Enfer et Contre Toutes

Quand le
regard des
autres ne doit
plus dicter
nos vies
Enfer et contre Toutes est un Josei d’Akane Torikai, publié au Japon en 2014 et terminé en trois volumes. En France, les éditions Akata s’occupent de la publication et le dernier volume sort en Février 2025.
Akane Torikai ne vous est peut être pas inconnue puisqu’elle a fait pas mal de bruit avec ses récits engagés, plein de sororité, qui bousculent la société. Beaucoup de ses œuvres ont déjà été publiées en France comme En Proie au Silence (Chronique Ici ), Saturn Return (Chronique Ici), Sans Préambule, You’ve Gotta Love Song, Amour Placebo ou encore le Siège des Exilées.
Trois femmes victimes de la société se retrouvent liées par le destin. Kana a 31 ans et est une mère célibataire qui aimerait qu’on la plaigne moins car sa vie lui paraît chouette. Yuri a 28 ans et est une employée de bureau droite dans ses bottes mais qui fuit tout rapport avec les hommes. Enfin, Nao a 36 ans et elle enchaîne les conquêtes avec une seule idée en tête: s’aimer elle et elle seule plutôt que les autres. Elles rejoignent toutes les trois la même colocation, vont découvrir qu’elles portent toutes le fardeau d’être une femme et vont se soutenir tout en cherchant un moyen d’avancer dans ce monde.
Enfer et contre Toutes est un slice of life où l’on va suivre le quotidien de trois femmes, leurs problèmes, leurs sentiments face aux autres, aux hommes et à la société. Ces femmes vont devoir cohabiter pour diverses raisons. Kana par exemple souhaiterait rester dans la même préfecture suite à son divorce, afin que son enfant puisse continuer sa scolarité dans la même maternelle. Yuri quant à elle, doit trouver un nouveau logement suite à l’avis de démolition de l’immeuble dans lequel elle vit depuis 8 ans. Et enfin pour Nao, c’est elle qui recherche des colocataires car elle n’arrive pas à s’occuper de sa maison et d’elle-même, préférant s’occuper de ce qu’elle aime ainsi que de ceux qu’elle aime. On peut donc dire que la recherche de colocataires de Nao tombe à pic pour les trois d’entre elles qui vont en plus de trouver un logement chaleureux, lier des relations qui vont changer leur vie.
Comparé aux autres œuvres d’Akane Torikai, j’ai trouvé que Enfer et contre Toutes était dans l’ensemble plus léger (comparé à En Proie au Silence (Chronique Ici ) ou Saturn Return (Chronique Ici), il n’y a pas photo) et accessible à un plus large public en plus d’être très engagé.
En effet, Akane Torikai est connue pour ses titres qui bousculent et dénoncent les hommes, le regard et les réflexions des autres mais surtout la société en général dans laquelle les femmes doivent évoluer. Si on a souvent des dénonciations sur le v**l ou les relations d’emprise chez Akane Torikai, cette fois-ci on traite des préjugés sur les femmes et surtout, nous pouvons observer trois femmes qui vont se lier ensemble dans une sororité bienveillante (d’où l’aspect plus accessible je trouve). On a alors des sujets qui font grincer les dents mais qui sont toujours d’actualité aussi bien en France qu’encore plus au Japon. On a l’exemple du personnage de Kana, qui était mariée, devait travailler et s’occuper du foyer et de l’enfant juste parce que son mari gagnait plus d’argent qu’elle.
Si ce sujet vous fait grincer des dents, croyez moi que vous n’êtes pas au bout de vos surprises car, encore une fois, Akane Torikai réussit le pari de nous révolter, de nous bousculer et de nous montrer tout ce qui ne va pas jusque dans les moindres petites paroles qui peuvent initialement être dites sans vouloir faire du mal, mais qui blessent tout de même. On a par exemple ce fait de société implicite où la femme gagne moins que l’homme, ou parce que tu es célibataire tu devrais te sacrifier au travail pour ceux qui ont une vie de famille. Ou encore, parce que tu es une femme tu aurais moins de possibilités de carrière parce qu’une fois mariée il faut s’occuper du foyer et des enfants.
On se rend d’ailleurs bien compte de la stupidité des demandes faites aux femmes entre ceux qui leur demande de travailler mais aussi ceux qui veulent que la femme reste au foyer. Ou encore dans le cas de Kana on lui demande de retourner avec son ex mari ou d’en trouver un autre mais attention il ne faut pas avoir un autre homme parce que ça peut choquer l’enfant.
Plusieurs fois dans le tome, notre trio débat de leur condition de femme et elles ont des points de vues bien différents, et parfois même des théories un peu spéciales. Par exemple, l’oppression de l’homme sur les femmes serait inscrite à la naissance. Mais même si elles débattent, leurs points de vues se rejoignent toujours et tout se fait dans le calme si bien qu’il est intéressant de découvrir chaque avis et chaque argumentaire. Je trouve que dans ce manga, débattre ensemble leur permet de soigner leurs “traumatismes” et les aide à comprendre le comportement des autres et des hommes, tout en validant le fait que certains de ces comportements ne sont pas normaux et ne devraient même pas exister.
Au fond, Enfer et contre Toutes nous propose une sororité bien présente et qui fait du bien. On a des relations mignonnes et touchantes qui se forment entre ces femmes, même si cela prend un certain temps pour briser la glace et qu’elles nous paraissent pourtant bien différentes, au point d’être totalement opposées en termes de caractère ou manière de vivre. Au début elles n’osent pas vraiment se dire les choses et surtout, elles ont peur du regard des autres car elles ont été conditionnées à recevoir des remarques blessantes, ce qui est malheureusement réellement le cas. Par exemple, Kana avoue que parfois elle regarde la télé ou fait la sieste l’après midi en pensant cela honteux alors qu’à côté elle travaille quand même, s’occupe de la maison et de son enfant.
En ce qui concerne la composition du tome, chaque chapitre est assez court et se centre principalement sur l’une des femmes et une thématique ou une idée qu’elle est en train de vivre. On a ainsi les pensées de l’une puis d’une autre d’un chapitre à l’autre et cela rend le titre plus dynamique tout en nous permettant de mieux cerner leurs problèmes mais également leurs caractères. On peut alors passer d’un chapitre qui traite de la popularité de Nao auprès des gens, à un autre chapitre sur Yuri, sa fièvre et le fait qu’elle s’impose trop de pression.
J’ai trouvé le secret pour avoir la cote ! “Ne pas porter plus d’intérêt aux hommes qu’à soi-même !” Je viens de me rendre compte, je m’aime mille fois plus que n’importe quel homme !
– Nao
On ne côtoie quasiment aucun personnage masculin dans ce premier volume, nous concentrant vraiment principalement sur les trois femmes et Kaede, l’enfant de Kana.
Kana est une femme de 31 ans, divorcée car son mari avait des préjugés sexistes et qu’il ne servait pas à grand chose à la maison à part faire le mâle alpha (oui je ne l’aime vraiment pas). Heureusement, Kana a divorcé de lui mais se retrouve alors avec la garde de l’enfant, à devoir trouver un endroit où se loger dans la même préfecture afin de permettre à Kaede de rester dans la même école maternelle et de ne pas totalement perdre ses repères. C’est une femme forte, qui n’a pas l’impression que sa vie est difficile et qui ne supporte plus la pitié que peuvent lui apporter les autres ou encore les conseils déplacés. Elle s’occupe très bien de son enfant, tout comme des tâches ménagères tout en travaillant de chez elle comme illustratrice, c’est donc clairement une femme indépendante qui n’a besoin de l’aide de personne, mais qui au fond aimerait bien trouver un homme bien.
Yuri quant à elle a 28 ans et est une employée de bureau travailleuse et droite dans ses bottes. Après une relation avec un homme marié, elle fuit les rapports avec les hommes et se met une pression monstre au travail, la rendant difficile à approcher socialement. Elle, tout ce qu’elle aimerait, c’est qu’on la laisse vivre sa vie, sans qu’on lui dise que comme elle est célibataire elle peut remplacer une personne qui a une famille au lieu de profiter de sa vie comme elle l’entend.
Enfin, Nao a 36 ans et enchaîne les conquêtes. C’est une femme libre mais qui a un gros problème : elle est beaucoup trop passionnée, au point qu’elle préfère s’occuper de ce qu’elle aime et de ceux qu’elle aime plutôt que de prendre soin de soi et de son chez soi. Elle est très populaire mais se fait toujours avoir par des hommes qui ne la respectent pas vraiment alors qu’elle, les aime sincèrement. C’est celle qui dénote le plus des trois femmes, mais aussi la propriétaire de la colocation, dynamique, joyeuse, qui voit toujours tout d’un œil bien différent des autres.
Enfin, on voit tout de même un homme dans ce premier volume, ami de Nao et qui, je trouve, n’est pas forcément très fréquentable mais apporte parfois un point de vue externe qui peut faire taire les gens qui se ramènent dans les débats pour dire: oui mais c’est un point de vue de femme ça ! Shikatani se retrouve souvent à squatter la colocation, mais ne vous inquiétez pas, il ne s’intéresse qu’aux filles vierges ! (oui je disais donc, je le trouve limite) Il est tout de même parfois de bon conseil puisqu’il n’hésite pas à pointer du doigt ce que nos trois jeunes femmes ne voient parfois pas.

Le trait d’Akane Torikai est facilement reconnaissable dans les dessins par le chara design des personnages et la manière qu’elle a d’utiliser des traits fins pour faire les visages de ses personnages. Ceux-ci ont un design bien différent des uns et des autres qui va vraiment bien avec leur personnalité, même si je trouve que certains d’entre eux font relativement jeune comparé à leur âge.
Les décors quant à eux sont relativement présents mais très minimalistes et surtout, la disposition des planches nous offre des cases assez resserrées, fines, avec beaucoup de texte et donc moins de sensation de vide.
L’autre point qui dénote beaucoup des autres mangas : je trouve que Akane Torikai n’abuse pas des trames et de l’encrage, tout est minimaliste mais largement suffisant pour être beau à regarder et faire passer les messages voulus.
En conclusion, Enfer et contre Toutes est un récit encore très engagé de l’auteure qui bouscule et dérange, dénonçant les comportements et paroles déplacées que l’on peut avoir sur les femmes, et montrant leur ressenti face à une société encore trop patriarcale et qui se mêle bien trop souvent de ce qui ne la regarde pas. Je trouve cependant que ce titre est bien plus accessible au grand public par un ton plus léger et une sororité touchante qui se forme entre ces trois femmes qui doivent cohabiter ensemble. C’est un titre court, bien construit, où l’on perçoit des débats constructifs, dans le calme et où Kana, Yuri et Nao soignent leurs inquiétudes ensemble dans la bienveillance.
Si vous souhaitez vous procurer les tomes sur notre site internet c’est par ici !
L.
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