Critiques,  Ki-oon,  Maisons d'Edition,  Manga,  P-Q-R

Reine d’Égypte

Une Reine qui 

voulait être 

l’égal des 

hommes

Reine d’Égypte est un Seinen de Chie Inudoh, publié au Japon depuis 2017 où il comporte un total de 9 tomes. En France le neuvième et dernier tome nous parvient dans la collection Kizuna de Ki-Oon en Avril 2022.

 

Une nouvelle ère débute dans l’Égypte des pharaons. La princesse Hatchepsout va épouser son demi-frère Séthi, faisant de lui l’héritier du trône sous le nom de Thoutmosis II. À eux deux, ils représentent les dieux sur terre et doivent à présent régner sur leur territoire. Mais Chepsout ne veut pas être une simple reine. Depuis l’enfance elle rêve de devenir pharaon comme son père, rôle bien évidemment actuellement réservé aux hommes. Elle qui a si souvent humilié son demi frère en combat singulier, pourquoi n’est-elle pas digne de devenir pharaon? Juste parce qu’elle est née femme? Mais elle n’a pas dit son dernier mot. Sa beauté est sa plus grande force, et elle compte bien tout mettre en œuvre pour parvenir à ses fins.

 

Reine d’Égypte nous propose un récit passionnant sur des personnages historiques ayant réellement existés. En effet, on suit ici Hatchepsout qui est considérée comme la première grande femme dont l’histoire a gardé le nom. Mais si de nombreux personnages et faits sont tirés de l’histoire, l’auteur se permet néanmoins de l’adapter, y mêlant son imagination et évitant ainsi l’effet documentaire dans son œuvre. L’un des principaux point qui change c’est que Hatchepsout semblait davantage soutenue par son père historiquement qui aurait dit “Je la mettrai à ma place”

Ainsi, par son côté dur et sans pitié, l’auteur nous présente un titre au premier abord plus dramatique, ou la Reine d’Égypte ne connaît plus le pouvoir et la force d’antan, se faisant soumettre par le pharaon et n’étant plus suffisamment respectée pour prendre des décisions. Nous sommes à une époque où le pharaon et la reine ont plus un rôle décoratif que principal, les décisions étant souvent prises par les prêtres. Tout semble donc mal commencer dans cette histoire, d’autant que Chepsout nous est vite présentée comme un garçon manqué, plus que comme une reine. Nous sommes ben loin du récit glorieux de la Reine d’Égypte durant ce premier tome et j’ai presque l’impression de voir les tourments d’une princesse Disney ou d’une femme d’un roman du XVIIIe Siècle.

 

J’enrage de ne pas être plus forte et j’exècre ma frêle morphologie!

– Chepsout

 

Heureusement, l’histoire ne semble pas se contenter d’un côté dramatique et le pan historique paraît reprendre peu à peu le dessus. Chepsout se relève et en femme forte, elle décide de séduire pour obtenir la place qu’elle souhaite. Sa beauté est sa meilleure arme et elle s’en rend enfin compte. J’espère cependant que ce côté arme de la beauté laissera place ensuite à une pharaon qui se bat véritablement, car c’était quand même son souhait premier, et j’avoue ne pas être très fan du culte de la beauté, même si malheureusement, vu l’époque où se déroule notre histoire, on ne va pas y échapper.

Scénaristiquement, ce premier tome prend son temps pour mettre toute son intrigue en place, on ressent déjà de la peine pour cette jeune Reine qui a du mal à s’imposer, mais heureusement, l’auteur a su rythmer son tome pour éviter que le côté dramatique ne soit redondant. La fin du tome nous offre déjà une première ouverture vers le rang de pharaon par une rencontre intéressante qui pourrait permettre à Chepsout de commencer à gagner en pouvoir. Je me demande cependant si on verra des moments d’action plus marqués, des conquêtes, de l’aventure, ou si l’histoire se passera quasiment en huis clos dans le palais et les jardins? Est-ce que l’auteur recollera davantage à l’histoire pour la suite de son récit? Ou est-ce qu’il s’en éloignera pour créer son propre scénario?

Si vous avez peur que le côté historique soit trop marqué rassurez-vous, l’auteur a su habilement adapter son œuvre, d’autant que ce n’est pas une période de l’Égypte que nous avons réellement étudiée à l’école. Si vous ne connaissez pas Hatchepsout, vous serez uniquement dans la découverte et aurez l’impression de lire un manga, et si vous la connaissez un peu, vous pourrez néanmoins admirer les libertés scénaristiques de l’auteur qui, pour le moment, me plaisent assez. En tout cas, personnellement je ne me suis pas du tout ennuyée durant ma lecture. Reine d’Égypte est un titre vraiment divertissant bien qu’il fasse parfois un peu trop penser aux histoires Disney par son personnage féminin qui rêve de prendre de l’importance.

Parlons d’ailleurs un peu plus en détails des personnages. On nous en présente beaucoup durant ce premier tome mais la plupart sont secondaires.

Je vous ai déjà beaucoup parlé de Hatchepsout, c’est pourquoi je ne m’attarderai que peu sur elle. Tout ce qu’il faut savoir c’est qu’elle est une jeune femme forte, prête à se battre, insoumise et garçon manqué, qui rêve de devenir pharaon et qui fera tout pour obtenir ce qu’elle veut. Si au début du titre elle nous paraît avoir lâché prise et s’être résignée, elle se reprend vite en main, nous promettant une suite intéressante avec un personnage qui fait de son mieux pour s’en sortir.

Thoutmosis II ou Séthi est le demi-frère et mari de Hatchepsout. Il est orgueilleux, fier de lui, et souhaite marcher dans les pas de son père et devenir un grand guerrier. Cependant, il semble abuser des femmes et de la boisson en plus d’être moins intelligent que Chepsout, ce qui fait qu’il est souvent tourné en ridicule. Il a également un caractère que je n’aime pas du tout et j’espère qu’il sera vite effacé de cette histoire. Historiquement parlant, Thoutmosis II n’a pas tant fait la guerre que ça, observant plus de loin, et il est mort en paix.

Senmout est un jeune scribe prodige, très intelligent, fort, qui apparaît en fin de tome. Dans l’Histoire il me semble qu’il devient un grand architecte et il paraît ici voué à travailler avec Chepsout. Celle-ci étant considérée comme une reine bâtisseuse je pense qu’il y a de fortes chances pour que son rôle réel soit respecté. Je me demande cependant si une relation plus intime naîtra entre eux. En tout cas, c’est un personnage au fort caractère, plutôt beau, que j’espère voir davantage par la suite.

Chie Inudoh nous propose un style égyptien très bien travaillé avec des personnages aux chara designs différenciables et vraiment beaux à l’œil. C’est un manga agréable à contempler qui propose de nombreux détails et notamment beaucoup de changement de coupes et de tenues, ce qui a dû être un travail titanesque pour l’auteur. De même, chaque planche est détaillée avec soin, pas une ne manque de décors ou de trames pour la combler et c’est un plaisir pour les yeux. La disposition des cases quant à elle n’est pas redondante et les mouvements des personnages sont fluides. L’auteur a vraiment fait un excellent travail.

Pour ce qui est de l’édition, la couverture représente bien le thème égyptien et notre personnage principal, et le côté cartonné permet une prise en main agréable bien que je trouve que ce soit un format qui s’abîme trop facilement. Le papier est de bonne qualité, malgré un encrage prononcé on ne voit pas entre les pages. Ki-Oon a fait de bons choix sur cette édition, même si je pense que ce titre aurait mérité plus de visibilité et de communication par son originalité.

 

En conclusion, Reine d’Égypte est un titre qui prend une base historique intéressante et originale sur une Reine trop méconnue de nous. C’est un récit passionnant qui a su adapter habilement l’Histoire en manga et qui n’est pas du tout ennuyant pour autant. On n’a pas l’impression de lire un document relatant des faits historiques et c’est un excellent point. On a des personnages forts, avec du caractère, qui retiennent notre attention, qu’on les aime ou non, et qui permettent de relever un peu plus le scénario, d’autant que la plupart ont réellement existés. Je me demande cependant si l’auteur va respecter l’Histoire jusqu’au bout, où s’il va se permettre un récit plus imaginaire. Au vue des autres couvertures, il semble continuer sur sa lancée, la respectant tout en l’adaptant pour qu’elle passe bien en manga. En tout cas, c’est une excellente adaptation de l’Histoire qui mériterait d’être plus connue chez nous, traitant d’un thème original et passionnant, d’autant que le travail sur les tomes est monstrueux par les détails présents sur les tenues et les décors et par la beauté des personnages. Si vous aimez l’égypte, l’histoire, ou juste les femmes fortes qui ont de l’ambition et qui souhaitent s’élever dans la hiérarchie, ce manga est fait pour vous.

L.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *