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Brisée par ton amour

Une longue

descente aux 

enfers

/!\ Contient des scènes de violence physique, de brimades et de sexe /!\

Brisée par ton amour… ou Kimi ni Aisarete Itakatta est un Seinen écrit et dessiné par Shiruka Bakaudon, paru et toujours en cours au Japon en 2017 en 4 tomes. Le premier tome arrive chez Meian fin Octobre 2020.


On y suit l’histoire de Kanae qui a été victime d’harcèlement scolaire au collège et entre maintenant au lycée. Encore sensible par ce qu’elle a vécu, elle fait attention à tout ce qu’elle dit et n’a aucune confiance en elle lorsqu’elle est seule ou avec ses amies. Mais en dehors des cours, sa quête de reconnaissance l’amène à se prostituer auprès d’hommes bien plus âgés. Après un karaoke, elle fait la rencontre d’Hiroshi, qui la surprend avec un client par la suite, mais qui ne cesse pas pour autant de se montrer gentil avec elle. Kanae ne pourra s’empêcher de tomber amoureuse de lui et cela marquera le début d’événements tragiques.


Dès les premières cases du manga, on sait que l’histoire va mal se finir puisqu’on entraperçoit ce qui semble être la fin du manga, ce qui nous plonge directement dans une ambiance pesante et nous questionne sur comment tout cela a bien pu arriver. L’auteur parvient alors directement à captiver notre attention ce qui est un excellent point.

On a également une forte présence de la psychologie chez les personnages, notamment montré dans ce tome chez Kanae, puisqu’on suit régulièrement ses pensées paniquées prouvant qu’elle n’est pas bien, autant dans sa peau que dans sa tête. Cette omniprésence de la psychologie des personnages créer une atmosphère pesante et j’ai dû régulièrement faire des pauses dans le tome pour respirer un bon coup avant de m’y replonger de plus belle pour savoir la suite.

L’ambiance du tome ne fait que changer encore et encore, allant de rebondissements en rebondissements. Si au début on nous présente Kanae comme une personne fragile et pas très bien dans sa peau, on aperçoit rapidement un changement d’ambiance, et Kanae nous surprend vite par son travail secret où elle se fait payer des prestations avec des hommes bien plus vieux qu’elle.

Tout ceci m’a rendu bien plus mal à l’aise encore qu’au début du tome parce qu’on a plus affaire qu’à des brimades scolaires, mais également à la prostitution d’une mineure. Rendre mal à l’aise le lecteur, c’est ce que semble vouloir faire l’auteur en lui dépeignant l’histoire d’un personnage (et peut être d’autres par la suite) à la vie la plus sombre possible, et ce n’est pas en avançant dans le tome que les choses vont s’arranger malheureusement.

Chaque moment d’accalmie est en même temps douloureux car il se passe immédiatement quelque chose de mauvais à côté. Soit Kanae a des pensées sombres, soit un personnage tiers lui fait une crasse. Brisée par ton amour est clairement une œuvre à ne pas lire si on est dépressif parce que ça donne juste envie de se tirer une balle tant tout est sombre et pesant. Heureusement, on a quand même l’air d’avoir un début de rapprochement entre Kanae et Hiroshi qui allège un peu ce tome très lourd à digérer.

Malheureusement ce genre d’histoire n’est pas trop mon style, j’ai juste l’impression de voir un lynchage gratuit sur un personnage qui est voué à souffrir et à sombrer dans la folie, même si la fin du tome m’a plutôt surprise et appuie ce que je disais à propos des rebondissement incessants dans un même tome. Je n’en dirai pas plus parce que pour le coup cette fin de tome vaut vraiment son pesant d’or et je vous conseille d’aller le lire par vous même.

On peut néanmoins lui mettre une mention honorable pour avoir dénoncé la persécution dans les écoles tout comme l’avait fait Keiko Suenobu avec Life à l’époque. C’est un thème malheureusement énormément fait et j’espère que la psychologie poussée et le mystère de la fin de l’histoire permettront à cette œuvre de se démarquer des autres. J’ai aussi de grands espoirs pour le personnage de Narumi qui, j’espère, pimentera ce manga avec ses Senpai.

Pour ce qui est des dessins je les ai trouvés parfois plutôt maladroits. Les personnages ne sont pas toujours bien dessinés en fonction de leur position et comparé à leur chara-design de base. L’auteur se rattrape cependant régulièrement avec des planches et des expressions de personnages très détaillées rendant l’œuvre bien plus attrayante, et on lui pardonne ses maladresses au niveau d’autres planches moins bien réussies. Le chara-design des personnages quant à lui est assez varié, on a des personnages beaux comme des moins beaux et les décors sont suffisants, les pages sont bien remplies et assez cohérentes pour que la lecture soit fluide.

Pour les personnages, je me concentrerais sur trois d’entre eux et sur la famille de Kanae. J’aurai pu parler aussi d’Ichika mais je préfère lire un second tome avant de me prononcer sur elle.

Tout d’abord parlons de Kanae, le personnage principal de notre histoire. Elle apparaît dans un premier temps comme une jeune fille faible, fragile, qui n’ose pas se démarquer des autres. Elle a peur d’être rejetée et suit donc ses amis comme un mouton afin de ne pas être persécutée comme dans son ancienne école. Elle semble toujours marcher sur des œufs pour ne froisser personne et n’a aucune confiance en elle. Elle imagine toujours le pire et a peur de n’être nécessaire à la vie de personne. Néanmoins, on apprend par la suite qu’elle mène une double vie surprenante pour se sentir aimée puisqu’elle se prostitue, et on aimerait bien savoir comment elle en est arrivée là.

Je n’ai pas besoin de m’expliquer. Ou de me justifier. Du moment que je me sens utile…

Kanae

Une certaine folie l’anime également ce qui peut en faire un personnage détestable mais aussi délectable. Elle a du mal à trouver sa place dans ce monde mais sa rencontre avec Hiroshi changera-t-elle les choses?

Toujours est-il que parfois j’ai bien envie de la secouer tant sa manière de penser est totalement idiote et biaisée par son mental fragile. On a envie de lui faire reprendre ses esprits et de la pousser à arrêter d’agir comme elle le fait. De plus son côté envieux des autres est un peu insupportable et pourtant assez réel puisqu’on envie toujours ce qu’on n’a pas. Elle a également un petit air de Yandere qui accentue sa folie et pourrait bien pimenter l’histoire.

Sa famille quant à elle n’est clairement d’aucun réconfort et d’aucun secours pour elle puisqu’ils semblent la détester, que ce soit son petit frère obligé d’étudier durement, ou sa mère qui paraît être une figure beaucoup trop autoritaire.

Parlons ensuite d’Hiroshi qui est un personnage qui contraste totalement avec Kanae. Il semble amical au premier abord puisqu’il s’intéresse et écoute Kanae. Il semble vraiment vouloir l’aider et c’est le premier personnage généreux et non pas moqueur que l’on voit parler à Kanae. Il veut la sortir de l’enfer dans lequel elle s’est mise et ça se voit. Hiroshi ne semble pas avoir un mauvais fond même si les premières planches de l’œuvre veulent nous prouver le contraire, telle une mise en garde, nous poussant à nous rappeler qu’il pourrait être dangereux.

Si Kanae semble être la peur et la folie incarnée, Hiroshi pourrait représenter la voix de la raison, du moins dans le premier tome, essayant de ramener Kanae sur le droit chemin et de la détourner des ténèbres dans lesquels elle s’enfonce. Mais n’est-ce pas déjà trop tard?

Enfin, pour ce qui est de Narumi, personnellement c’est un peu mon chouchou de l’histoire. Il est présenté comme le confident de Kanae. Elle semble pouvoir tout lui dire et il paraît au courant de tous les déboires de celle-ci. Il est d’un naturel joyeux avec elle et est probablement la raison pour laquelle Kanae a plus ou moins tenue le coup jusque-là. Il ne la juge jamais mais ne semble pas non plus l’aider assidûment à sortir de l’enfer dans lequel elle est, du moins, pas tant qu’elle ne lui demande pas d’aide. Narumi est probablement condamné à être le troisième personnage d’un triangle amoureux, à mon plus grand regret, et finira certainement friendzone bien qu’il ait été là pour elle depuis le début. Je pense que malheureusement sa gentillesse et son amour pour Kanae le perdra et je suis persuadée qu’on a encore bien des choses intéressantes à apprendre sur lui.

En conclusion, je suis assez mitigée sur ce tome. Je le déteste et à la fois il m’intrigue. L’auteur semble vouloir nous indigner et en même temps nous mettre en garde sur des choses qui se produisent réellement. On peut dire que cette œuvre entière est une spirale infernale dans laquelle on assiste à une ou plusieurs descentes aux enfers d’adolescents au mental fragile et à la vie compliquée. Je recommanderais tout de même ce manga qui nous propose un mystère très intéressant à résoudre, une psychologie des personnages très poussée et de nombreux rebondissements rien que dans le premier tome.

L.

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