37 Seconds

Une seconde
plus tôt
37 Seconds est un Seinen de Hikari au scénario et Kurihara Yohei au dessin, publié en trois volumes au Japon depuis 2022. En France, les éditions Akata s’occupent de la parution depuis 2025 et le dernier tome est sorti en Mars 2026.
Yuma rêve de devenir mangaka depuis qu’elle est enfant. Cependant, sa vie en fauteuil roulant n’est pas facile, surtout avec une mère ultra protectrice qui ne la laisse pas prendre ses propres décisions même du haut de ses 23 ans. En plus de cela, son amie d’enfance se sert d’elle en s’appropriant son manga et en le publiant sous son nom. Un jour elle en a marre et décide de contacter un tout autre magazine de prépublication : un magazine de mangas érotiques. Manque de bol la rédactrice en chef est catégorique : Si elle veut pouvoir dessiner du manga hérotique réaliste, il va falloir qu’elle gagne en expérience…sur tous les fronts.
37 Seconds est un manga qui dénonce énormément mais pas que, puisqu’on va suivre Yuma, une jeune femme de 23 ans qui malgré son handicap rêve de liberté et d’indépendance, a envie de vivre sa vie pleinement sans qu’on ne voit en elle qu’une fille en fauteuil roulant et ce, que ce soit professionnellement qu’en amour. Cependant, cela va être difficile pour elle de parvenir à se détacher de son ancienne vie à cause de plusieurs facteurs, notamment la manière dont sa mère la surprotège et ne veut jamais lui laisser de liberté, mais aussi à cause du regard et du comportement des autres qui est souvent ultra déplacé et cruel surtout au Japon. On a même une personne au début qui se permet de se servir d’elle sous prétexte qu’elle est en fauteuil, de profiter de sa faiblesse pour se faire connaître à sa place en se faisant passer pour son amie.
Une chose est sûre, plus d’une fois vous serez révoltés en lisant ce premier volume, que ce soit par la manière dont est traitée Yuma, que par les regards que lui jettent les autres, les commentaires que peuvent avoir les gens (et même sa mère en a parfois que je trouve bien limites). Au fond la plupart des personnages de ce mangas vous écœureront, en tout cas c’est mon ressenti à moi. Que ce soit “l’amie” de Yuma, la mère de Yuma, ou même des hommes qu’elle rencontre, tous la voit comme une jeune femme avec un fauteuil roulant et pas une jeune femme tout court et cela leur donne l’impression soit de devoir avoir pitié d’elle, soit d’avoir le droit de la manipuler ou de la traiter de manière très limite.
Malheureusement ce sont des faits qui ne sont pas rares et qui sont même vraiment courants chez les personnes atteintes d’un handicap, encore plus un handicap physique lourd. Yuma souhaiterait juste devenir mangaka et vivre de sa passion, mais tout semble lui faire obstacle.
Si j’avais pris mon premier souffle ne serait-ce qu’une seconde plus tôt, est-ce que moi aussi j’aurais pu goûter à la liberté?
– Yuma
Cependant, une chose qu’on ne peut que trouver admirable, c’est la manière dont Yuma, si peu sûre d’elle, va se prendre en main et tenter par elle-même de trouver un éditeur qui voudra bien de son travail. Bien sûr encore une fois tout ne se passe pas exactement comme prévu et cela va pousser Yuma a découvrir plus de pans d’elle-même et à se surpasser pour espérer toucher du doigt son rêve.
Pour cela, on va avoir une grande importance apportée sur la liberté de Yuma mais aussi la découverte de sa sexualité, car, étant surprotégée par sa mère et porteuse d’un handicap lourd, Yuma n’a jamais vraiment eu l’occasion d’expérimenter, d’aimer, et d’apprendre ce que c’était que faire l’amour, chose qu’elle aurait bien besoin de savoir pour pouvoir signer avec le magazine de prépublication qui semble intéressé par son travail : un magazine de mangas érotiques. On se retrouve alors aussi bien à observer la difficulté de Yuma à trouver la liberté pour sortir de chez sa mère sans elle mais aussi sa difficulté à apprendre ce que c’est que la sexualité à cause du regard des autres et de son handicap lourd. Heureusement, elle va faire la rencontre de personnages qui, eux, ne vous écœureront pas et qui, j’espère l’aideront à s’épanouir.
Car oui, dans ce manga vous ne souhaitez qu’une chose, voir Yuma s’épanouir et obtenir le droit de vivre sa vie librement, sans subir le regard des autres et sans être emprisonnée dans ce cocon maternel de surprotection malsaine. D’ailleurs je trouve qu’on a un sacré aspect psychologique, que ce soit dans la manière d’agir de Yuma (sa maladresse, ses remords d’avoir fini dans ce corps, sa combativité malgré tout), que par la manière d’agir de sa mère qui aurait bien besoin de lâcher un peu prise .
37 Seconds est un manga court en trois volumes, qui traite d’un sujet important et qui se lit tout seul. On a un excellent rythme et vous ne pourrez que vous attacher à ce personnage qui a subi beaucoup trop d’injustices à mon goût.

Pour parler un peu des dessins, le trait du dessinateur vous rappellera beaucoup celui de certains autres mangakas connus pour être des auteurs engagés qui dénoncent des faits de société. En effet, le dessinateur a travaillé avec Akane Torikai ou encore Inio Asano et cela se sent aussi bien dans les chara-designs des personnages (je trouve notamment que le chara-design de Yuma ressemble beaucoup aux chara-designs des personnages de Inio Asano) ou encore avec l’aspect parfois crayonné, hachuré qu’on retrouve dans le trait de Akane Torikai.
On a également de très belles planches qui montent l’émotion en puissance jusqu’à un climax et ça nous happe clairement dans notre lecture. Les planches ont par ailleurs des cases assez larges, ce qui permet de rendre le manga plus rapide à lire et de mieux mettre l’accent sur le dessin, d’autant que le dessin est travaillé jusqu’au bout, il n’y a pas un seul décors blanc de tout le tome ce qui fait plaisir à voir.
Le titre 37 seconds n’a certainement pas été choisi au hasard car ce qui a rendu Yuma paraplégique a un rapport avec ces 37 secondes, je vous laisserais le découvrir par vous même.
En conclusion, 37 Seconds s’inscrit dans la volonté des maisons d’édition Akata de proposer des titres engagés notamment sur les handicaps comme avec leurs autres titres édités : Running Girl ou encore Fends le vent pour n’en citer que deux. C’est un manga sur l’émancipation d’une jeune femme qu’on a trop longtemps considéré comme une femme en fauteuil roulant et non pas une femme tout court. Cela permet de faire un travail sur notre propre regard envers les personnes porteuses d’un handicap mais aussi de dénoncer les sévices subies par ces dernières qui sont trop souvent réduites à leur handicap alors qu’au fond ce ne sont que des personnes comme vous et moi.
Le titre est prenant, assez cocasse dans les recherches que doit faire Yuma pour son manga, mais il respire aussi la recherche de liberté, la découverte de soi, de son corps et l’envie de côtoyer l’autre sans se faire juger.
Le manga est prenant, propose des planches impactantes et très bien grattées, c’est un titre court, social, important à lire et vraiment passionnant.
Si vous souhaitez vous procurer les tomes sur notre site internet c’est par ici !
L.
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