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Kakushigoto

Le secret 

d’un père

Kakushigoto est un Seinen de Kumeta Kouji, publié au Japon depuis 2016 où il comporte 12 tomes. Le 7ème volume nous arrive aux éditions Vega-Dupuis fin 2021.

 

 

Kakushi Goto est un papa poule, aimant sa petite fille Hime et voulant lui offrir la plus belle et la plus douce des enfances, la protégeant et l’élevant de son mieux. Mais il a un lourd secret qu’il ne veut absolument pas qu’Hime apprenne. Il est auteur de mangas, et notamment d’une série un peu osée proposée dans un magazine de prépublication hebdomadaire. Il utilise alors tout un tas de stratagèmes pour cacher la vérité à sa fille chérie.

 

Kumeta Kouji ne vous est peut être pas inconnu. En effet, Sayonara Zetsubou Sensei, une autre de ses licences, nous est déjà parvenue aux éditions Pika où sa publication suit toujours son cours! Ce manga a d’ailleurs eu le droit à plusieurs adaptations en animes qui ne sont actuellement pas licenciées en France il me semble (cela peut changer on ne sait jamais). D’ailleurs Kakushigoto a également eu son adaptation en 2020 et celle-ci est disponible sur Wakanim!

Kakushigoto est un manga qui nous présente une multitude de moments comiques sous forme de petits sketchs/gags. On a un comique de situation très présent, l’innocence de l’enfant nous fait rire, de même que la stupidité de certains personnages qui amènent à des quiproquos ou des situations embarrassantes pour notre cher Kakushi Goto. On a également un comique de geste assez marqué, l’auteur est plutôt doué pour faire prendre des poses grotesques à ses personnages et ça m’a bien fait rire plus d’une fois durant ma lecture. Enfin, il y a énormément de références à d’autres mangas ou auteurs qui ne sont même pas cachées et qui font sourire. Vous en reconnaîtrez forcément certaines qui sont plutôt connues, et ça fait toujours plaisir de remarquer les plus cachées, cela égaie notre lecture et l’auteur semble vraiment assumer toutes les références qu’il a pu mettre dans son manga.

On peut dire qu’on retrouve tous les codes des mangas gags avec les différents types de comiques listés ci-dessus. Si cela aurait pu manquer d’originalité, l’auteur les a en vérité manipulés avec brio. On pourrait avoir peur d’une redondance avec ce manga remplis de différents gags, mais en vérité l’histoire progresse peu à peu et on découvre plus de personnages. L’auteur nous présente tellement de situations différentes de la vie quotidienne, le tout imbibé d’humour, qu’on ne peut pas s’ennuyer ou se lasser durant notre lecture. Cela me rappelle également la manière dont les gags étaient tournés dans Girlfriend Girlfriend, apportant toujours un avancement dans l’histoire ou encore dans Quand Takagi me Taquine et Mieruko-chan Slice of Horror. Ces quatre mangas utilisent le même procédé de gag avec un avancement lent mais continu dans l’histoire, le tout en abordant chacun des thèmes totalement différents, ce qui prouve que ce procédé semble vraiment marcher et applicable dans plein de mangas à gags.

L’auteur alterne dans Kakushigoto entre les gags de la vie quotidienne d’un père célibataire papa poule et ceux d’un mangaka, ainsi que les moments de vie de Hime, là où Girlfriend Girlfriend jouait plus sur la vie de couple, Quand Takagi me Taquine la taquinerie de deux adolescents et Mieruko-chan Slice of Horror des situations d’horreur. L’auteur prouve donc qu’il sait diversifier ses thèmes de manière encore plus marquée que dans d’autres mangas cités ci-dessus, le tout en gardant une cohérence dans son histoire et une fluidité à toute épreuve.

 

Si les gens apprennent que je dessine des mangas porno Hime se fera lyncher à l’école!! Et après faudra pas s’étonner qu’elle se renferme dans sa coquille! À moins qu’elle devienne rebelle et me nargue en disant: Kesta? Dessine au lieu de me faire la leçon! C’est ça que vous voulez?! Hein?! Quelle vision d’horreur! Plutôt mourir que de voir ça!

– Kakushi Goto

 

Jusqu’à présent je vous ai parlé du côté humoristique omniprésent de Kakushigoto, qui me plaît d’ailleurs énormément et on y retrouve bien l’humour que l’auteur avait à l’époque dans Sayonara Zetsubou Sensei. Mais cette œuvre possède aussi une histoire bien plus profonde qu’il n’y paraît. En effet, si la relation entre Hime et son père vous paraît adorable, elle montre également les difficultés d’un père célibataire qui veut être un héros pour sa fille, ainsi que le meilleur père possible. Dans ce premier tome, on se rend bien compte que la mère est absente. On n’a pas les détails mais à la mélancolie qu’on y ressent on se doute de la vérité sur la question.

On a donc une histoire drôle mais également plutôt triste sur ce point et certaines scènes sont plutôt émouvantes, on y ressent beaucoup de mélancolie par moment, surtout qu’on se rend compte du manque de la mère. Il y a certaines choses que font les mères et que les pères ne pensent pas à faire. Coudre des vêtements en est la meilleure preuve. Au Japon ce sont les mères qui cousent les capuches de protection des enfants pour les alertes séismes par exemple.

On a également une part de mystère qui règne dans ce manga, que ce soit aussi bien sur le secret de Kakushi Goto, que sur la disparition de sa femme dont on n’a jamais vu le visage, ou encore la découverte de l’entrepôt par Hime et sa réaction. Plus on va avancer dans l’histoire, plus on va avoir accès à des bribes du présent/futur et très lentement, petit à petit, les mystères vont s’éclaircir. Il y a toujours ce fil conducteur qui nous empêche de nous perdre dans la méandre de gags, et on peut d’ailleurs émettre des hypothèses rien qu’avec le premier tome. Est-ce que les scènes présent/futur sont vraiment ce qu’elles sont? Ou est-ce une image que se fait Kakushi Goto de sa fille plus tard? D’ailleurs une part du mystère s’épaissit: Où est Kakushi Goto dans ce présent/futur?

En tout cas, il faudra en lire plus pour découvrir peu à peu la vérité, et on se rend bien compte après ce premier tome qu’il y a des liens entre les gags, que ce n’est pas épisodique et que l’auteur a un scénario bien précis derrière la tête.

Enfin, Kakushigoto peut être intéressant pour ceux qui souhaitent découvrir un peu plus le métier de mangaka, mais sous un œil plus amusant. On y voit le travail qu’il effectue, les personnes qui l’entourent, mais aussi les côtés négatifs comme par exemple: qu’on vous demande de dessiner un personnage d’un autre manga pendant que vous faites une dédicace.

On peut conclure que ce titre est certes un manga rempli de gags, mais qu’ils sont tous diversifiés et nous offrent une histoire complète et plus profonde qu’il n’y paraît, ponctuée de mystère et de mélancolie.

 

Quittons à présent la partie scénario pour nous attarder sur les deux personnages les plus importants de l’histoire: Kakushi Goto et Hime. Les personnages secondaires sont pas mal nombreux mais pas encore assez explicités pour que j’en parle vraiment, même si je sais que par la suite on apprendra un peu plus à les connaître.

Goto Kakushi est un mangaka qui dessine des mangas plutôt osés. Il veut cacher à sa fille son métier et se déguise donc tous les matins en salaryman, faisant semblant d’aller dans une entreprise. Mais en chemin, il se change et revêt sa véritable apparence. C’est un homme à la grande imagination qui n’hésite pas à mettre au point tout un tas de stratagèmes pour éviter que sa fille ne découvre la vérité. Mais c’est également un papa poule rendu fou d’amour pour son enfant qui a honte de ce qu’il est vraiment et qui souhaite le cacher. Il a un côté plus sérieux et mélancolique qui montre que l’absence de sa femme et le fait d’être un père célibataire l’inquiète aussi. Il veut le bonheur de son enfant, ne pas briser ses rêves et c’est clairement pour moi l’un des meilleurs pères possible, bien qu’il soit parfois un peu farfelu sur les bords.

Hime Goto est une jeune enfant. Elle est toute jolie, toute mignonne, et plutôt mature pour son âge. Pour le moment dans le premier tome elle n’a fait aucun caprice. Elle est cependant peut être un peu naïve, pouvant amener une inconnue à la maison, et on a du mal à savoir à quoi elle pense, elle garde toujours un air assez simple, presque bébête. Je me demande si elle ressent un manque sans sa mère et si à un moment on la verra agir plus comme une petite fille. En tout cas, c’est un personnage adorable qui respire la pureté et que j’ai hâte de voir grandir.

L’auteur a un coup de crayon bien à lui avec un style très reconnaissable et différentiable. Ses personnages ont des chara designs variés mais avec un dessus de tête assez gros et le reste du visage anguleux ainsi que des nez assez particuliers. Bref, on peut reconnaître le trait de l’auteur au premier coup d’œil. Il utilise d’ailleurs des courbes assez grandes pour dessiner ses personnages et sait les faire dans des positions compliquées. Son style pourrait paraître simple, mais il doit être en vérité plutôt difficile à reproduire, surtout qu’il est doué pour la mise en scène de ses gags qui ont un côté parfois assez artistique. Il utilise également énormément de trames pour les vêtements et ses personnages.

Les décors sont plutôt simples et géométriques mais les planches brillent par la manière dont il met en avant ses gags avec beaucoup de personnages qui sortent des cases et qui cassent la monotonie de la disposition de celles-ci. C’est certes un style où il faut un petit temps d’adaptation, mais ses pages sont bien remplies, plutôt agréables à l’œil, et collent bien à ce style d’histoire.

Pour ce qui est de l’édition, elle est classique mais propose aussi des pages en couleur en début et en fin de tome qui sont plutôt agréables. La couverture étant bien fournie en dessins, je trouve qu’elle est largement suffisante dans sa simplicité. Le dos du livre avec un fond blanc et un lettrage orange permet de bien reconnaître le manga dans une mangathèque et étonnamment, même si ça fait un moment que je l’ai, il n’a pas encore souffert du soleil ce qui est un bon point.

 

En conclusion, Kakushigoto est un manga qui nous propose une multitude de gags avec des thèmes assez variés, des outils comiques déjà vus mais utilisés avec brio. On a tout de même un fil conducteur et une histoire qui se déroule sur plusieurs plans: Le quotidien d’un père célibataire, celui d’une jeune fille, et la vie d’un mangaka. Ce n’est pas seulement un manga comique puisqu’il présente une histoire plus profonde et mélancolique remplie de mystères qui ne peut que vous donner envie de vous jeter sur la suite, le tout avec un style particulier parfois poétique et très reconnaissable. Je conseillerais ce titre à tous ceux qui aiment les mangas à gag, qui savent se montrer plus sérieux et qui ont un fil conducteur bien précis. Kakushigoto est une excellente découverte qui se termine en douze tomes et qui mériterait plus de visibilité d’après moi, ne serait-ce que pour sa richesse de gags, d’histoire, et de références.

L.

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