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Les Liens du Sang

 

Une relation  

mère-fils 

totalement  

saine……

 

Les Liens du Sang est un Seinen de Shuzo Oshimi, publié au Japon depuis 2017 et terminé en 17 volumes. En France, les éditions Ki-Oon publient la licence depuis 2019 et le quinzième volume sort en ce début d’année 2024.

 

 

Shuzo Oshimi ne vous est peut être pas inconnu, puisqu’il a déjà vu plusieurs de ses œuvres publiées chez nous comme : Les Fleurs du Mal, Dans l’Intimité de Marie, Happiness, ou encore tout récemment Welcome Back, Alice.

 

La famille du jeune Seiichi semble totalement banale. Son père est salarié, sa mère est femme au foyer, et ils font régulièrement des réunions de famille. Il vit une vie de jeune adolescent banal avec une certaine attirance pour Yuiko, une fille de sa classe. Mais c’est sans compter sur sa mère qui le considère encore comme un bébé et a un comportement parfois…étrange.

 

Les Liens du Sang est un titre fictionnel qui se déroule dans un monde réaliste. On y suit la famille de Seiichi dans des secrets familiaux et une descente aux enfers qui vous éloignera grandement des slices of life détentes et mignons. Au fond, on a un petit peu de l’ambiance de Gannibal, mais sur un côté beaucoup moins enquête puisque tout se centre autour de l’évolution de Seiichi dans cet environnement qui ne va qu’empirer.

Dès le début du titre, vous avez une scène étrange qui se déroule, dans l’enfance de Seiichi mais on ne se pose pas forcément de questions sur le moment, d’autant qu’on voit ensuite une famille unie, avec une mère aimante, et juste ces quelques scènes de planement entre la mère et son fils qui peuvent nous intriguer et nous faire nous poser des questions sur le côté malsain de la relation qu’ils entretiennent. Mais au début, on ne s’inquiète pas plus que ça, c’est plutôt à mesure qu’on va avancer dans notre lecture du tome.

En effet, on a une montée en pression, et une ambiance qui se veut ultra prenante, toujours plus oppressante au fur et à mesure qu’on avance dans notre lecture. Les Liens du Sang est un page turner et en plus, c’est un manga qui se lit super vite. Il y a peu de dialogues, la grande partie de l’ambiance se joue par la mise en scène et la contemplation, et on comprend énormément d’éléments juste en regardant l’histoire se dérouler sous nos yeux, de cases en cases. La première fois que j’ai lu Les Liens du Sang je n’ai mis que dix minutes à dévorer le tome et je me suis retrouvée à la fin sans comprendre comment j’avais pu le lire aussi vite.

Les Liens du Sang est loin du slice of life familial tout doux. C’est un titre psychologique, tordu, thriller, qui repose sur la manipulation du fils par la mère qui lui lave le cerveau depuis son plus jeune âge par des traumatismes et des paroles soigneusement choisies sans même qu’il ne s’en rende compte, si bien qu’il se retrouve toujours d’accord avec elle. C’est un ôde à la folie et à la relation qui dérange et fascine en même temps. C’est l’aspect dérangeant qu’on a du mal à comprendre qui aide à l’ambiance oppressante et qui crée ce page turner qui fait qu’on finit le manga en dix minutes. 

Le personnage de Seiichi peut vous paraître insupportable de par son comportement très enfantin et inactif, mais c’est surtout un enfant “abruti” par sa mère surprotectrice et menaçante à la fois. On ressent très bien la pression que Seiichi vit au quotidien et on a parfois même l’impression d’avoir la tête sous l’eau en lisant ce titre, en approchant du climax du tome un, comme si tous les sons se retrouvaient étouffés à mesure que la pression augmente.

Car effectivement, comme je l’ai déjà dit, l’ambiance oppressante qui ne fait qu’augmenter rend le titre ultra prenant. Et cette pression se traduit aussi bien par l’ambiance en général de l’œuvre, que par la pression que la famille de Seiichi met sur sa mère, ou même sur Seiichi qui, mine de rien entre sa mère, les gens de sa classe, sa tante et son cousin, reçoit énormément de poids sur ses épaules. Cette pression est un peu comme un ballon trop gonflé. Elle gonfle, gonfle, est sur le point de craquer, jusqu’au point de rupture qui nous offre un sacré climax de fin de volume qui déclenche la descente aux enfers de la famille de Seiichi et de Seiichi lui-même. Je ne vous le détaillerais pas mais en tout cas, ce climax m’a poussé à dévorer les tomes suivants sans pouvoir m’arrêter.

Ce qui fait toute la pression et le page turner de ce titre, c’est le thème de la folie qui est majoritaire et très bien mis en scène par l’auteur. On se sent impuissant face à cette folie qui touche aussi bien la mère que Seiichi, que toute la famille. D’autant que cette folie mène à des secrets de famille oppressants et profondément mystérieux. On sent qu’il se cache quelque chose de glauque derrière la mère de Seiichi, mais rien n’est vraiment encore montré pour le moment, l’auteur nous tient en haleine et on a juste le droit d’assister à un nouveau sombre secret entre mère et fils. Mais sachez que plus vous avancerez dans votre lecture, plus ce que vous découvrirez ne sera que glauque, horreur et folie, surtout avec l’enfance de Seiichi et la vérité derrière tout cela.

C’est un titre qui se lit vraiment bien, aussi bien par son aspect contemplatif, que par sa folie et la curiosité morbide que développe l’humain malgré lui. On sait que tout ne va pas être joli à voir, que les dégâts psychologiques des personnages seront probablement irréparables, mais on est tout de même curieux d’en savoir plus, d’apprendre comment tout cela va se finir. On ressent un peu la même curiosité morbide qu’en lisant Mother Parasite. Mettez la mère des Liens du Sang et l’enfant de Mother Parasite et vous obtiendrez la parfaite famille de dégénérés.

 

C’est parce qu’il est mort…le pauvre

 – Seiko

 

Vous vous en douterez, ôde à la folie et aux secrets familiaux oblige, nos personnages sont loin d’être sains d’esprit.

Seiichi par exemple, aurait pu être un garçon comme les autres. Cependant, sa mère l’ayant tant choqué et couvé qu’il en devient ultra dépendant d’elle. Ses réponses envers elle sont toujours les mêmes, et les seuls moments où il ose un peu braver son éducation ultra protectrice, c’est lorsqu’il est à l’école ou qu’on parle de la fille qu’il aime. Et encore, ce n’est pas le garçon le plus dégourdi j’ai même plus d’une fois l’impression qu’il est en retard sur son âge et son tempérament bébé et passif pourrait en agacer plus d’un (même s’il ne faut pas oublier que c’est juste un enfant manipulé depuis sa plus tendre enfance).

La mère de Seiichi quant à elle essaie de paraître comme parfaite aux yeux de tous mais se prend sans cesse des remarques de sa famille. Elle est ultra protectrice envers son enfant, et on sent qu’elle a du mal à supporter le mal qu’on dit sur eux. Je ne peux pas trop parler de son caractère troublant ici, je pense qu’il vous faudra lire le titre pour vous en faire votre propre avis mais personnellement, elle m’angoisse un peu.

Le père de Seiichi est comme tous les pères de famille japonaise. Il espère une famille parfaite, dans une maison parfaite, tout bien rangé, bien à sa place, si bien qu’il ne se rend ni compte de la détresse de son fils, ni même prend la peine de s’inquiéter de la santé mentale de sa femme. On a l’impression d’une famille parfaite simulée sans cesse par tous les membres de cette maison, sauf que malheureusement, tout ne va pas rester tout beau.

Enfin, le style de l’auteur nous propose un dessin semi réaliste, aux traits très hachurés formant des ombres inquiétantes. Les personnages ont des chara-designs classiques mais largement suffisants pour un titre qui se veut réaliste. Le plus irréaliste dans tout cela est probablement les têtes qu’est capable de prendre Seiichi lorsqu’il est choqué. Les décors sont bien présents, l’encrage rend le tout presque griffonné, imprécis et cela participe toujours plus à l’ambiance. Les planches nous offrent des cases larges qui facilitent la lecture et jouent sur le rythme qui est toujours soutenu, en plus de permettre à l’auteur d’avoir plus de place pour dessiner des scènes aux personnages aux regards qui en disent long sur tout ce qui se déroule.

Quant à la couverture, elle est cartonnée donc agréable au toucher. On y représente la mère de Seiichi et Seiichi bébé et la coloration donne l’impression d’une peinture. On sent qu’on n’aura pas un manga comme les autres rien qu’en regardant la couverture, et en même temps, je crains qu’elle dissuade certaines personnes de se procurer le tome par son aspect si particulier.

 

En conclusion, Les Liens du Sang est un seinen psychologique, thriller, où vous arriverez à la fin du volume sans vous en rendre compte. C’est un ôde à la folie, et un titre qui se centre sur des secrets de famille et la manipulation d’une mère sur son fils depuis son plus jeune âge. C’est un manga qui vous embarquera dans un ouragan d’émotions négatives et oppressantes, qui vous soulèvera et vous étouffera jusqu’au climax aussi bien libérateur qu’horrifique. C’est un titre qui joue sur notre curiosité morbide et sur un mystère pour le moment quasiment complet mais dont Seiichi ne ressortira pas indemne.

 

Si vous souhaitez vous procurer les tomes sur notre site internet c’est par ici !

L.

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