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Nosferatu

Entre immondice et

cruauté, le chasseur

devient le chassé…

 

Nosferatu est un Seinen de Shinjiro.  Publié initialement au Japon en 2018, celui-ci s’est fini en 4 volumes. En France, ce sont les éditions Soleil manga qui ont récupéré la série et qui l’ont publié depuis Octobre 2020. Le quatrième et dernier tome est tout juste sorti chez nous début Septembre 2021.

 

Laura se réveille un jour en forêt sans aucun souvenir, pas même de son propre nom ni de ce qu’elle est. Elle l’apprend à ses dépens lorsqu’elle fait face à la mort et qu’elle découvre qu’elle est une Nosferatu: un être immortel qui rend fou les humains à proximité qui deviennent des êtres assoiffés du sang de Nosferatu.

Elle entame alors un voyage plus ou moins solitaire afin de rattraper un homme dénommé Arnold qui lui a présenté un affreux spectacle et lui a montré qui elle était vraiment.

 

Vous l’aurez compris, les Nosferatus ne sont ni plus ni moins que des vampires, avec quelques légères différences par rapport aux histoires plus classiques du genre. En effet, ici, ils ne sont pas présentés comme des monstres avides de sang, leur immortalité n’a pas l’air de dépendre de la consommation de sang humain, au contraire ce sont les humains eux-mêmes qui se transforment en sorte de goules assoiffés de leur sang.

Ceci a causé dans le passé une grande catastrophe car le fait qu’une simple proximité transforme les humains rend la chose très virulente et cause donc rapidement des désastres. On se retrouve simplement avec ces éléments, à se dire que de la part des humains, vouloir exterminer les Nosferatus est logique, qu’il est bien trop dangereux de les avoir dans les parages et d’un autre côté on se dit que c’est quand même dommage sachant que du moment qu’ils ne s’approchent pas trop près il n’y a rien à craindre, surtout que le simple fait de s’éloigner redonne le comportement initial aux humains. Cette confrontation de points de vues est pour le moment assez bien exploitée, à voir dans les autres tomes si cela continue ou si ça part dans un développement plus classique sans grande réflexion. Toutefois dans ce tome ces points de vues divergent et sont montrés grâce à trois personnages. Le premier est bien entendu l’héroïne de l’histoire, Laura. Elle n’a aucun souvenir, elle se retrouve donc malgré elle coincée entre deux feux en recevant de plein fouet sa condition de Nosferatu et tout ce qui va avec, notamment la haine, la rancœur et la peur des humains. Tout ceci est par contre habilement nuancé par un personnage que l’on voit assez tôt dans le tome, Moroi.

 

 

Moroi est un jeune garçon orphelin qui a été “adopté” en quelque sorte par un monsieur pas très commode. En plus de la pauvreté qui règne dans le village, il est désormais maltraité et c’est « grâce » à cela qu’il rencontre par hasard Laura, dans une scène finalement bien drôle (bien l’une des rares scènes où l’on peut esquisser un sourire par ailleurs). Cette rencontre va lui redonner de l’espoir, il sent en Laura quelque chose de différent (je ne parle pas de son espèce !) et décide donc de passer du temps avec elle, bien qu’en étant éloigné pour limiter les risques. Ils s’aident un peu mutuellement, Moroi échappe un temps à sa persécution et Laura à sa solitude. Malheureusement toute bonne chose à une fin et sa mésaventure du début la rattrape et met un terme à son moment de calme dans la forêt avec Moroi. C’est cependant grâce à cela qu’on apprend une chose, tous les humains ne sont pas sensibles de la même manière aux Nosferatus, certains résistent mieux que d’autres et peuvent approcher plus facilement ces derniers. Bien évidemment, cela n’a pas encore de réelles explications mais cela permet de continuer de traiter de la cohabitation des deux espèces ce qui est plutôt intéressant.

Pas sûr cependant que cela aille beaucoup plus loin. Quatre tomes cela peut faire court pour ce genre de sujet, bien que ce soit faisable, mais l’ajout de quatre personnages à la fin ne présage pas forcément d’aller dans ce sens là. En effet, l’auteur présente en quelques sortes les quatre boss du jeu, et dit comme ça, ça sent bien plus la baston que la diplomatie. Par ailleurs, si je parle de “boss de jeu” ce n’est pas totalement anodin. Le début du tome a quelque peu l’air sorti d’un jeu vidéo, ce qui n’est pas du tout négatif bien au contraire. Cela donne une ambiance assez sympa à l’œuvre, un ressenti similaire à celui de Angels of Death qui pour le coup, lui, est réellement tiré d’un jeu vidéo. Ce côté là rend le titre très agréable à lire et assez facile, on ne se sent pas perdu malgré la situation initiale très floue. L’auteur a su incorporer un rythme soutenu à son manga sans pour autant que cela paraisse rushé. Tout ce que l’on aperçoit a un sens et un intérêt, on ne perd donc pas notre temps à raconter des histoires qui sont sans importance. Cela n’empêche tout de même pas d’en apprendre plus sur des personnages, même secondaires, on a donc un cocktail fort intéressant sans ajouts inutiles, un pur concentré d’adrénaline avec un fond de sentiments et d’émotions.

Le tome commence très bien et avec un concept en soit classique, Shinjiro a réussi à produire une œuvre unique mais qui tend  parfois à revenir sur une voie plus classique. Cependant comme je l’ai dis, l’ajout des “quatres boss” ternit un peu je trouve le côté plus intellectuel du titre. Ils semblent quasi indissociables surtout avec les groupes armées chargées de tuer les Nosferatus mais cela simplifie en quelque sorte le récit. Là où au début on nous montre que le but de notre protagoniste est de retrouver Arnold, ce qui nous présente un chemin à la fois long et périlleux, avec les quatres autres boss, on tire plutôt une ligne droite où il faudrait tous les affronter. Ce qui parait logique mais qui du coup simplifie l’histoire. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire les trois autres tomes, il se peut donc que je me trompe et je l’espère car cela rendrait toute suite l’œuvre moins originale malgré le potentiel.

 

“Qu’ils aient perdu toute humanité ou qu’ils aillent en enfer… La mort est leur seule rédemption. J’éliminerai toutes les brebis égarées. Telle est ma mission.”

– Arnold.

 

Pour l’instant avec ce premier tome on est tout de même plus sur un Elio le fugitif avec ce duo qui se fait rechercher et qui fait un bout de chemin ensemble tout en se faisant des alliés. En un sens leurs débuts sont assez similaires et vous allez voir que c’est plutôt positif.

Pour ce qui est des personnages, je les apprécie grandement de manière générale. C’est un peu ironique de dire ça, mais ils ont pour la plupart quelque chose de très humain, dans le sens où chacun à ses propres peurs, ses propres problèmes et réflexions. Laura a peur d’être seule, elle est assez expressive finalement et est très débrouillarde. Elle s’adapte vite et bien à la plupart des situations et pourtant on la voit parfois perdre un peu le contrôle de tout ça, surtout avec Moroi. Ça rend leur relation passionnante et enivrante.

Par ailleurs, il n’est pas en reste le garçon. Il a eu une situation très compliquée, pas spécialement rare au vu du monde dans lequel il vit mais malgré ça il n’est pas tellement du genre à se plaindre. Il est compréhensif, intelligent et possède une bonne dose de détermination ce qui le rend rapidement attachant.

Nous avons aussi une fille qui a une histoire en un sens pas si éloignée de celle de Moroi mais dans un environnement complètement différent. Je ne vais pas vous en dire beaucoup sur elle car elle apparaît assez tard dans le tome mais je peux vous dire qu’elle étoffe la galerie de personnages attachants qu’on souhaiterait soutenir. Malgré son jeune âge elle est forte mentalement, même très forte, elle a beau avoir un sale caractère et être un peu effrontée, elle n’est pas du genre à rechigner autant que Eris de Mushoku Tensei !

 

 

Maintenant place aux dessins ! Graphiquement Nosferatu est très intéressant avec son style Dark Fantasy qui par extension est donc sombre avec des tendances sanglantes. Il ne laisse donc pas indifférent et propose qui plus est un chara-design vraiment sympathique et des scènes d’action soignées. On regrettera par moment des cases où j’admets m’être un peu perdu dans l’action mais ça reste minime et je me permets de me remettre moi-même en doute là dessus.

Niveau décors, c’est simple mais agréable. Pas de détails incroyables mais c’est amplement suffisant pour que l’on puisse apprécier ce manga.

 

En conclusion, Shinjiro a réussi à utiliser un concept de base simple et déjà vu pour en faire une histoire intrigante, pas tellement surprenante mais tout de même intéressante. Les événements se succèdent bien et à bon rythme et les personnages ajoutent vraiment du positif à l’œuvre et permettent de rester plongé dedans sans décrocher. Malgré les quelques soupçons que je peux avoir quant à la suite, l’envie d’en connaître le dénouement reste présente et j’espère sincèrement  que malgré les quatre tomes, l’auteur a su tirer son épingle du jeu et ne pas se rabattre sur du trop classique. Si l’esprit du premier volume est gardé alors on a là une petite histoire très sympathique!

 

H.

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