce qui lui permettra de ne plus jamais être seul. En effet, notre jeune protagoniste va tomber nez à nez avec l’un de ces Êtres insondables et va faire un voeu. Ce dernier sera bien surprenant à l’égard de la déesse puisque son souhait est qu’elle devienne sa grande sœur. Si pour nous cela pourrait sembler banal, pour notre héros, c’est la chose la plus chère à ses yeux. Il a passé une dizaine d’années à être traité comme un rebut, comme un déchet encombrant et ce, que ce soit par la famille qui le recueillait à chaque fois, ou même par des camarades de classe. Partout où il allait, il était rejeté avec plus ou moins de violence, à tel point que les gens ne cherchaient même plus à simplement parler dans son dos mais le disaient explicitement.

Si vous vous demandez pourquoi une telle haine envers lui, eh bien il y a des explications à cela -qui ne rendent pas pour autant l’acte ok nous sommes d’accord-. Ce que nous voyons dès le début du tome c’est l’aspect financier des familles qui ne veulent pas avoir de charges supplémentaires “à cause” de lui. On voit également que le côté “renfermé” de l’enfant avait l’air de poser problème, même si je ne vois pas l’anormalité étant donné que l’enfant a perdu ses parents très jeune, m’enfin passons. Le dernier point, c’est le “don” que possède Yuu ; il peut voir les esprits. En un sens, ce n’est donc pas un hasard s’il a pu rencontrer la chèvre noire. Mais, ce talent fort intéressant se révèle être un grand handicap pour lui car dans une société qui se veut très uniforme, sa différenciation le sort des cases conventionnelles et ce, partout où il va. Son oncle semble lui aussi en dehors des clous ce qui, en un sens, les rassemblent plus qu’à première vue.

 

“Personne ne m’avait jamais demandé ce que j’aimerais, alors… je me suis dit que dieu m’avait peut-être envoyé un ange… désolé. Je vous ai offensée ?”

– Yuu.

 

Et au final, qui de mieux pour s’entendre avec lui qu’une personne hors norme qui ne rentre dans aucune case imaginable ? Un démon, une déesse, un ange, une chèvre noire bien sûr ! Ils se complètent en avançant tous deux hors des sentiers battus et en faisant de leur mieux pour s’intégrer malgré les différences. Ce point-là commence par ailleurs assez simplement dès leur rencontre par le choix du prénom du démon. Elle choisit Chiyo qui signifie “mille nuits” afin de correspondre à notre héros qui porte le nom de Yuu comme dans Yuugure signifiant “crépuscule”.

C’est la première et l’une des nombreuses choses mignonnes que va faire Chiyo pour son désormais jeune frère. Yuu trouve donc enfin une personne qui s’inquiète et pense véritablement à lui, même s’il obtient cela par une apparence trompeuse et par un pacte dont il ne connaît pas encore les tenants et les aboutissants.

 

 

Yuu est encore un jeune garçon naïf malgré la vie qu’il a eu jusque là. Il a, sans réfléchir, passé un pacte avec un démon sans savoir ce que cela allait réellement lui coûter, et en plus il la laisse le toucher de manière plutôt inappropriée (enfin, si par curiosité vous allez voir le doujinshi d’origine qui, je le rappelle au cas où, était un hentai, cela n’est peut-être pas si choquant… à méditer !) !

La relation est tout de même très sympathique car il y a la découverte des petits plaisirs, les premières petites inquiétudes, les premiers plats préparés à deux, parler de choses plus simples comme ses peurs, ses envies, ses besoins, et… les premiers plaisirs d’ordre physique (rien de sexuel par contre, enfin à proprement parler). C’est un véritable pilier pour Yuu qui, d’une certaine manière, découvre la vie sous un tout nouvel angle. Fini de se cacher en permanence, d’essayer d’être invisible et de ne surtout pas parler de ce qu’il ressent. Il peut désormais s’ouvrir à quelqu’un qui l’accepte tel quel et qui va tout faire pour l’aider et c’est vraiment beau à voir. On s’attache très vite à leur relation.

Par ailleurs, le don qu’il possède pourrait vous faire penser à Mieruko-chan, sachez cependant qu’ici le sujet est très différent et que l’humour ne fait pas partie des priorités du titre. Vous laisserez peut-être un sourire face à certaines situations mais on n’est pas centré sur la comédie.

Quant à Chiyo, c’est un personnage complet qui ne demande qu’à être encore plus approfondi. Il faut savoir que l’histoire est retranscrite comme si Yuu parlait de son passé, ce qui donne parfois lieu à de petites annotations où il parle de Chiyo, de son point de vue longtemps après les faits relatés et c’est très intéressant. Cela nous permet aussi de nous rendre compte à quel point elle est complexe de par sa nature divine. Chiyo accepte sans broncher de jouer à la grande soeur, mais elle prend étonnamment ça au sérieux, on aurait pu facilement imaginer qu’elle s’indigne et ne prenne d’abord pas ça à coeur avant de finalement s’attacher mais non, elle veut dès le départ faire de son mieux pour accomplir son pacte sans que l’on ne comprenne trop pourquoi. On perçoit un peu le fait qu’après autant d’années sans que personne ne prête attention à sa personne l’a quelque peu touchée et qu’en voyant Yuu ne demander qu’une seule chose, qu’elle devienne sa grande soeur et qu’il donne son maximum pour elle l’a fait craquer en la sortant de sa zone de confort mais cela reste encore flou. Elle n’a d’ailleurs jamais évoqué le prix de ce pacte, on pourrait conclure qu’elle préfère éviter le sujet pour retarder le plus possible le moment fatidique où les comptes devront être rendus. En tout cas, c’est assurément un bon personnage aux multiples facettes. C’est d’ailleurs à elle seule qu’elle ajoute une touche d’humour avec ses réactions démesurées ou ses gaffes.

 

 

Pour ce qui est des dessins, Pochi fait preuve de beaucoup d’adresse. Son talent n’est plus à prouver bien qu’en France il ne soit pas encore plus connu que ça. Étant donné que le centre même du récit est leur relation, les illustrations aussi se concentrent sur les personnages avec un chara-design poussé et attrayant, notamment pour la déesse Chiyo. On peut voir sa grande maîtrise des corps via les nombreuses scènes “sexy” du titre où quelque soit l’angle ou la pose, les corps restent toujours parfaits ! J’aime beaucoup également les changements de forme qui s’enchaînent pour Chiyo. Côté décors, ce manga n’est pas des masses fourni, cependant, lorsqu’ils sont là ils sont vraiment beaux, cela n’est au final pas vraiment dérangeant mais il est vrai que je n’aurai tout de même pas été contre un peu plus de fond. Rassurez-vous tout de même, la chèvre captera vos yeux et ne vous laissera pas les balader comme vous voudrez !

Mention spéciale à la très jolie page couleur où l’on voit cette fois-ci un décor somptueux.

Alors My Elder Sister, un bon titre à avoir ou non ? De mon côté, c’est un oui. Les personnages ont encore beaucoup à offrir, l’histoire avance tranquillement à son rythme malgré les nombreuses questions que l’on est en droit de se poser. La façon dont est posé le récit avec ce qu’on suppose être Yuu racontant son passé avec Chiyo est vraiment plaisante et finalement assez rare à retrouver en manga. Nous avons une  solide relation malgré des fondations bancales, qu’ils cherchent à consolider avec le temps. Mon avis ne change donc pas par rapport à tout ce que j’ai pu dire tout au long de la critique. Cependant, je tiens à vous partager une seule inquiétude à l’égard de cette très bonne œuvre, c’est sa parution japonaise. Elle semble assez lente puisque seulement 5 tomes sont sortis, on peut donc compter plus ou moins un tome par an, ce qui n’est pas si rare que ça, mais comme la parution chez Meian est rapide, j’ai peur que l’on se retrouve incessamment sous peu sans aucun tome pendant un moment.

Malgré ça, c’est quand même un titre que je souhaite suivre de près et mon intérêt n’est pas descendu d’un chouilla !

H.

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