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Goodbye my RoseGarden

Les roses malades

n’ont pas besoin

d’être arrachées si

elles sont soignées

à temps…

 

Goodbye my Rose Garden est un Seinen écrit et dessiné par Dr. Pepperco et qui compte au total 3 volumes dont le dernier nous parvient demain, le 25 Février. Le premier étant lui sorti en Août 2020 aux éditions Komikku.

Hanako est une jeune femme japonaise qui a un jour décidé de traverser le monde afin de rechercher en Angleterre un écrivain dont elle est terriblement passionnée, Victor Franks.

Malheureusement pour elle, la maison d’édition refuse de donner la moindre information, et ce malgré son acharnement qui la fait revenir jour après jour. Au bout d’une énième tentative et d’un échec cuisant et blessant, une main lui est tendue. C’est celle de la jeune Alice, fille de bonne famille qui décide de la prendre en tant que femme de chambre. Notre jeune étrangère est cependant loin d’imaginer tout ce que cela va impliquer…

Cette œuvre est un Seinen possédant du Yuri mais amené d’une telle façon qu’on ne peut que se prêter au jeu. En effet la relation qui se crée entre nos deux protagonistes est très naturelle. Elle n’est pas forcée, ce n’est pas du yuri pour du yuri afin de pouvoir simplement montrer des femmes un peu trop entreprenantes. Ici, c’est une relation bien plus belle et surtout plus mature. Le yuri ne paraît pas être une étiquette à coller sur ce manga, ce n’est pas uniquement cela. Au contraire, le yuri est ici une évidence, une continuité. L’important à mettre en avant n’est pas qu’il s’agisse de deux femmes, mais plutôt qu’il s’agisse de deux personnes à part entière qui nouent des liens et qui voient grandir en elles des sentiments, qu’ils soient purs ou non, qu’ils soient réciproques ou pas. D’ailleurs je parle d’amour mais ce n’est pas tout à fait cela dans ce premier tome, il n’est pas encore question d’amour à proprement parler, malgré les quelques scènes où l’on peut sentir quelque chose de plus et où l’on peut y voir une sorte de “flirt”. Mais tout cela est fait avec beaucoup de subtilité et c’est très agréable. Que ce soit des hommes ou des femmes, ça n’a pas d’importance, c’est ce qu’on ressent en tant que lecteur et c’est, je dirais même, la pensée profonde de Hanako.

 

 

Il est primordial de remettre l’histoire dans son contexte Historique. Nous sommes dans les années 1900 dans une Angleterre encore profondément marquée par la Noblesse. Cette dernière est encore intransigeante, surtout sur certains sujets comme l’homosexualité. Il est hors de question que deux hommes ou deux femmes aient une relation, ceci est un crime et la sentence est terrible. Un déshonneur pour la famille et la mort des concernés, c’est généralement ce qui attend les coupables. Mademoiselle Alice fait malheureusement partie d’une aristocratie qu’elle ne supporte pas mais elle est bien trop attachée à sa famille pour lui causer du tort. Étant lesbienne elle ne trouve aucune solution, elle possède déjà un fiancé qu’elle n’a pas choisi, elle a déjà dû renoncer à un amour, tout semble impossible pour elle et il ne lui reste plus qu’à être seule dans son jardin de roses et d’attenter à sa vie afin que son calvaire cessent enfin. On y voit donc toute la pression liée aux mœurs de l’époque qui s’appliquent encore plus à la noblesse qui se voulait encore plus intolérante à tout ce qui pouvait nuire à leur image, surtout que des rumeurs courent sur la sexualité d’Alice.

Hanako, dans toute sa bienveillance, souhaite rester à ses côtés et compte bien tout faire pour l’empêcher de mettre fin à ses jours. Cela apporte aussi bien de jolies scènes riches en émotions, que des drames menaçant leur être et leur existence.

Là où l’histoire réussit bien à nous donner envie de continuer de lire ce manga, c’est dans son approche et dans son rythme. On pourrait le comparer à des battements de cœurs, plutôt réguliers avec des hauts et des bas. Quelque soit la partie du tome, tout est intéressant, cela nous offre aussi bien une meilleure compréhension des personnages, que ce soit leur personnalité, leur statut, leurs qualités et défauts, que leurs secrets. Sur ce dernier point, l’essentiel des secrets est dû à un personnage, qui n’est autre qu’Alice et qui mène en quelque sorte une triple voire quadruple vie ! C’est assez extraordinaire même si c’est aussi une des raisons pour lesquelles elle souffre autant. Et ça plus vous lisez, plus vous comprenez qui elle est, ce qu’elle recherche, le pourquoi de ses intentions.

C’est très intéressant à découvrir, surtout du point de vue d’une Hanako plus pure mais qui possède tout de même un sacré caractère. Déjà pour se ramener chaque jour dans une maison d’édition en demandant des informations et se faire rejeter à chaque fois avec des propos parfois blessants il faut le faire, mais quand on voit tout ce qu’elle est prête à faire pour Alice cela force le respect ! Elle paraît peut être pure et innocente, mais il n’en est rien, malgré son allure d’enfant Hanako est une femme forte qui n’a pas peur de se jeter dans l’inconnu et qui continue de s’y enfoncer sans regretter ses actes. Cette force au fond d’elle arrive même à percer la glace que s’est construite Alice qui la voit comme un soleil qui la fait fondre à petit feu, la réchauffant et l’empêchant de se faire consumer par les flammes de son chagrin et de la noblesse.

 

“Ne trouvez-vous pas cela présomptueux, de prétendre pouvoir contrôler l’amour des uns et des autres ? C’est un sentiment beaucoup plus libre ! Ce qui n’est pas naturel, c’est de le limiter à un rang social ou à un genre !”

– Hanako.

 

Bien évidemment tout n’est pas si simple, son souhait la pousserait soit à fuir et à risquer le déshonneur de sa famille, soit à changer la société en elle-même ce qui paraît assez utopique de son point de vue, à tort ou à raison. Toutefois, le rayon de soleil provenant de sa chère femme de chambre n’est pas prêt de s’éteindre malgré les menaces que pèsent sur elle sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte. Peut-être réussira-t-elle à sauver Alice de son funeste destin ? Rien n’est moins sûr mais elle donne son maximum pour ça, et personne ne peut le nier !

Il n’y a toutefois pas que ces deux personnages-là, ils sont entourés d’autres servantes qui sont très agréables à suivre. On est clairement sur des personnages plus tertiaires que secondaires mais ils sont tous agréables et chacune de leurs apparitions est sympathique. Pour l’instant, ils permettent de nous parler de rumeurs et d’informations qui sont toutefois intéressantes à connaître. Il y a également le fiancé d’Alice qui est un peu le cul entre deux chaises comme nous, lecteurs. Il semble aimable, aimant, et un peu différent des autres nobles. Malgré ça, à plusieurs reprises il paraît aussi tout le contraire, “chasse le naturel il revient au galop”, c’est un peu l’impression que j’ai avec ce personnage. Dans le fond il reste un noble avec l’éducation qui va avec. Je pense qu’on ne peut pas simplement lui mettre une étiquette “bon” ou “mauvais”, un peu comme tous les personnages de la série. On est vraiment sur un récit plus mature qui nous montre que tout est plus souvent gris que blanc ou noir et ce personnage incarne très bien cela. Est-ce un bon fiancé qui tient à sa future femme et qui souhaite la protéger ? Ou bien est-ce que pour vous cela restera un noble qui mettra sa personne avant sa fiancée et qui fera passer ses actes égoïstes comme de la bonté…

 

 

En tout cas, là où il n’y aura pas tergiverser, c’est sur les dessins ! Ils sont à l’image de la couverture, très beaux. Beaucoup d’efforts ont été mis dans les émotions qui nous sont transmises et dans la mise en scène. Les chara-designs sont élégants et très détaillés. À contrario les décors eux sont un peu plus lisses mettant cependant grandement en avant nos personnages qui sont centraux. Tout est fait pour les mettre en valeur, nous n’avons d’yeux que pour eux et leur histoire à la fois touchante et marquante.

Pour tout vous dire, à l’heure où j’écris cette critique, j’ai le deuxième tome à mes côtés et il me tarde de m’y plonger. Mais aujourd’hui c’est uniquement de ce premier tome que je tiens à vous parler. À la fin de ma lecture j’ai eu du mal à le reposer. Je voulais continuer d’en lire plus et une pensée m’a traversé l’esprit: cette œuvre s’approche grandement de tout ce que je voulais lire dans un manga où le yuri a une place importante. Enfin il y a une histoire plus “saine” et mature et c’est une excellente lecture pour moi, je suis persuadé que cela le sera pour vous. Si vous êtes fan d’histoires parlant de relations lesbiennes, foncez, vous ne serez pas déçu. Si vous n’êtes pas trop fan du yuri, vous pouvez tout de même l’adorer ! Il n’y a rien de cru de montré pas d’inquiétudes à avoir de ce côté-ci et en réalité vous pouvez totalement le lire en mettant de côté le yuri, c’est certes un sujet important lié au fait que l’homosexualité soit un crime mais rien de plus que des paroles dans ce premier tome d’autant qu’il est classé Seinen et ce n’est pas pour rien.

Alors oui, je ne peux que conseiller cette série qui se finit en seulement 3 tomes. Il est pour moi le meilleur manga mettant en scène le Lesbien que j’ai lu, même si c’est sûrement l’un de ceux qui en montre le moins.

D’ailleurs j’ai beaucoup aimé la postface avec l’auteur, c’était à la fois intéressant et drôle ! J’ai eu une petite impression de rentrer dans l’Atsushi bar de Atsushi OHKUBO, ce qui n’est vraiment pas désagréable ! En tout cas, je suis heureux de connaître ses penchants !

H.

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