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Moi, Sherlock

Une revisite

futuriste de 

Sherlock Holmes

Moi, Sherlock est un Seinen publié au Japon en 2017 en 4 tomes terminés, écrit par Kotaro Takata et illustré par Naomichi Io. Le premier tome nous parvient en France en Décembre 2020 chez les éditions Soleil.

 

Dans un futur plus ou moins proche, un Watson ancien médecin militaire rencontre un Sherlock Holmes des plus original puisqu’il s’agit d’un androïde doté d’une capacité d’observation incroyable. Sa froideur et son intelligence sont alors à leur paroxysme et c’est ensemble qu’ils vont résoudre des affaires aux frontières du réel. 

Pour commencer, dès les premières pages on nous dépeint un univers original et intéressant avec Sherlock, l’androïde qui observe et scanne tout ce qu’il voit et John, l’ancien medic revenu de la guerre en Afghanistan. L’univers m’a tout de suite intriguée, et le fait que ce soit un Sherlock Holmes futuriste avec des androïdes le démarque totalement des autres histoires déjà existantes sur Sherlock Holmes. J’ai la forte impression que la présence d’androïdes pourrait mal tourner, un peu à la Black Mirror qui dépeint toujours des situations où l’homme se fait dépasser par ce qu’il créer, ou à la Detroit Become Human, où les androïdes se mettent à éprouver des émotions et à se libérer du joug humain.

Si le premier chapitre sert à établir l’univers de Moi, Sherlock, le second nous introduit les enquêtes et pas uniquement des recherches de chats perdus, mais bien des investigations sur des meurtres, proposés par le Dr.Emma qui semble clairement vouloir tester les limites de sa création: Sherlock.

Vous n’êtes pas fatigué de courir après des chats? Que dites-vous d’une affaire de meurtre?

– Dr.Emma

La présence de l’androïde va néanmoins permettre de sauter des étapes durant les enquêtes qui auraient pu ralentir le rythme de l’histoire et créer des moments d’attente, puisqu’il est capable de scanner et d’observer en profondeur l’être humain, et donc d’identifier en un instant un corps, mais aussi les indices qui leur permettraient d’avancer dans l’affaire. Cela évite peut-être de partir dans des débats trop longs et redondants où on aurait dû attendre que, par une justification bancale, un personnage trouve un indice. Le lecteur ne se lasse donc pas de l’investigation et on a tout de suite des réponses que normalement on n’aurait pas avant un moment.

De plus, les moments de réflexion des personnages ne sont pas lourds à lire car ils sont toujours ponctués d’une petite pointe d’humour, de par le comportement amusant d’un des personnages, ou un dialogue un peu bête. On ne décroche alors à aucun moment de l’enquête et on veut savoir le fin mot de l’histoire.

Toutefois, j’ai peur que le côté androïde de Sherlock ne facilite un peu trop les résolutions des investigations, et j’espère vraiment que d’autres androïdes se mêleront à leurs histoires pour leur mettre des bâtons dans les roues, et qu’ainsi on gardera ce côté futuriste si original pour un Sherlock Holmes.

Il y a cependant un excellent point à ce manga, c’est qu’il a l’air de reprendre réellement des enquêtes du Sherlock Holmes original, et de les réadapter à son univers. En effet, la première investigation de l’original concernait le serial killer Jefferson Hope et ici, on a bien affaire à un certain Hope pour leur première enquête. On n’a donc pas un Sherlock Holmes qui s’approprie juste le nom des personnages, mais surtout une œuvre qui remanie à sa manière et dans l’air du temps des enquêtes déjà connues et reconnues du public.

J’ai néanmoins peur que quatre tomes soient trop peu pour tout le potentiel de cet univers, et j’espère vraiment qu’il ne s’agira pas d’une fin arrangée par un auteur forcé d’arrêter son œuvre trop tôt.

Pour ce qui est des dessins, je les trouve vraiment top. Les chara designs sont originaux et les traits très bien dessinés. Les décors sont amplement suffisants même si j’ai parfois remarqué la présence de décors photos retravaillés pour les intégrer au dessin, surtout dans le premier chapitre, et je n’en suis pas friande. Du moment que c’est que de temps en temps ça va.

Enfin pour les personnages, j’aurai beaucoup de choses à dire sur nos deux protagonistes et leur relation.

Tout d’abord parlons de Watson. Il s’agit d’un ancien medic de l’armée. Il était en Afghanistan et s’est retiré après une blessure et n’a maintenant plus de boulot. Je suppose qu’il doit se méfier des androïdes puisqu’il a été blessé par l’un d’entre eux. Il semble pourtant accepter Sherlock comme coéquipiers mais j’ai hâte d’en apprendre plus sur lui et sur son caractère. Ça fait plaisir de voir une adaptation où Watson n’est pas juste un gars fragile et peu sûr de lui qui se fait peu respecter par Sherlock comme dans Kabukichou Sherlock. Là, on a un John Watson que je trouve plutôt stylé avec un chara-design bien sympa, qui a un fort caractère et qui semble faire fonctionner ses méninges, nonobstant qu’il se repose encore beaucoup sur le côté androïde de Sherlock. C’est également un Watson fort, qui sait se battre même s’il n’a pas l’argent pour acheter son propre matériel, et on est donc bien loin du Watson semi absent qui ne sert qu’à donner la réplique à Sherlock et qu’on peut avoir dans certaines adaptations. J’ai de grands espoirs pour ce personnage que j’apprécie beaucoup.

En ce qui concerne Sherlock Holmes, c’est le personnage qui amène la pointe d’originalité à l’histoire. C’est un androïde prototype qui scanne tout ce qu’il voit. Il est fait pour étudier les humains et se retrouve à suivre un gars qui n’a plus rien pour lui afin d’en apprendre plus sur le comportement humain. Je le trouve intéressant car il a une manière de réfléchir plus poussée qu’un humain et il a envie d’en apprendre plus comme s’il pouvait éprouver de la curiosité. Peut-être a-t-il le moyen d’apprendre des humains?

Quoi qu’il arrive, le fait qu’il soit un androïde justifie qu’il soit capable de sur-observer les gens et de résoudre des enquêtes facilement. On n’a pas un Sherlock qui est juste un génie, il s’agit d’un androïde donc c’est limite normal qu’il ai des capacités comme cela.

Comme c’est un androïde en plus, il n’a pas sa langue dans sa poche et cela donne des situations plutôt amusantes. C’est un personnage qui agit de manière légère et parfois même un peu pervers sans le vouloir, ce qui change des Sherlock sérieux et allège l’atmosphère. D’autant que son chara-design de jeune garçon le rend plus enfantin et plus jovial.

Contrairement au réel Sherlock Holmes qui est sérieux, celui-ci propose des réflexions d’androïde parfois drôles et est toujours ramené à la vérité par John qui, lui, reste toujours sévère.

Il semble y avoir une opposition intéressante entre le personnage de Sherlock et celui de John. John est humain tandis que Sherlock est un androïde, l’un est sérieux et l’autre jovial, John tient à la vie tandis que Sherlock ne s’en soucie pas. Tout les oppose donc, que ce soit leur caractère, leurs manières d’être, leur façon de penser, leur physique puisque Sherlock fait enfantin à côté d’un Watson plus adulte. Pourtant, les deux semblent s’allier pour faire équipe, l’un pour pouvoir observer de près les humains, l’autre pour avoir du travail. Plus que coéquipiers, ils restent ensemble par un accord commun et parce que l’autre peut leur servir. C’est une relation que je trouve très intéressante et j’ai hâte de voir comment elle va évoluer.

En conclusion je dirais que Moi, Sherlock est un manga qui vaut franchement le détour. Tout d’abord parce que c’est une série courte en quatre tomes, mais surtout parce qu’il se lit tout seul et propose une revisite futuriste de Sherlock Holmes en reprenant les véritables enquêtes, les remaniant au goût de l’époque dans laquelle se déroule le manga. L’écriture des personnages, les dessins et la revisite futuriste me plaisent beaucoup, de même que l’opposition entre le personnage de Watson et celui de Sherlock et je ne peux donc que vous le conseiller. Le premier tome conclut la première enquête et introduit les premières interrogations ainsi que le scénario pour la suite de l’histoire qui promet d’être palpitante et intrigante.

L.

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